‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 63 sur 109 · V. Admiration. Adoration · texte numérisé non relu

V. Admiration. Adoration

Dans certains cas, l'enthousiasme pour la personne léalisée devient une véritable admiration. Cette admiralon pourra être générale, s'étendre à la classe entière ou lresque, avoir pour objet tout ce que dit et fait le maître, : aller jusqu’à l’imitation de son écriture, de sa façon de larler, de s'habiller. Mais elle pourra aussi ne pas être paragée par la majorité ou même n'être que le lot d’un seul lève, qui sera jaloux de l’objet de son admiration, voire ler d’être le seul à le comprendre et à l’apprécier.

Communicative, sociable, quelque peu moqueuse. Lecons ‘ès attrayantes (elle parlait avec beaucoup d'esprit), faites d'une bès jolie voix, claire, nette et musicale. Au physique elle n’était belle ni laide, mais elle était malade et c’est ce qui donnait à son isage un caractère particulier. Etait habillée modestement mais hujours à la mode. =

| Beaucoup d'élèves l’aimaient. Moi, Je l’admirais. Elle était ès intelligente, très spirituelle, ses mots étaient mesurés et portient. Elle était très aimable, souriait sans cesse et savait nous lire aimer ses cours. J'avais plaisir à entendre sa voix douce et tusicale, et surtout à l’entendre réciter des vers. Elle les récitait Amirablement. Enfin, je l’aimais pour elle-même et peut-être ussi parce qu'elle avait de la sympathie pour moi, me donnant bujours raison. J'étais heureuse d'être sa préférée et d’être bien pnsidérée par une telle femme »... — N° 230 s (F 12 — F 45 ère).

. L'admiration est une des attitudes affectives peu nomreuses qui se rendent plus ou moins compte de leurs raions. Certes, elle peut aussi répondre à des désirs inconnus t qui se cachent derrière les raisons présentes à l'esprit.

Il n’en est pas moins vrai qu’on sail ce qu'on admire, ox se le dit, et on cherche souvent à le prouver aux autres|} Ce sont toujours des qualités visibles et appréciables quef l’on admire. Du reste, on n’est pas dupe d’autres particu4] larités de la personne admirée qui peuvent plaire moins} On peut même en être assez affligé, voire déchiré entre deux] sentiments diamétralement opposés, admiration et mépris Nous en trouvons un cas caractéristique dans le journal] intime d’une jeune fille concernant l’admiration qu’elle avait pour un maître vers l’âge de onze ans.

« 11 nous faisait beaucoup de lectures, le plus souvent de 1 poésie. Le choix était toujours excellent. C’étaient pour la plupar des beaux poèmes sentimentaux, attendrissants. Il ne lisait pa très bien mais cela m'importait peu. La lecture finie, je réalisai le poème silencieusement, en m'enfonçant dans des\ rêvasseries.

« Il était toujours pâle, on l’eût pris pour un malade. Il n’avai pas de discipline. Les élèves ne l’écoutaient guère ; pendant son cours on mangeait, causait, plaisantait. Lui, il semblait ne rien voir, ne rien entendre.

« Or, un jour j'ai découvert dans un recueil de poésie un petit sonnet signé de son nom. Je ne sais si ce sonnet me plut, mais le seul fait qu'il était imprimé m'inspira une grande admiration pour l’auteur. Je croyais qu’un poète était plus proche de Dieu que des êtres humains. |

« Pendant ses cours, j'ai remarqué qu’il regardait du côté du lac et ses lèvres remuaient comme récitant une prière. Je me disais: « Il est en train de composer un poème ». J’observais la classe em plein désordre, et une colère s'élevait en moi contre mes camarades qui ne comprenaient pas un si grand homme.

« Il me préférait à toutes les élèves, s’intéressait à moi. Comme

je lui avouai un jour que je faisais des vers, il les lisait attentivement et les corrigeait.

. © Cependant le sentiment d'admiration que j'avais pour lui était accompagné d’un autre, vague et indéfini, mais désagréable: je n’aimais pas entendre les élèves me parler de lui, me dire qu'il m'aimait. Je n’aimais pas non plus les louanges qu'il m'adressait parfois en classe. J’en étais gênée, parfois même offusquée. C'était surtout parce qu'il négligeait son devoir d’éducateur et laissait les élèves se moquer de lui. J’eusse voulu qu’il fût admiré de tous. Et si, parfois, le grand homme qu'il était me faisait oublier en lui le mauvais éducateur, je ne pouvais lui pardonner son manque de caractère »…

On voit comment une jeune âme rêveuse et sensible peut passer rapidement d’un sentiment à un autre à l’égard de la même personne. On y trouve encore une preuve que l'élève n'aime pas beaucoup un maître qui, par faiblesse de caractère, ne sait pas se faire respecter suffisamment. Un maître doit connaître sa place, avoir de la distinction el savoir imposer son autorité aux élèves. Sinon, l’élève se sent rabaissé lui-même, d’avoir un chef spirituel indigne. On eu veut ensuite à ce chef, comme s’il avait trompé. On s’en veut aussi à soi-même d’avoir été dupe.

Dans certains cas, un maître peu apprécié ou peu aimé

en classe en tant que pédagogue, peut tout d’un coup se révéler à l'élève, en dehors de la classe, en tant qu’homme, père de famille, etc., et susciter chez lui une vive admiraon. Une personnalité a, en effet, plusieurs faces, qui ne sont pas toutes plaisantes dans la même mesure. C’est - Aussi la raison pour laquelle elle est vue ou se fait voir de personnes diverses de façons très différentes. En se faisant connaître mieux, de toutes ses «faces », on risque peut-être de faire voir quelque côté désavantageux mais on a aussi “occasion de montrer ses avantages, ses côtés sympathiques.

À un degré supérieur, l’admiration peut devenir adoation. L'objet de ce sentiment devient une idole, générale pu particulière, à laquelle on voue parfois une sorte de culte. On en parle toujours. Mieux que cela : on y pense toujours. orsqu’on écrit (et on écrit souvent à ce sujet dans son journal intime) on met : IL, LUI, ELLE, en majuscules. On 2stime ses propres actes, les plus cachés, les plus intimes, à ce qu’en pensera l’idole ; on les soumet à la lumière de son Jugement. On se demande toujours ce que dirait ELLE u LUI de ce qu’on a fait ou de ce qu’on allait faire (1).

« Elle devait avoir une trentaine d’années ; la question de son ge m'a toujours intriguée. Ses lecons étaient attrayantes, mais je he saurais dire de quelle manière, car c’est sa présence suriout qui In’occupait. Elle avait de la discipline mais ne faisait rien pour cela, bes yeux parlaient pour elle.

| Elle était jolie, ses yeux surtout étaient beaux. Elle était habillée d’une facon discrète mais que je trouvais élégante.

I1 me semble que c’est pour sa douceur que je l’aimais. La plubart des élèves préféraient un autre professeur. Mais j'étais fière Hêtre à peu près la seule à l’aimer. J’ai eu la prétention d’être sa préférée et je ne crois pas m'être trompée ; il me semblait que torsqu’elle me regardait ses yeux me souriaient ; puis, elle me parlait si doucement. Elle s’occupait aussi un peu plus particulièrenent de moi.

Une chose qui m’étonnait moi-même, c'est que lorsqu'elle Lortait pour un moment, toutes les élèves naturellement cessaient die travailler ; mais moi, je continuais, car il me semblait que j’aul'ais été hypocrite si j'avais agi comme les autres élèves; j'aurais lréféré bavarder devant elle que derrière son dos.

Pour les autres professeurs, je ne me souciais pas du tout ni le mon travail ni de ma conduite et leurs réprimandes ne me toubhaient nullement. Iln’y avait qu'ELLE qui comptât pour moi».

i Citons encore le cas rapporté par P. Mendousse d’un groupe die fillettes prépubères qui « avaient voué à un de leurs professeurs Mine admiration quasi religieuse. Cette dame était une jolie Proventale dont l’élégante finesse était rendue encore plus piquante par ‘in air de dignité presque austère, dû pour une part à son éducation

(1) Par contre, pour se venger d’un maître détesté, on peut chercher à laire des « bêtises » de toutes sortes, comme si l’on désirait « profaner » la morale Njue ce maître symbolise, personnifie ou représente.

ae.

protestante. Elles n’osaient'pasl’aborder, et quand elles en parlaient, . au lieu de la désigner par son nom, elles disaient simplement ELLE \ ou HER. Un jour l’une d’elles voulut baiser la place où l’idole s’asseyait, mais elle y renonça en songeant tout à coup qu'une autre W maîtresse s’y était assise après ». (L’ Ame de l'adolescenie, p. 13). «

L'exaltation, comme on le voit, peut atteindre le plus » haut degré, surtout chez les filles. Cependant l’adoration : ne nous semble pas être seulement une forme plus intense " de l'admiration. On y devine des raisons moins conscientes ; M elles peuvent même être tout à fait inconscientes et d’'ori- M gines les plus diverses, d’où l’élément érotique est loin w d’être exclu. il

De l’adoration du genre qu’on vient de décrire à un M attachement plus intime et plus intense, il n’y a qu’un pas. Le terme amour vient à l'esprit tout naturellement. Seulement, on ne pourrait jamais dire où commence et où finit un sentiment aussi complexe. Il y a plusieurs sortes d'amour, qui varient, de plus, en intensité. Les ramener ‘4 toutes à une seule forme serait aussi erroné que de vouloir. en fixer la mesure. Aussi n’essayerons-nous d’en mentionner. que deux : l’amour filial et l’amour à base érotique.

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