II. Affection mutuelle
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Nous avons déjà indiqué dans la première partie que, dans les rapports affectifs entre êtres humains, la récipros cité de sentiments joue un rôle considérable. On ne peut que difficilement rester indifférent devant une véritable, affection. D'autre part, lorsqu'on éprouve une affection pour quelqu'un, on ne peut pas ne pas tendre à la voir pars tagée. Aussi avons-nous souvent tendance à croire qu'elle est partagée en effet. Bien plus, il nous semble parfois que la raison même de nos propres sentiments n’est qu’unë réponse à des sentiments que l’on aurait à notre égards
Relevons donc, en premier lieu, la raison la plus com®* mune, à savoir celle d’une réponse à l'affection qué Pélève sent chez le maître. Il expliquera alors sa sympathie pour celui-ci ainsi : — parce qu'il m’aimait aussi ; — il mé choyait beaucoup ; — elle m'était une seconde mère ; elle savait me prendre ; etc.
Sévère mais d'humeur très égale, sociable quand nous avions! bien travaillé. Très enthousiaste, esprit vif, très bon cœur, assez ironique. Ne punissait pas trop, et cela encore pour le travai jamais pour le bavardage (une suspension de lecture et, surtout, marque de son mépris). Etait très juste mais ne traitait pas toutes les élèves de la même façon : la tête de la classe avec plus de dou* ceur, se désintéressant des autres. Ses leçons étaient très attrayante commentées avec dés anecdotes, en laissant les chiffres et les date fastidieuses ; se faisait comprendre très facilement, recommençañt plusieurs fois ; voix naturelle, détachant et mettant en relief. Avaï beaucoup de discipline, qu'elle obtenait par réprimandes dites avec adresse. Etait crainte et aimée de la majorité des élèves ave lesquelles elle était comme une amie plus âgée. |
« Moi, je l’aimais pour son caractère qui me plaisait, aussi
par une allirance mutuelle. Ses cours m'étaient les plus agréables:
(1) Ici encore, nous n’avons qu’à renvoyer le lecteur aux travaux des pédagogues psychanalystes qui relatent souvent des faits de ce genre : GREEN, ZULLIGER, BAUDOUIN, PFISTER et autres. ÿ
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24 et L 'URNIS LA nr
Ale me préférait aux autres élèves ; nous discutions souvent en- -mble après les cours. Je lui ai fait quelques rares visites (de deuil + politesse) en tant qu'’écolière et amicales depuis la fin de mes udes.
«Cette maîtresse exerçait sur ses élèves une très forte influence ausée par son caractère, ferme, sa compréhension de la jeunesse, on affection pour nous qui l’admirions et l’adulions. Elle continue acore à donner aux « anciennes », qui lui furent sympathiques, »s conseils et son amitié ». — No 387 $ (F 16 — F 30 mère).
Sociable, pas sévère, ne punissant pas beaucoup. Ses leçons ‘étaient pas attrayantes mais elle se faisait comprendre facileent. Les autres élèves ne l’aimaient pas.
« Je l’aimais, moi, parce qu’elle avait une certaine façon de 1e parler, elle me préférait aux autres élèves, m’appelait souvent 1 pupitre pour me parler. — N° 371 s (F 14 — F 35 cél.).
Parfois, les mêmes raisons, essentiellement indiviuelles, sont généralisées : — parce qu'il (elle) aimait Les lèves ; — elle avait pour nous un sentiment maternel ; — | cause de son attachement aux élèves.
| Dans les cas ou l’attitude est contraire, c’est : — parce
’il était mauvais avec moi ; — était toujours contre moi ; - lui non plus ne m’aimait pas ; — il me donnait toujours > mauvaises notes.
1 Sévère, toujours renfrognée et peu communicative. En classe de se tenait avec mollesse, n’avait pas de discipline, tout en pussant souvent. Laide, mise sans soins. Ses lecons n'étaient pas ltrayantes ; la matière la plus détestable pour moi était celle elle enseignait, aussi me considérait-elle comme mauvais élève. . « Elle m'inspirait de l’antipathie ; elle était méchante, me londait souvent, me détestait et me traitait mal. Me regardait ec mépris ». — N° 135 a (M 11 — F 35 mère).
Très sévère, peu sociable, d'humeur jamais égale, punissait tuvent (mettait à la porte ou envoyait faire des verbes dans une tre classe). Etait juste pour les récompenses mais pas pour les lnitions ; avait des préférées. Ses leçons n'étaient pas attrayantes Intes et inintelligibles). Avait beaucoup de discipline qu'elle tenait avec sévérité et paroles blessantes ; cependant on ne la xignait que bien peu, on lui faisait des misères, des farces ; on répondait avec impertinence. Etait laide, de petits yeux et le grande bouche ; habillée avec insouciance et toujours en train | manger. Elle n’était aimée d'aucune élève.
ll Je ne l’aimais pas à cause de sa sévérité, sa laideur, ses taquiies et ses fausses paroles. Elle me considérait comme une élève dédiocre, ne me regardait même pas et ne s’occupait presque pas |
A moi. — No 78 a (F 11 — F 45 cél.).
D Très instruite mais sans finesse. Habillée avec recherche mais ls élégante ; au physique insignifiante, un peu « campagne ». Isez sévère, sociable seulement avec ses préférées; punissait hivent mais était relativement juste. En classe elle n'avait que ls peu de discipline. Les punitions pleuvaient sur une assistance différente. Etait dédaigneuse avec les élèves; sauf quelques ‘es exceptions, elle n’était aimée d’aucune d’eiles. AE « Elle avait pour moi une antipathie assez prononcée, et récijquement. Son caractère et ses cours étaient désagréables.
« Il n’est pas utile de terroriser un auditoire pour lui inculquer les règles de la géométrie ; la douceur est plus apte à conquérir de jeunes cerveaux et de jeunes cœurs. Quant à montrer aux jeunes gens l’immensité de leur bêtise, ce n’est pas le moyen de les en corriger. Si les professeurs étaient plus près de leurs élèves et les étudiaient mieux, ils obtiendraient de meilleurs résultats ».— No 387a (F 16 —. F 28 mar.).
Les sentiments du maître sont ici encore souvent géné-
ralisés : —— il nous détestait ; — il nous faisait des misères ; — elle non plus ne nous aimait pas. } IIL. Intérêt — Curiosité. j
Nous avons pu voir plus haut la rancune d’un élève pour son maître qui ne lui portait pas assez d'intérêt. C’est: là un fait très important et assez fréquent. En effet, le point de départ, de tout rapport affectif étant l’intérét, c’est par lui que l’élève sent l’attitude du maître à son: égard. | Mais il y a encore l'intérêt que l’élève porte lui-même à son maître. Par l’autorité que lui confère sa fonction” par son savoir, par la place considérable qu’il occupe dans l’existence de l’écolier, il est rare que le maître n’éveillef chez celui-ci de l'intérêt pour sa personnalité, pour som caractère, pour son comportement en général, en dehors même des choses strictement scolaires. Cet intérêt peut souvent aller jusqu’à une forte curiosité pour sa vie privéel et intime. On connaît assez les espiègleries des élèves cher-l chant à épier les allées et venues du maître. Dans les ren | seignements que nous avons pu recueillir il y a une fouléf d’allusions de ce genre qui, du reste, ont souvent rapport au côté érotique. 4
Pour l'élève, le maître est un personnage pas tout Mi fait ordinaire. L’imagination juvénile mettra volontiers dans sa personnalité toutes sortes de vertus singulières et la curiosité qui viendra ensuite vérifier, en quelquéf sorte, les suppositions sera péniblement frappée d’avoir été trompée. 1
Il va donc de soi que plus le maître aura le caractère mystérieux, plus sera excitée la curiosité de l'élève eM plus son imagination s’évertuera à faire, sur son compte des suppositions de plus en plus fantasques. Surtout lorsqu'il s’agit de jeunes filles. On pourra alors voir, ici ce caractère paradoxal de la vie affective, notammenM que des vertus généralement considérées comme négativesk et déplaisantes (par exemple: la distance, l’air hautain, l'insociabilité) peuvent, dans certains cas, avoir un effet diamétralement opposé, c’est-à-dire devenir ‘une caustl d'attraction.
Plutôt taciturne, sévère mais très bon et juste, il traitait bien. jous les élèves, ne punissant que rarement ; il parlait bien, d’une açon claire et très attrayante. Etait laid « mais devenait beau en arlant ». Avait de la discipline, ses ordres étaient exécutées très tégulièrement.
.« Parfois je le craignais énormément, bien qu’il ne m’eût jamais unie.
« Au physique il était plutôt laid, mais il avait de beaux rands yeux. Ce sont justement ses yeux qui attirèrent mon attenion. Il n’aimaït pas à parler beaucoup avec les élèves, non pas par nanque d’affection mais parce qu'il ne les considérait pas assez nûrs pour échanger avec eux ses pensées. Il n’était compris de ersonne, et c’est pour cette raison qu'il évitait la société, même elle des autres maîtres ». — N° 157 s (F 11 — M 50).
. D’humeur égale, sévère peut-être mais juste; moqueuse et lutôt froide avec les élèves. Ses leçons sont attrayantes, beaucoup le discipline, les élèves la craignent.
« Moi, je l’aime premièrement parce que j'aime les maths,
It puis parce qu'elle est très intéressante.
. «La plupart des élèves l’aiment. Mais quelques-unes la trouvent
trop distante, trop sévère ; ce sont en général, les élèves médiocres
1t les plus mauvaises. Moi, je l’aime quand même, parce qu’elle
st très intéressante.
| « Ce n’est peut-être pas seulement pour cela que je l’aime ieux que tous les autres professeurs. N’étant pas communicative,
le a beaucoup d’attrait pour moi et je voudrais qu'elle ait onne impression de moi». — No 235 s(F 16 — F 45 mère).