VII. Meneurs — Menés
Il est d’un intérêt certain de connaître le rôle que jouent dans la vie sociale de la classe, en tant que meneurs ou menés, les élèves qui ont pu s’attirer des sentiments aussi marquants du maître (v. 22 partie).
Le fait d’être meneur n’est évidemment pas une preuve d'un caractère sympathique en soi; un meneur peut être surtout redouté, mais il est incontestable qu’il ne pourrait pas garder sa place de chef sans une certaine popularité, sans un fond de sympathie générale, ne fût-ce qu’à l’intérieur d’un groupe limité. D’autre part, le fait d’être le préféré du maître et souvent chargé par lui de certaines fonctions de confiance, peut conférer du prestige à l’élève et déterminer son rôle de chef. Par contre, le fait de se trouver relégué à l’arrière-plan par un maître influent et frappé de son mépris, peut parfois isoler un élève de la société enfantine et en faire une sorte de paria. Dans certains cas cependant c’est la personnalité de l’élève qui l’emporte sur celle du maître, ou bien encore c’est justement la prédilection de celui-ci qui peut produire un effet contraire | et faire isoler l’élève préféré. Celui-ci est alors considéré, à tort ou à raison, comme insuffisamment bon camarade. Un bon camarade n'est-il pas souvent celui-là justement qui brave le plus l’autorité et les règles ? C’est même parfois suffisant pour se faire octroyer la qualité de chef.
Passons à l’examen des chiffres : alors que le groupe S contient, selon les indications du maître, 32 % de chefs déclarés, complets ou partiels (c'est-à-dire ne menant que des groupes limités ou partageant leur pouvoir en classe avec d’autres), le groupe A en fournit un contingent qui n'est pas inférieur à 71 %, ce qui représente plus du double. Ces chiffres sont trop significatifs pour qu'on insiste. Il est vrai que, dans bien des cas, le maître cherche à diminuer la valeur morale du pouvoir des « mauvais » chefs : « meneur des mauvais élèves » ; « meneur pour tout ce qui était mal » ; « meneur discret et perfide » ; « meneur
la crainte » ; « meneuse auprès de quelques sottes qui pouvaient s’en défendre » ; « est admirée pour ses pitreet crâneries ». Par contre, l’influence des «bons ber- » est bienfaisante : «meneuse pour tout ce qui était et bien »; « meneur, mais toujours pour de justes ses ». Il ÿ en a même qui ne sont pas précisément des ieurs mais qui ont de l'influence ou qui sont la « consice » de la classe. Quoi qu'il en soit, le fait n’en demeure moins, à savoir que les moins aimés se trouvent le plus vent parmi les caractères qui s'imposent.
Ce phénomène se confirme encore par la caractérisa- À des non meneurs dans les deux groupes. En A, sauf iques cas très rares d’enfants complètement isolés délaissés, tous cherchent plus ou moins à être meneurs, forcent de devenir chefs, ne fût-ce que des plus faibles des plus petits ; ils sont donc non seulement sociables s ils veulent se trouver à la tête de la société. En $, ableau est tout différent. Ici, la majorité est composée indépendants », entendez qui ne sont ni l’un ’autre, « neutres », « plutôt calmes, ne se laissant pas raîner », « vivant un peu à l’écart des autres », « passifs », , Ce sont de bons enfants et de bons élèves qui se tiennent iquillement et « n’embêtent » pas beaucoup le maître... Il y a peut-être aussi quelque rapport entre le fait | vient d’être examiné et ce qui a été dit plus haut cernant la situation matérielle des élèves en question. | enfants de familles aisées, qui sont sensiblement } nombreux en $S et qui font l’objet de plus d'attention maison, peuvent sur plus d’un point être supérieurs autres et avoir conscience de leur supériorité, mais ont aussi souvent des enfants gâtés et des capricieux iiques. Tandis qu’un enfant plus ou moins délaissé des parents travailleurs et élevé dans la rue (cas assez breux en A), peut précocement prendre conscience es propres forces, acquérir un caractère ferme et un it entreprenant et devenir ainsi un chef de forte trempe : ses semblables. Il n’est donc pas étonnant que les urs se recrutent de préférence dans leur milieu. Il naturellement peu probable que la qualité de chef. se, par elle-même, être un mobile déterminant l’atti- | affective du maître, (encore qu’une possibilité de ce > ne doive pas être catégoriquement exclue), mais les peuvent concorder pour des raisons qu’il est facile imaginer (1).
) Nous avons connu personnellement un cas curieux où la directrice pension, personnalité très autoritaire et influente, et en même temps mée de ses pupilles, entreprit une campagne systématique et un peu