‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 34 sur 109 · RAISONS MORALES · texte numérisé non relu

RAISONS MORALES

Dans cette catégorie nous faisons entrer des mobiles ordres divers n’ayant pas de rapports directs avec le avail scolaire proprement dit mais affectant profondément

sentiment moral, social ou esthétique du maître. Ce nt d’abord certains vices ou mauvaises habitudes, tels

la kleptomanie, la masturbation, l'intérêt exagéré ur la vie sexuelle, etc. Ce sont ensuite les défauts sociaux : certains enfants, désorganisateurs ou mauvais meneurs, mensonge, le rapportage, la cruauté. Ce sont, enfin, s péchés contre le goût esthétique fondamental, contre ; règles du savoir-vivre élémentaire. Ici encore, tous les aîtres ne sont pas sensibles de la même façon ni au même gré.

| Les raisons morales sont, plus que les raisons scolaires, oches des raisons personnelles au point de se confondre ec elles, si bien que, souvent, on ne pourrait plus dire jec certitude où est la cause et où est l’effet. Car, de même une raison d’ordre moral peut provoquer une anti- -hie personnelle, de même celle-ci peut nuancer notre ement moral sur la personne en question, en faisant ser sa conduite à travers notre prisme affectif.

La parenté intime entre les raisons qui entrent dans ite catégorie et celles qui sont essentiellement person- “les réside encore dans le fait que l’immoralité chez \fant nous affecte profondément et nous cause des Meptions particulièrement pénibles. Nous n’aimons | les travers moraux chez nos égaux, mais bien moins “ore chez ceux qui sont censés n’en point avoir, qui nt, pour ainsi dire, pas droit à en avoir. L’immoralité, “I ne nous affecte pas seulement ; nous en sommes indis. Un « enfant immoral » c’est tout simplement un Mnstre, car « enfance » et «immoralité » sont deux notions it on ‘admet malaisément la coexistence. Et si le maître, “me nous l'avons déjà montré plus d’une fois, s'en Pad souvent à l’enfant comme à un être responsable, Mi une sévérité exagérée, il se montrera, ici, dans le cas Waimoralité, plus sévère encore, étant lui-même plus af-

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fecté. Sa sévérité se fera d'autant plus sentir qu’en ur certaine mesure il se sent lui-même responsable.

Et puis, à l’antipathie pour l’enfant s’ajoutera pa: fois une antipathie pour le milieu d’où celui-ci vien que ce milieu soit inférieur ou supérieur à celui du maîtr. Cette antipathie pourra même à la longue dégénérer e une vraie haine, prenant un aspect tout personnel. D reste, un long commerce étroit avec l'élève ne manqu presque jamais de se répercuter plus ou moins directemer sur la personnalité même du maître. Dans les conditior de la vie scolaire, ces répercussions ne se présentent qu trop fréquemment. | |

Jolie, très élégante ; joviale, mais peu sociable ; très mauva caractère, très nerveuse. Intelligente mais pas travailleuse ; soul noise, très effrontée, hypocrite. N'’aimait pas sa maîtresse, la me tait souvent en colère par désobéissance, insolence, mauvais!

réponses. Punie, elite s'en plaignait à ses parents, et sa mère la so! tenait trop, lui donnait toujours raison.

Motifs du peu d'affection : « Sa méchanceté. Etait méchanl! avec ses compagnes, d’un caractère exécrable, sans cœur.» — 14 a (F' 36 cél. — F 12).

: Pas intelligent, très instable, désobéissant, il faisait le désd poir des maîtres des classes précédentes. Bavardait pendant lecons, pinçait ses voisins pour créer du désordre. Rongeaïit 4 ongles. Sentait que le maître lui préférait les autres élèves et disait même souvent. Il était, du reste, détesté aussi de ceuxsauf deux ou trois qui l’admiraient pour sa crânerie. î « Etait malpropre, querelleur, égoïste, montrait peu d’ad ration pour le travail. Se plaisait dans la malpropreté. Vêtemet sales. Crachait à la figure de ses camarades. Ne se mouchaïit jama Se battait tous les jours..Etait voleur».— No 35 a (M 30 cél— Mi

Assez intelligent mais pas travailleur ni obéissant ; sournd fanfaron. Meneur, aimé de ses condisciples mais pas des maîtr L'élève lui-même n’aimait vraisemblablement pas son mai (« il en était incapable »), le mettait souvent en colère par son. discipline et ses leçons non sues, et était souvent puni. |

« C'était un hypocrite sans aucune conscience.

« J'ai rarement rencontré un enfant d’un milieu social cu vé qui fût aussi dépourvu de moralité, aussi perverti». — No (M 48 mar. — M 16).

Belle, du goût dans la mise, très robuste. Intelligente, bot élève mais obéissant peu. Pas communicative ni sociable. Se noise, fanfaronne, effrontée ; boudeuse, dédaigneuse, ne craign pas sa mère à qui elle tenait tête, très susceptible.

« Enfant désagréable et pas sympathique, malgré un physi plutôt joli.

« Fillette de mœurs légères et de conduite douteuse, cau beaucoup de souci à sa mère. A été mêlée, à 13 ou 14 ans, à! histoire de mœurs, avait quitté sa: mère pour se réfugier € les grands-parents paternels qui vivaient en mauvaise int gence avec leur bru, jeune femme peu intelligente dont le — sujet belge — était parti au cours d’une crise d’alcoolis et s'était engagé dans la légion étrangère pour cinq ans au Ma Cette femme avait alors demandé le divorce et l’avait obt ce qui avait attiré sur elle la colère de la famille du mari.

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« Cette fillette tenait le ménage de sa mère ; elle veillait tant en que mal sur sa petite sœur, pendant le travail de la mèrë,' et pe on èt dure avec la petite ». — No 39 a (F , cél. — F À ï

. Laide, peu robuste. Intelligente, mais travaillant peu. Sourise, hypocrite. Met souvent sa maîtresse en colère, soit, par | paresse soit par sa perversité (« cas où la maîtresse a surpris S initiations déplacées de ses camarades, cas d’homosexualité »), .est souvent punie.

L'enfant est placée dans des conditions sociales déplorables À FAURE devant les yeux —, connaît tout de la reproduction,

« Enfant qui me donne une espèce de dégoût à cause de sa nue et de ses instincts vicieux, à cause de sa malpropreté égament. Enfant menteuse. Le manque de sympathie doit être pure in par le milieu d’où elle vient ».— N°19 a (F 23 mar. |

| On connaît aussi le désespoir du maître en face de ce pe d’enfant « vicieux » aimant les propos « sales » qu'il it défendus. Il les débite, le plus souvent, à seule fin se «distinguer», de faire impression, en imitant quelqu'un : son entourage. Ces propos soulèvent souvent des cris > protestation ou d’indignation de la part des autres

$ves, indignation qui, du reste, est parfois toute feinte | même perfide, n’ayant pour but que de saisir l’occasion : répéter les mêmes propos à haute voix devant le maître ns encourir pour cela le risque de sanctions. A l'intérêt e les autres enfants ont, eux aussi, pour les choses défenes, s’ajoute encore la curiosité de voir la réaction du

aître que l’on soumet ainsi astucieusement à l’épreuve.

lune façon générale, celui-ci agirait mieux en faisant

fsourde oreille ou en se désintéressant de ces « choses-là ».

rec l’abolition du « tabou », l'intérêt particulier des

Nants pour lui s’évanouirait tout seul. Mais si le maître ntre à l’occasion de l’effroi, de l’indignation ou de

ffarement devant ces propos,.au fond, le plus souvent

Mhocents, il ne fera qu’amuser et redoubler la curiosité.

À ne manquera point de revenir à la charge et de troubler si l’ordre, ce qui amènera infailliblement des conflits.

: Mais voici le cas d’une antipathie particulièrement

ense, où des raisons morales et personnelles se trout enchevêtrées d'une façon curieuse.

| Le père de l’élève est millionnaire. Le professeur donna à \ve des leçons particulières à domicile, pendant quatre ans. Garçon, très bien habillé mais laid,, de constitution, faible. sprit vif, mais, pas travailleur, et. mauvais élève ; effronté, rnois, hypocrite. « Menteur congénital, très rusé, très laid, he laideur aussi bien morale que physique, il se croyait très Mbirituel ». | ‘8 « Après son départ du lycée, il est devenu un « homme remar-

quable », grand brasseur d’affaires, a une situation sociale trè enviable, gagne beaucoup d'argent et est redouté.

« Il était immoral, essentiellement cynique et soumis ; avai une intuition profonde du vice et croyait tout le monde fait comm lui.

« Je le détestais car je le voyais bête. J'étais frappé de sa con. naissance précoce de tous les vices dont il était très décidé à * servir. Je savais qu’il réussirait dans la vie. Il était « maître è bassesses », sans cœur ni esprit,et je le méprisais par anticipation Il avait un besoin animal de société mais ne s’oubliait jamais lu même. Jamais un rayon d'enthousiasme n'a illuminé son cœur. Main: tenant, à l’âge de 22 ans à peine, il a l’air d’un « monsieur » de 40 45 ans. Quand je suis obligé de toucher ses mains impression!

nantes et crapuleuses, pleines de bagues chères, je sens « les gre: nouilles ».… — No 30 a (M 24 mar. —M 16).

/ | | Ce qui est à noter particulièrement dans le dernie: cas, c’est le jugement affectif par anticipation de l’homme futur que le maître croyait pressentir dans l'élève. C'es: ce que nous avons déjà rencontré dans le cas de jalousit d’une maîtresse pour le succès futur de son élève. Mai) si, dans ce cas-là, il s'agissait d’un succès féminin, chos4 qui préoccupe beaucoup la femme, ici c’est le succès maté riel et social qui semble être en cause. Dans les deux cas il y a un peu d’une sorte de révolte contre « l’injustice du sort, vu l’insensibilité, le manque de mérites propre du sujet. Dans les deux cas il y a donc un « jugement | par sentiment d'égalité, de comparaison. La comparaisod pouvait même être, ici, tout actuelle : le professeur, asse jeune lui aussi, sorti de famille pauvre et n’ayant attein sa situation modeste qu’au prix d'efforts extraordinaires en face de ce « fils à papa », de ce garçon taré moralemen et insignifiant par ses capacités, qui, néanmoins, est appel à Jouer plus tard un rôle important dans la société, s'imposer à tous, tout naturellement et sans avoir à fair! pour cela le moindre effort. Injustice évidemment socio économique, résultant d’une inégale distribution de richesses mais, devant l'exemple concret, transposée su un plan personnel. Il faut cependant ajouter que, du moin} dans le cas présent, l'envie n’était pas nécessairemenl le facteur déterminant primitif de l’attitude affectiv L'élément moral proprement dit devait y jouer le rôl principal. Notez le jugement sévère de l’insensibilite l'incapacité d'enthousiasme d’une part et, d’autre par! le sentiment d’une immoralité consciente d'elle-même € pleinement responsable (comportement réfléchi et calcui d’un jeune homme qui « ne s’oublie jamais lui-même »). Et voici encore un cas intéressant de jugement mor

du même type quoique suivi d’une réaction affectiv moins forte.

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