‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 56 sur 109 · I. Attitude affective d’une classe. L · texte numérisé non relu

I. Attitude affective d’une classe. L

Avant d'envisager l’élève sous l’angle individuel, nous! allons, de même que nous l’avons fait lorsqu'il s’est agi du’ maître, considérer les phénomènes affectifs dans la collectivité. Car si, dans ces phénomènes, le facteur individuel est; le plus fréquent, il s’en faut qu’il soit unique. Qu’un maître soit aimé ou non de toute une classe, c’est un fait bien connu: et nous en avons eu des témoignages multiples. Mais ces qui est à noter surtout c'est que les cas sont nombreux où l’attitude affective à l’éard d’un maître (comme aussk l’atitude tout court, — discipline, obéissance, respect) ests déterminée chez l’élève-individu par la collectivité dans laquelle il est incorporé, la classe ou l’école entière. À

Nombreux sont les cas où, parmi les traditions les. plus diverses qui se transmettent à l’école d’une promotion: à l’autre, figurent et la renommée toute faite de certains maîtres et la manière de se comporter avec eux. Tel passé: pour un «chic type», tel autre pour un épouvantail. Et pendant les cours d’un troisième, une de ces traditions qui prennent parfois le caractère de rite veut des chahuts constants. Tout nouvel élève admis dans l'établissement, subit nécessairement l'influence des anciens et se met bien tôt en accord avec eux. Désormais il est forcément prédis* posé, par rapport au maître donné, à une attitude d’un ca ractère spécial.

Mais il n’y a pas que la tradition. Des facteurs émi” nemment sociaux, compliqués et imprévus, peuvent, dès lé début, fixer une fois pour toutes l'attitude d’une classé entière à l’égard d’un maître. Cette attitude est souvent admise unanimement comme règle de conduite. Les avis et les sentiments sont partagés par les bons élèves comme par les mauvais. Dès lors, tel maître devient la petite idole de la casse, tel autre la bête noire. Les Opinions sont souvent très tranchées. Ce qui est blanc est blanc

nme la neige, ce qui est noir l’est tout à fait. Point de inces intermédiaires.

Ce genre d’emballement pourra se limiter à une le classe ou promotion, tandis qu’une autre (prélente, successive ou même coexistante à l’école) nourà à l'égard du même maître des sentiments très difféts. Dans les deux premiers cas (classes précédente ou sse successive) on pourrait peut-être encore expliquer phénomène par un certain changement d'humeur chez naître au cours des années. Mais lorsqu'il s’agit de classes xistantes, les différences ne s’expliquent plus que par > inadaptation muluelle du maître et de la collectivité laire.

Cette inadaptation peut avoir comme causes profondes constantes des facteurs divers : le sexe, l’âge moyen la classe, son niveau intellectuel (ou l’esprit général y prédomine), en face de ces mêmes facteurs, y compris raractère individuel, chez le maître. Il serait difficile de er d’une façon générale l’âge optimum d’un maître d’ée. Mais il est certain que la question d’âge n'est pas ligeable. Un maître peut, en effet, être trop âgé ou trop me pour une classe donnée, tandis que pour une autre il Avient tout à fait. Il en est de même pour le sexe où il ne s semble pas davantage exister de lois générales précises is des différences surtout personnelles (sauf peut-être irles petits où lafemme paraît être préférable à l’homme). st cependant des circonstances où ce point est de grande ortance. Le niveau intellectuel du maître peut lui Si, par rapport à celui de la classe, être insuffisant trop élevé. Ainsi, un universitaire, habitué aux spéhtions abstraites, pourra convenir à une classe de philofhie mais avoir peu de succès dans le petit lycée. Les jeurs sociaux, moraux, politiques, religieux ou esthéhes jouent parfois, eux aussi, un rôle plus important s une classe que dans une autre.

| Outre ces causes que nous avons appelées constantes, en a de passagères, qui peuvent être tout à fait futiles :s dont les effets sont souvent assez graves. Des malendus, des petits conflits, des bouderies légères peuvent dénérer en une lutte sourde et, parfois, si bien organisée ‘lle est à même de rendre au pauvre maître la tâche luctueuse et la vie impossible. Un geste insignifiant Amal interprété, un acte précipité de sévérité exagérée Hd'injustice (réelle ou imaginaire), une punition (indilelle ou générale) mal placée, un manque de tact, } promesse non tenue, une menace proférée mal à propos prise pour un défi, tout cela est capable de déchaîner petite révolte. Celle-ci n’étant pas hiquidée sans retard

et apaisée à temps, ou étant encore attisée par des repré sailles, les bons amis d’hier pourront facilement deveni ennemis demain.

Le contraire est tout aussi possible. Un maître pe aimé au début pourra à la longue, et grâce à une attitud calme, ferme et bienveillante, conquérir l’affection des classe. Il arrive même qu’un seul acte, naturel mais imprév de courage, de générosité (ou aussi de savoir) puisse tou d’un coup relever considérablement aux yeux des élève la valeur d’un maître jusqu'alors indifférent, méprisé © antipathique et lui rallier leurs sympathies et leur dévoue ment.

Mener une classe, c’est mener une foule. C’est même plu difficile, étant donné le caractère instable et éminemmer affectif des enfants et la nécessité de se trouver continuelle ment en contact étroit avec eux, de leur imposer constat ment des tâches demandant efforts et rarement plaisante par elles-mêmes. La difficulté habituelle de mainteni l'équilibre entre le chef et ses subordonnés se trouve enco augmentée par le fait que les enfants demandent à let chef plus de choses que les adultes. Des relations officielle ne suffisent pas ici. Certains faits d'ordre social peuven naturellement, flatter le sentiment collectif des petit Le dévouement du maître à la communauté entière ser certainement reconnue et appréciée. Cela pourtant 1 suffit pas. Il faut qu’il s'intéresse personnellement à chacu Il faut que chacun puisse se croire l'élu, celui auqu on s'intéresse spécialement, auquel on parle d’une façü particulière. É On conçoit ce qu'il faut y déployer de bon sens, à flair, de tact. Ces qualités, qui sont celles du chef, n s’apprennent pas. 1] Dans le cas d'orientation récente dans un sens négal de l’attitude affective collective à l’égard du maître, 0 trouve le plus souvent une sorte de révolte morale, un colère, qui, comme toute colère, a habituellement pou base le sentiment d’une injustice. Cette injustice, réel ou imaginaire, a pu être commise par le maître vis-à-v de la classe entière, qui se sentira alors touchée directemer ou seulement vis-à-vis d’une partie de la classe et mêm d’un seul élève. La colère se communique alors par comp& sion ou par contagion et elle prend d’autant plus d’extensit que les liens entre les membres du groupe sont plus serré Il arrive aussi que l'injustice suffit par elle-même à r8 serrer les liens et à pousser une classe encore inorganisé ou même divisée, à s’unir et à s'organiser contre l« enr COMMUNE L'organisation ne restera pas passive. Elle reche

ra des moyens propres à la lutte et qui peuvent être des s cruels. Notons d’abord les vengeances « artistiques » € littéraires » dans lesquelles s’exerce la verve méchante l’humour cinglant, souvent assez fin, d’une ieunesse tée. Des chansons ou des vérs irrévérencieux, des cariures et des grafitti irrespectueux sur les murs du coude la cour, du W.-C. (1), voire sur le tableau noir en sse. Il y a enfin une « littérature » destinée à un public s grand : des journaux scolaires, des publications humoiques (2), des représentations comiques, des bals masss HN y à aussi des réactions plus agressives: des chahuts anisés, des réponses ou observations insolentes, des es et des niches de toutes sortes, voire même parfois vrais actes de sabotage jusqu'aux guet-apens avec ps et blessures. Sous l'influence de mouvements sociaes-révolutionnaires, une autre action collective très ssante est parfois employée par les écoliers, la grève, qui it entraîner des actes brutaux de destruction (3). Le uvement peut parfois prendre une extension exagérée 2 a dangereuse. Son influence est toujours démosatrice.

IL de rigueur : les coupables sont cachés ou protégés de la »n la plus acharnée, avec un dévouement souvent tou-

11) Cet endroit occupe une place très grande dans l’expression graphique trtains sentiments des élèves. Il mériterait parfois d’être examiné comme fin de se rendre compte de certains symptômes moraux chez les élèves > institution.

+2) Nous avons une petite collection de ce genre de publications, écrites lnain, dactylographiées ou polycopiées, voire imprimées,qui sont de petites eilles de polémique et d’esprit révolutionnaire scolaire. Les maîtres trou- “ent bien des suggestions instructives dans cette production écolière. 3) Pour ce qui est de l’influence de la rue sur la vie collective à l’école, nous permettons de citer un cas curieux qui nous a été rapporté tout récemà. Le directeur d’une école dans un faubourg parisien ayant giflé un élève, D la classe se montre indignée de la correction jugée imméritée (ou excessive). ant la récréation qui suit l’incident, la classe en effervescence complote met d’accord. Lorsque le coup de sifflet du directeur se fait entendre, et fous les élèves s’empressent de regagner leurs places, la classe en question, | fait la sourde oreille, reste dans le préau et fait semblant de jouer. Effa- EL t du maître, énervement du directeur. Menaces de sanctions. Deux ou caractères faibles se désolidarisent ; l’union de la classe est brisée et, après lues hésitations, les élèves rentrent un à un dans la classe. Au cours de fhête qui s’ensuit, les élèves déclarent n’avoir cherché qu’une chose : fhifester leur protestation » contre la punition. Or, l'incident s’est passé ment au cours des jours troubles qui ont marqué le début de l’année, Mon ne parlait à Paris et dans les faubourgs que de diverses manijestade protestation et que ces termes hantaient les esprits et les yeux depuis Nanchettes des journaux jusqu'aux gigantesques affiches criardes sur les ®+ 11 est évident que non seulement l’idée de manifester sa protestation mais “rmes eux-mêmes ont été empruntés par les élèves (de 11 à 12 ans) aux fl ments sociaux de la rue.

chant. Même ceux qui ne prennent pas une part activé | l’action commune contre le maître, voire ceux qui la désaf prouvent (ce qui, du reste, n'arrive que rarement, vu l grande suggestibilité et la forte tendance à limitation de enfants), ceux-là encore se sentent dans l'obligation d ét solidaires avec la collectivité. Ees «© mouchards » som détestés et poursuivis impitoyablement. Aucune protec tion de puissance supérieure ne pourra mettre un trait mis à l'index, à l’abri de la vengeance collective. |

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