‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 45 sur 109 · I. Age et sexe · texte numérisé non relu

I. Age et sexe

Parmi les conditions d'états affectifs à examiner. celles d’âge et de sexe ne sont certainement pas des plus négligeables. L'âge du maître n’est assurément pas exempt de certaines influences sur les rapports affectifs qui peuvent naître entre lui et un élève. Jeune et plus près par son âge de la jeunesse, il peut présenter à l'égard de celle-ci plus de compréhension et de sympathie. Mais il peut aussi, pour la même raison, se montrer plus susceptible et plus disposé à être affecté au moindre échec de ses ambitions ou de son amour-propre. |

Le sexe n’a pas une moindre importance et n’est pas sans influencer les rapports entre maître et élèves. Aussi ces deux points, âge et sexe, présentent-ils un intérêt particulier dans l'étude des phénomènes en question.

Nous avons divisé les âges respectifs des maîtres et des élèves en grandes tranches distinctes. Celles des maîtres, faites d’intervalles de cinq ans chacune, sont plus ou moins arbitraires : a) 20 ans à 24 ans inclus : b) 25 & 29 ans ; c) 30 à 34 ans, etc. Celles des élèves ont été fixées avec égard pour la fréquentation scolaire et pour les périodes du développement physique et mental : a) jusqu’à 6 ans ; b) de 7 à 10 ans inclus ; c) de 11 à 14 ans ; d) de 15 ans et plus. Ici encore les tranches adoptées sont discutables, surtout par le fait qu’elles réunissent garçons et filles dont le développement, on le sait, ne coïncide pas toujours. Pratiquement cependant on ne pourrait pas faire plus de distinction, surtout lorsqu'il s’agit d'un nombre de témoignages relativement restreint.

Dans les tableaux S et A (p. 105) on a distribué les maîtres et élèves, intéressés dans cette partie de l’enquête, selon leurs âges et sexes respectifs.

Qu'en pourrions-nous apprendre ?

Nous ÿ voyons tout d'abord une sensible agglomération de chiffres massés, dans l’un et dans l’autre tableau, autour des âges des maîtres allant de 20 à 30 ans. Faut-il en conclure que cet âge est le plus fortement disposé à des réactions affectives ? L'hypothèse est assez tentante. Elle a même certaines raisons de probabilité. Mais il ne. faut pas se fier trop aux chiffres, surtout quand ils ne sont pas très nombreux. Il se peut qu'il n’y ait là que la. conséquence du simple fait que le gros du personnel enseignant est composé surtout d'hommes et de femmes dont l’âge varie entre ces limites. I1 se peut aussi que la majorité de ceux qui se sont intéressés à notre enquête et ont trouvé du plaisir à y répondre aient été en majorité des jeunes.

Du point de vue différence de sexe, il est à constater

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que le nombre des femmes y est plus grand que celui des hommes : 53 % contre 47 % en $, et 58 % contre 42 en A. Ces données semblent plaider en faveur d’une disposition plus grande de la femme pour une allilude affective à l'endroit de ses élèves. On pourrait cependant opposer à cette conclusion les mêmes objections que tout à l’heure, notamment que le nombre des femmes dans l’enseignement primaire est supérieur à celui des hommes, ou bien encore que ce sont les femmes qui se sont intéressées le plus à l’enquête. Il y a cependant un fait curieux, c’est que, de toute façon, les femmes semblent être, plus que les hommes, disposées à des attitudes affectives négatives, aux antipathies. Parmi les correspondants ne nous ayant signalé que des cas de sympathie, en affirmant qu'ils n’ont jamais eu un sentiment net d’antipathie pour un élève, les femmes se trouvent en nombre beaucoup plus petit que les hommes. En effet, alors que seulement 77 % de ceux-ci nous ont présenté des cas d’antipathie, les femmes en ont cité dans 92 cas sur cent.

Quant aux données numériques concernant les élèves, nous donnerons d’abord quelques chiffres tirés des renseignements qui nous ont été fournis par les représentants d’écoles mixtes (de l’étranger) et qui sont plus probants. Là, nous trouvons que les élèves, objets de l'attitude affective du maître, sont plus nombreux chez les garçons que chez les filles : en $, ils forment 56 % contre 44 °%, en À, 77 % contre 23 %. Ces chiffres sont significatifs. Il en découle que s’il y a plus de garçons que de filles qui se font aimer, ils savent se rendre détestables bien plus encore. Dans les classes mixtes, ce sont pour la plupart les garçons qui sont les plus actifs, et si, d’une part, ils peuvent causer au maître du plaisir par leurs qualités positives, ils peuvent aussi, par leur turbulence, le rendre pri nerveux. Les filles, elles, sont plus calmes, et si, par eurs espiègleries, elles se permettent d’enfreindre les règles de la discipline scolaire, elles savent le faire sans bruit, étant plus dissimulées que les garçons. Du reste, la nature même de leurs polissonneries est, en général, très différente de celle des garçons: des intrigues discrètes (envoi de petits billets, commérages, etc.) et presque pas de voies de faits ou d’actes brutaux. Lorsque deux fillettes se disputent en classe, c’est surtout un échange de mauvaises paroles envoyées tout bas, presque par le seul mouvement des lèvres, très rapidement et d’une façon presque 1naperçue. Une querelle entre deux garçons se termine généralement par des coups ou autres actes violents, mal dissimulés et immédiatement vus par le maître. Les fillettes sont aussi assez souvent flatteuses, recherchent

des câlineries, font des gentillesses, apportent parfois des fleurs, etc., puérilités sans doute, mais auxquelles bien des adultes sont sensibles. Les garçons, eux, sont souvent bourrus, se tiennent pour la plupart dans la réserve, et ne se rendent tout à fait que rarement.

L'époque critique qu'est la puberté, en augmentant le tonus affectif, amène aussi une effervescence plus grande dans le comportement extérieur des garçons que dans celui des filles. Celles-ci vivent à cette époque une vie certainement plus riche et plus nuancée que les garçons mais beaucoup plus intérieure. Les garçons deviennent plus turbulents que d’habitude, plus instables, plus inquiets, et donnent aussi au maître plus de « fil à retordre ». Du reste, les filles deviennent elles aussi, à cette époque, bien plus difficiles à maîtriser qu'avant. Adolescents ou adolescentes, ce sont déjà des personnages qui prennent conscience d’eux-mêmes, se donnent de l'importance, veulent qu’on les prenne au sérieux. Leur esprit critique, plus développé, les porte souvent à se montrer insolents, à seule fin de manifester leur personnalité. Mais d’autre part, on devient aussi plus sensible, plus exalté, plus sujet à des emballements divers, à des idéalisations ; on recherche aussi davantage l'affection, l’amitié. Et puis, le maître lui-même commence à voir en eux l’adulte plus que l’enfant, « l'illusion de majorité » s’accentue. Aussi voyons-nous augmenter excessivement le nombre d'élèves, objets d’attitudes affectives, garçons aussi bien que filles, vers l’âge de la puberté, de 11 à 14 ans. Nous disons excessivement en prenant en considération le fait que, proportionnellement, le nombre d’élèves fréquentant l’école à cet âge est beaucoup plus petit que celui des élèves de 7 à 10 ans.

Quant à la question de corrélation entre les phénomènes affectifs à l’école et l’état civil du maître, nous trouvons, dans un groupe comme dans l’autre, une majorité écrasante de célibataires. Le célibat prédisposerait-il particulièrement à des rapports affectifs (1) ? Nous éprouvons de la difficulté à répondre d’une façon quelque peu catégorique. Car, ici encore, il se peut que les données numériques ne soient que le résultat du fait de la présence, dans l’enseignement, d’un nombre plus grand de célibataires que de gens mariés et pères (ou mères) de famille.

(1) Nous verrons ultérieurement une telle accusation, à l’adresse des maîtresses, de la part d’élèves-filles, ainsi qu’une indication positive en faveur d’une maîtresse dont la bonté et la gentillesse étaient attribuées au fait qu’elle était fiancée. Mais nous y verrons aussi des soucis de famille divers qu’on fait entrer en ligne de compte en expliquant le comportement scolaire du maître.

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