V. Sentiments d’autres maîtres
Nous eussions, naturellement, voulu avoir aussi le témoignage des autres maîtres sur le même élève. Cela nous eût renseigné sur le caractère sympathique ou antipathique « objectif », si l’on peut dire, propre à l’élève même, en dehors des goûts personnels du maître donné. Mais comme, pratiquement, cela nous a paru irréalisable, nous avons préféré demander au maître lui-même de nous renseigner sur les sentiments de ses collègues pour l'élève en question. Nous nous rendons bien compte du peu de certitude que ces renseignements peuvent comporter. Nous trouvons cependant un grand nombre de réponses qui excluent nos craintes. Aïnsi, en S, nous trouvons près de 27 % de réserves quant aux sentiments des autres maîtres, réserves exprimées de façons diverses : « certains seulement l’aimaient » ; «l'enfant passait inaperçue» (1); « certains
(1) Il est à remarquer ici que, souvent, le maître considère comme une a découverte » les traits sympathiques qu’il croit trouver dans l’élève. Il semble parfois même être fier de sa révélation ; il la communique aux autres et il voudrait que tous l’apprécient à sa manière. D'ailleurs, ce trait est commun à toutes les « sympathies », en dehors même de l’école.
l’aimaient, certains non, mais pas d’indifférence » ; « oui, mais moins » ; «la plupart la traitaient avec indifférence, deux professeurs la détestaient pour des raisons diverses » : « Ils ne l’aimaient pas du tout ; ils la trouvaient orgueilleuse et dure »; « sa maîtresse actuelle ne paraît guère l'aimer ; elle la juge simplement : « repoussante de saleté ».
En A, où le besoin de justifier ses propres sentiments devrait pourtant être plus grand, nous trouvons un nombre de réserves qui est même un peu plus élevé encore (1) : « moins que moi »; « certains l’estimaient » ; « certains l’aimaient beaucoup, d’autres étaient excédées de son agitation»; «le maître de la classe précédente l’aimait ».
Quant aux cas qui ne sont pas sujets à des réserves, ils comportent très souvent des renseignements tout à fait tranchants , les sentiments du maître pour l'élève seraient absolument partagées par tous les autres maîtres. Ces affirmations ne sauraient pourtant avoir qu’une valeur relative, et cela malgré la sincérité des témoignages. C’est qu'il ne faut pas perdre de vue notre tendance naturelle à « l’objectivation » de nos sentiments, au désir secret de voir ceux-ci obtenir l’adhésion de nos prochains.