I. Sentiments irraisonnés
| Dans bien des cas, les élèves avouent franchement être incapables d'expliquer les sentiments vifs qu'ils éprous vaient à l'égard de certains maîtres, surtout lorsqu'il s’agit de sentiments d’antipathie. Les explications vagues qu'ils s'efforcent parfois d'en donner ne font qu’en dénoter mieux encore le caractère irraisonné et tout subjectif, et cela malgré le désir fréquent et d’ailleurs tout naturel d’objeë diver ses sentiments pour le maître donné. L’explication devient d'autant plus difficile que, souvent, elle s’accordé mal avec les qualités (ou les défauts) que l’élève lui-même doit reconnaître au maître en question. Ce qui n'empêche pas que les sentiments pour celui-ci aient été réels et assez profonds pour qu’on en ait pu garder le souvenir parfois très vif durant de longues années.
Une jeune fille de 18 ans écrit au sujet d’une insti tutrice qu'elle avait eu à l’âge de 13 ans : « Je ne l’ai jamais
dmée et ne l’aimerai jamais bien que des années se soient écoulées ». Pourquoi ? Elle n'arrive pas à se l’exoliquer. Cependant, de l’aveu même de cette jeune fille I ressort que l’institutrice en question était juste, d'humeur | ‘gale, et, bien qu’un peu sévère, ne la punissait pas souvent, que ses leçons étaient intéressantes et qu’elle se faisait comprendre facilement. On ne relève ici, à l'appui de cette anti- Jathie si forte, que la rancune de l'élève qui sentait que institutrice lui préférait d’autres élèves. « Je le savais Jar son air arrogant (sic) avec moi ».….
Tel est aussi le cas suivant d’antipathie «irraisonnée », nsi que l’élève la définit elle-même.
Joviale et pas sévère, ses leçons étaient attrayantes (expliations nettes, beaucoup d’habileté). Seulement « elle était cin- Hante pour les élèves qu’elle n'aimait pas, manquant de mesure ‘ans les reproches adressés ». A cela, il faut ajouter que la maîtresse onsidérait cette élève comme mauvaise, et lui préférait les autres lèves. (F 14 — F 40 veuve, mère).
Ou encore cet autre cas :
« C'était un petit vieux bien conservé, bien habillé et pas laid, Nommunicatif et pas trop sévère ; ses leçons étaient attrayantes, 1 tenait bien la classe, avait de la discipline... « Il me détestait plus Qu'on ne pourrait s’imaginer et me traitait d’une façon misérable. le sentais en lui un homme de basse espèce... Pour moi, tout en lui P ramenait à une chose : un méchant homme ». L'élève affirme avoir tien travaillé, mais que le maître le comptait pour un mauvais lève. (M 13 — M 60).
| Dans tous ces cas, il n’est pas question d’une injustice lagrante ; nous avons devant nous des élèves qui se senlient blessés par un sentiment d’infériorité et piqués au hf par le fait qu’on leur en préférait d’autres. C’est là un NMhénomène des plus importantsiet des plus fréquents. | C’est parfois aussi le résultat d’un manque de lact de \ part de l’éducateur. Il est inutile d’insister sur l’impor- Ance du tact à l’école. Ce précieux don naturel dicte au lhaître comment et quand résister ou plier, accorder ou lefuser, s'arrêter à temps, laisser passer un orage, accohoder une sanction au tempérament ou à l’état présent le l'enfant. Une réaction malencontreuse de la part du haître, une indignation exagérée ou une répugnance qu'il 1 laissé paraître devant un défaut d'esprit ou d’âme bleslront profondément l'élève. Les faits concrets ont pu être lubliés ou, n'ayant jamais eu un caractère très saillant, N'avoir même pas été enregistrés nettement et consciem- Mhent, mais le sentiment est quand même resté vif quoique
evenu inexplicable.
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Il serait pourtant erroné de vouloir expliquer tous les cas d’antipathie irraisonnée par une « dévalorisation » personnelle ou scolaire. Bien plus nombreux sont ceux où le sentiment devrait être attribué à des causes extra-sco= laires et n'ayant parfois aucun rapport direct avec la personnalité propre du maître. Telles sont les réminiscences refoulées, les associations ou les transferts de toutes sortes (1).
Telles encore, les influences extérieures à l’école : opt nion du milieu, relations de famille, faits de morale, de re ligion, etc., également oubliés et n’ayant laissé subsister que le résidu affectif.