‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 55 sur 109 · TEMOIGNAGES D’'ÉLÈVES · texte numérisé non relu

TEMOIGNAGES D’'ÉLÈVES

Nous avons entendu l’une des parties : le mattre. Il faut entendre l’autre : l'élève.

Ici, nous pouvons nous attendre à des renseignements exprimés avec moins de réserve ou d’embarras. C’est du reste tout naturel. Le maître, lorsqu'il lui arrive de parler de ses sympathies ou antipathies à l’école, a d’habitude l’air de se défendre, de se disculper d’une chose qu'il ne considère pas compatible avec sa morale professionnelle. Aussi y a-t-il parfois dans sa petite confession (car c'en est une, tout de même...) une certaine gêne, et, malgré toute la franchise et toute la sincérité qu’il y met et dont [nous ne saurions douter, on sent vaguement que tout n’a pas été dit, qu'il y aurait encore à ajouter quelques chose, [à préciser certains points.

| L'élève ou l’ancien élève apparaît par contre, et tout naturellement, en accusateur. Lui-même n’est jamais en cause. C’est le maître qui, seul, serait responsable de l’atti- Itude ou des sentiments qu’on avait pour lui. Aussi l'élève Ise gêne-t-il beaucoup moins dans son témoignage et dit même parfois plus qu’il ne pense.

| La mise en cause est presque toujours exprimée d’une ffaçon catégorique.Même dans les cas où les raisons présentées sont absolument subjectives, on cherche à généraliser et là objectiver, à prouver que les causes du mal résidaient dans le maître. C’est toujours lui qui est en faute, étant peu | juste, peu aimable ou peu intelligent. En un mot, le senti- {ment prend chez l'élève un caractère tout objectif et géné- Mral, si bien qu'un maître déclaré antipathique le serait pour Htout le monde.

| La franchise et la sincérité font parfois place à un Aton goguenard et « blagueur », à un désir de ridiculiser, de caricaturer, de faire de l'esprit. Les renseignements doivent alors être soumis à une critique des plus rigou- Mreuses afin de dégager, sous le fatras « humoristique », “les données sérieuses.

' Il y a encore un côté faible dans le témoignage des

élèves. C’est qu’en dehors de l'incapacité habituelle des

tout jeunes de se rendre bien compte des sentiments qu'ils

éprouvent et de les analyser d’une façon plus ou moins.

objective, il y a aussi une incapacité notoire et assez fré-

quente d'exprimer les sentiments d’une façon bien nette.

Aussi y a-t-il lieu de se demander : quelles données | sont préférables, sentiments acluels, exposés par des enfants, :

ou bien sentiments anciens, analysés rétrospectivement

par des adolescents et des adultes? Sans exclure les premiers, |

nous avons, dans cette alternative, donné la préférence aux.

seconds. Il eût été peu convenable en effet, et en tous cas fort délicat, de demander à de jeunes écoliers une critique

de leurs maîtres et les sentiments qu'ils éprouvent pour eux.

D'ailleurs le jeune écolier n’a souvent que peu d'expérience

dans la matière, n’ayant connu, pendant son court séjour. à l’école, qu’un nombre très restreint de maîtres. Son choix

n’est donc pas très sûr, vu l’impossibilité d’une compa- « raison portant sur de nombreux facteurs indispensables à \

une juste estimation.

Le témoignage rétrospectif lui aussi, n’est certes pas !

toujours sûr. L’explication d’un sentiment ancien peut

parfois être mise en accord avec les sentiments actuels

plutôt qu’avec ceux d'antan. Cependant nous avons pensé

que l’analyse d’un ancien souvenir affectif peut, dans la

plupart des cas, être assez fidèle, les fortes impressions affectives de l’enfance se conservant bien sous la patine du temps. Nous pouvons juger actuellement avec beau-

coup de compréhension un sentiment de jeunesse sans”

cependant lui accorder la même importance qu’autrefois.\

Nous pouvons le considérer avec le sourire d’une supério-

rité d’adulte, notre Moi présent peut railler même un peu notre Moi passé, il ne l’en comprend pas moins. Bien plus, * il y a des sentiments qui restent vifs pendant très long-M

temps, avec une foule de détails. Certaines offenses, par.

exemple, ne sont jamais oubliées, et il ne faut guère pour.

cela être particulièrement rancunier…

Nous avons donc trouvé bon d’interroger, sur les. phénomènes affectifs de la vie scolaire, surtout ceux qui. se trouvaient déjà hors de l’école. Les témoignages réunis

émanent d'individus de conditions sociales les plus diffé-

rentes ainsi que de pays divers. Malgré leur grande variété, 4 ? .

les données n'ont pu que confirmer la constance de cer-

tains faits. Il y aurait assurément intérêt à étudier les’

mêmes faits dans un pays pris à part ; il est même certain

que toute région présenterait sur ce point un caractère

spécial où l’on verrait certaines prédominances dans les facteurs qui peuvent déterminer des rapports affectifs

entre maîtres et élèves (antagonisme de race ou de religion ù

conflits politiques, différence de classes sociales, etc.). | Mais ce genre d'étude aurait déjà un caractère socio- | pédagogique spécial. Nos données à nous, plus hétérogènes, | nous permettront, par contre, de dresser une liste plus complète de facteurs possibles, sans pourtant nous autoriser à trop affirmer la prédominance des uns sur les autres.

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