‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 5 sur 109 · AU: TER · texte numérisé non relu

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oublie trop que celui-ci n’est, somme toute, dirigé que par des « politiciens » (depuis le ministre jusqu’au maire de la petite commune...) qui, lorsqu'ils se mettent à faire de la pédagogie, tendent à lui appliquer non seulement leurs goûts et leurs ambitions personnelles mais aussi leurs méthodes habituelles. On oublie ensuite les parents et l’opinion publique. On ignore enfin les mille autres conditions, morales et matérielles, qui interviennent sans cesse à l’école. C’est le maître qu’on rend responsable de tout : et des programmes surchargés, et de la difficulté des langues classiques, et du verbalisme... De tout, car « le pédagogue n’aime pas les enfants » (1).

On aurait tort cependant de ne pas prendre en considération, dans l’étude du sujet qui nous intéresse, l'apport de la littérature. En dépit du caractère pariois tendancieux et de la présentation d’images souvent caricaturales, les descriptions que l’on cueillerait ça et là pourraient présenter une valeur psychologique incontestable.

Les romanciers et les auteurs dramatiques expriment en général les opinions de la société de leur temps, où se réfléchissent des faits réels. Souvent ils rapportent leurs propres souvenirs d'enfance, en tant qu’anciens élèves. La littérature offre ainsi des témoignages authentiques de personnes qui ont su analyser leurs sentiments, quoique rétrospectivement. Malheureusement, la presque totalité des romans « pédagogiques » ne traitent que de l’enseignement secondaire et, plus particulièrement, des institutions fermées, pour la simple raison que les hommes de lettres sont, en majeure partie, passés par là eux-mêmes. Cependant, l’enseignement primaire est, certainement, lui aussi fort riche en drames et en comédies du plus haut intérêt, et il est vraiment regrettable que les écrivains aient un peu négligé un domaine aussi vaste et aussi neuf.

On trouve aussi des romans et des pièces de théâtre dont les auteurs font ou ont fait partie eux-mêmes de l’enseignement. Il y en a même de fort remarquables. Mais les témoignages les plus précieux sont incontestablement les journaux intimes de maîtres d'école, confessions sincères que des auteurs modestes confiaient à leurs carnets personnels, parfois sans intention aucune d’atteindre le public. Ces confessions, souvent émouvantes, peuvent avoir une valeur inestimable pour une étude comme la nôtre.

Il y a enfin les journaux intimes de jeunes gens ou

(1) H. ROORDA : Le pédagogue n'aime pas les enfants, Paris, Payot, 1918, n-12.

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de jeunes filles, qui, lorsqu'ils sont sincères, contiennent parfois des aveux troublants, et sont à même d'éclairer certains côtés obscurs des phénomènes affectifs à l’école. Malheureusement, ces journaux sont soustraits jalousement à l’indiscrétion des adultes et, pour la plupart, anéantis sans regrets, à une époque où l’auteur commence à considérer avec mépris ces « enfantillages » innocents.

Mais les témoignages spontanés ne sont pas suffisants pour satisfaire la curiosité scientifique. Il en faudrait d’autres encore, bien plus nombreux, sollicités méthodiquement, et répondant à toutes les questions que l’on peut soulever à ce sujet.

L'idéal serait, bien entendu, de pouvoir étudier les phénomènes affectifs sur le vif, en classe même, en observant objectivement maîtres et élèves durant un laps de temps assez long, sans pourtant influencer par sa présence le cours naturel des choses. Et une fois décelés les cas les plus intéressants, de les reprendre ensuite de façon particulière, et, en employant même, au besoin, les méthodes

* psychanalytiques, d'interroger individuellement les per-

sonnages intéressés dans le conflit en cause — maître et élèves — et, s’il y a lieu, d’autres encore qui ne sont pas à l’école, mais dont l'influence sur le phénomène paraïi-

trait manifeste. Ce serait là, évidemment, un programme

d’étude excellent, mais le moyen de le réaliser !

Certes, il y a le maître qui pourrait, en une certaine mesure, appliquer ce genre d'étude à ses élèves et à soimême. Les psychanalystes le lui recommandent même tout particulièrement.

« À l’aide de la psychanalyse, écrit un représentant de cette école (1), le maître pourrait étudier chacun de ses élèves d’après leurs actes, fautes, inquiétudes, instabilités et expressions manquées, d’après les choses « étranges » qu’ils dessinent ou écrivent, d’après leur inattention, et, enfin, d’après leurs sympathies et antipathies.

« Mais la psychanalyse donnerait aussi au maître la possibilité de se connaître lui-même et de comprendre que certains échecs dans le travail sont imputables à ses propres tendances ; et que les arguments qu'il avance en leur faveur ne sont au fond que des prétextes pour se justifier ; lorsque le maître aura ainsi compris ses élèves et lui-même, alors la lutte incessante avec la classe scolaire aura pris un tout autre aspect, cette lutte dont les résultats ont toujours été vains efforts, déceptions, malentendus, insuccès. »

(1) Georges H. GREEN : Psychoanalysis in the Class-Rooïn, Univ. of London Press. Voir aussi à ce sujet: PFISTER, ZULLIGER, BAUDOIN, etc.

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