‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 65 sur 109 · VII. Facteurs érotiques. | | x · texte numérisé non relu

VII. Facteurs érotiques. | | x

Quant au sentiment d’amour à base érotique, il est généralement peu compris et peu conscient de ceux-là w même qu’il anime. Le plus souvent on ne pourrait le deviner \ que par certaines expressions un peu trop exaltées quoique » assez voilées, ou bien par un certain comportement carac- W téristique. £ É ‘à

C’est là un sentiment trouble et mal différencié qui ne se connaît pas encore et qui est à la recherche de son objet. C’est un jeu, une sorte de «pré-exercice » d'amour plutôt que de l’amour proprement dit. N’empêche qu'il peut parfois prendre des formes assez intenses pour causer des souffrances et des troubles et pour mener même jus-" qu’au désespoir. +. 0

Le comportement sera celui qui est si caractéristique. en amour : coquetterie, jalousie, fétichisme, etc. On écrit, des lettres, des vers, on fait des cadeaux, on se rend ser“ viable, on cherche à attirer l’attention sur soi par toutes sortes de manèges. Et si les bonnes qualités n’y réussissent pas, on ne s'arrêtera pas devant une exhibition de mauvaises ; et à défaut, on essayera d’en inventer. L'essentiel. c’est de se faire remarquer, de produire de l'effet, de se rendre intéressant. Le risque de s’attirer le blâme, loin” d’être toujours redouté, a lui aussi ses charmes et on ne manquera pas de le mettre à l’essai. Dans certains cas” on trouve du plaisir à énerver, à faire un peu souffrir celui qu’on aime, el cela non seulement pour essayer ses propres forces mais surtout pour voir la réaction de celui qui occupe toute notre attention, tout notre intérêt. 4

Le désir est encore trouble et ne connaît pas de pré férences nettement marquées du point de vue âge et sexe Homme ou femme, Jeune ou âgé, peuvent dans certaines conditions avoir des chances presque égales à jeter du trouble dans la jeune âme, pourvu qu’ils aient acquis à ses” yeux quelque notoriété, une distinction vraie ou illusoire, de valeur réelle ou fictive, voire absurde. L'amour à cet” âge, tout comme l'admiration pour un idéal, n’a pas encoren de goûts précis et se montre aussi incertain qu’'inconstant, pouvant facilement changer d’attitude envers son idole et ce pour une raison futile.

La tendance érotique indécise se confond, elle-même, en grande partie, avec le besoin de se manifester, de ses faire remarquer, d’être considéré et apprécié, d'acquérir unes place dans la vie de quelqu'un. C’est que la jeune personna=s lité qui commence à prendre conscience d’elle-même a trops fréquemment des hésitations et des doutes sur sa propre. valeur et a constamment besoin d’être «rassurée». D’autrèeM

)part, elle a aussi un besoin suprême et constant d’un « débouché » pour son excès d’affectivité.

Ajoutons encore à ces considérations d'ordre général ique les filles, étant plus gênées dans leur conduite sociale jet plus contrariées dans le libre développement de leur personnalité et dans leur éducation sexuelle, sont plus |que les garçons sujettes à ces emballements et égarements |érotiques idéalisés. Les garçons, plus libres et plus sûrs pe eux-mêmes (et souvent aussi plus tôt instruits aux choses sexuelles), voient leurs tendances déterminées dans des direc- Itions plus justes. D'ailleurs, la vie sentimentale les préoc- |cupe beaucoup moins que les filles ; ils évitent aussi inlen- Wionnellement tout ce qui pourrait être qualifié de sentimen- Italité, dont ils ont honte.

Il y a aussi la question du milieu (famille ou établisse- 1ment scolaire). Plus ce milieu est austère, fermé et gardé jalousement de toute promiscuité de sexes opposés, plus ‘les fermentations érotiques indécises y troubleront l’atmos- 1phère (rêveries, lectures prohibées, etc.). Aïnsi, il y aura Icertainement moins de « flammes » dans les lycées que dans Iles collèges ou autres établissements fermés ; et il y en aura De. moins dans les écoles mixtes. Un professeur homme, |

dans un lycée, pourrait certes lui aussi allumer involonftairement une petite « flamme » chez l’une ou chez quelqueslunes des élèves, mais qu’il tombe par hasard dans une Ecole Normale ou un Collège de jeunes filles, cela devient tout un événement et, à moins qu'il ne provoque la dérision générale, il y a bien des chances qu’il devienne Ma cause d’une atmosphère chargée et d’une forte effervescence affective à base érotique. Du reste, les établissements fermés ne sont pas épargnés de ce genre de troubles alors même qu’élèves et maîtres y sont du même sexe, et ce aussi bien entre élèves et maîtres qu'entre élèves eux-mêmes.

C’est la description de phénomènes semblables que Inous trouvons dans les « mémoires » suivants d’une jeune Mille.

« Dès les premiers jours, une atmosphère assez lourde, assez trouble règne dans notre classe...

| Certaines élèves s’écrivent des lettres, en termes se rapprochant plus de relations d'homme à femme que d’amie à amie.

Ce manège dont toutes nous nous apercevons, répond trop bien à certains rêves plus ou moins conscients pour qu’il n’ait pas une action sur nous.

Dans cette atmosphère chargée, ardente, arrive Mme M. ‘est un professeur aux idées très larges, à l'intelligence ouverte. Elle ouvre devant nous un nouvel horizon ; elle laisse les esprits se former par eux-mêmes, en nous permettant de discuter avec assion et de situer notre enthousiasme. k

Elle doit avoir 34 ans. Elle n’est pas belle. Mais elle a des yeux

Le

très drôles, un peu jaunes, et un drôle de regard. Elle nous regarde \ toujours d’une manière singulière, comme si-elle voulait nous faseiner. En interrogeant une élève, elle la fixe de ses drôles d’yeux M jaunes ‘et la désempare. Elle est intelligente, malicieuse même, M pour moi cela aura une très grosse importance.Elleest parfois décon- M certante par son amour des paradoxes, auxquels nous ne sommes 1 pas habituées. L'enseignement qui nous a été donné jusque-là est un enseignement de certitudes, ne laissant aucune porte ouverte M à l'imagination. Elle nous semble donc différente des autres, un» peu mystérieuse, et le mystère attire... Elle nous apprend à crie . tiquer, et pour moi je l’aime déjà pour cela. Elle fait tache, et M tache brillante, sur la monotonie des autres cours. Nous attendons M les siens avec impatience. # Nous avons encore Mme Y. qui, elle aussi, a une conception M très large de l'éducation. Nous l’aimons énormément. Mais il y a à une très grande différence entre cette affection et ce que nous éprouvons pour Mme M. D'une franchise sans limites, Mme Y.iest M avec nous très familière, très bonne, et par cela même rien de trouble M ne peut exister dans nos rapports. ‘ Pourquoi donc cette « flamme » qui nous fait battre le cœur avant les cours de Mme M. et qui nous empêche de répondre lors- M qu'elle nous interroge ?.… À Elle est une nouveauté, un mystère. Elle prend, d’ailleurs, un air de mystère dans ses enseignements, dans ses attitudes, dans toute sa personne. L Elle est même un peu provocante, et elle cherche à nous plaire aussi bien physiquement qu'’intellectuellement. Elle dit même un jour à une de ses collègues qui lui fait une observation sur sa nouvelle robe : « Oui, cela me va, puisque je plais à mes élèves». Nous voici avec nos rêves sans formes, sans Couleurs, avec nos tendances,“ devant Mme M. ‘10 On se dit souvent : « Elle est épatante, ses leçons sont merveilleuses ». Ou bien : « Je l’aime ! Demain nous l'avons, c’est chic!» On le dit sur un ton ardent et tout en rougissant. 1 Un jour elle demande à l’une de nous d’aller chercher son châlem qu’elle avait oublié. Nous nous jetâmes alors toutes sur le pauvre“ châle et en primes en cachette des franges pour nous les distribuer. Nous en avions toutes une dans notre sac. Parmi nous, c’est à qui" ira chercher ses affaires, les touchera. Elle a un renard, qui est. l'objet de tous nos soins. Et c'est un plaisir réel de le caresser, M de le frôler… ‘1 La jalousie aussi existe entre nous : « Elle t'a parlé ? Que … t’a-t-elle dit ? ».… Quelquefois l’une de nous arrive triomphalement en disant : « J'ai rêvé d'elle », et, toutes autour, nous voulons savoir » les détails du rêve. Ou bien une autre annonce : « Je l’ai vue dans * telle rue », et alors c’est toute une série de questions : « Que faisait elle ? Avec qui était-elle »… Es" ù Une fois, un jeune homme vint la chercher à l'école. Ce fut … alors un bouleversement de jalousie dans la classe qui ne se calma que lorsqu'on apprit que c'était son beau-frère ».

L'auteur de ce journal rapporte aussi avec beaucoup de détails l’anecdote caractéristique suivante : À

Une des élèves offrit un jour à Mme M. un encrier en forme * de cœur pour mettre sur son pupitre en classe à la place du vieil M encrier hideux. La pauvre fille s’attira, à la suite de son cadeau, * la risée de toute la classe ; mais au fond, chacune l’enviait et s’en voulait à elle-même de ne pas avoir eu cette idée. Dans la suites \ cet encrier était gardé jalousement, uniquement pour MmeM., mis «

sur le pupitre avant le commencement de son cours et enlevé immédiatement après son départ. Aucun autre professeur n'eut jamais l’honneur d'en faire usage. ui

« Pendant les premiers mois, je passais tout le temps de ses cours à la regarder, à la regarder avec joie, je ne sais pas pourquoi... Aux autres cours, j'étais très remuante et très bavarde mais pendant les siens je restais immobile et la regardais sans dire un mot. Au début, je ne cherchais pas à briller, à lui rendre service ; je me pontentais de la dévorer des yeux. Lorsqu'elle m'’interrogeait là pbù seule la mémoire est en jeu, j'étais incapable de répondre. Si, Au contraire, il s'agissait de discuter, je la critiquais sans cesse. Je ne voulais pas qu'elle s’aperçoive de l'effet qu'elle produisait pur moi. Je lui répondais durement, quelquefois même insolemment pour cacher mon trouble, trouble que j'ai éprouvé, peut-être pas He même force mais de même nature, devant un jeune homme. Dui, c'était tout à fait différent de ce sentiment d'affection que ’avais pour Mme Y.

Nous n'avions Mme M. que les trois premiers jours de la semaine. Avant elle j'aimais le vendredi et le samedi parce qu’il n’y nvait que deux jours de classe entre le jeudi et le dimanche. Dès on arrivée ce fut le contraire. J’attendais le lundi avec impatience, it le mercredi soir j'étais triste ».…

Toutefois, l’auteur de ce journal raconte ensuite qu’au bout de la première année une partie de cé qu’elle avait Sprouvé pour ce professeur était parti. « Je conserve encore a même attitude envers elle, mais ce n’est peut-être que bar coquetlerie, ou pour m’amuser moi-même ».…

| Ce qu’il est intéressant de noter ici c’est l’effort de la Leune fille pour se défendre et résister à un sentiment qui la kagnait, peut-être par un effet de suggestion. On sent, dans a relation même des faits, et malgré le sentiment d’attrait, hne attitude critique et pas toujours bienveillante. On létrouve ce détail dans plus d’un cas.

1 Nous trouvons encore, dans les « mémoires » d’une institutrice le récit d’une violente admiration qu’éprouait la moitié d’une classe d’internat de jeunes filles pour 5 professeur, non seulement pour son intelligence mais

hussi pour son apparence physique et sa toilette.

« C'était une femme dans les 40 ans environ, assez jolie mais lurtout élégante et très intelligente, faisant un brillant cours de Mttérature dans lequel elle cultivait volontiers le paradoxe. Elle yait été fiancée à un jeune homme qui fut tué à la guerre et elle lrenait d’épouser un fonctionnaire assez terne et assez âgé. Dans les cours elle parlait volontiers d'amour. L’admiration des élèves ‘our elle se traduisait par les faits suivants : LT W |! Une application redoublée. Dans les compositions, un désir e paraître originales et même un peu paradoxales, de rechercher »s nuances de la pensée d’un auteur et d en tirer une théorie ingéjeuse (ce qui était assez la tournure d’esprit du professeur en {8 d n ” L' Q . Fa SU curiosité un peu morbide à l'égard de la vie privée de e professeur et une sorte de jalousie pour ce mari qui semblait tourtant jouer un rôle effacé dans le ménage. Ce mari avait un rand fils qui mourut au cours de l’année scolaire. Le professeur

porta le deuil mais ne manifesta pas une douleur excessive. Les | élèves en ressentirent une joie profonde car elles avaient été réellement jalouses de ce beau-fils. 3 Les jeunes filles cherchaient à montrer leur amour-par mille È petits détails. Elles se postaient dans les couloirs pour voir passer le professeur aimé, ou bien elles guettaient son arrivée par la fe- ’ nêtre le matin pour la voir juste une seconde. Elles étaient fort. tristes quand arrivait une période de vacances, à la pensée de ne. plus voir le professeur. Elles lui écrivaient alors des épîtres fré- j missantes et erraient dans son quartier dans l'espérance de la ren-w contrer. L'une d’elles avait apporté une très jolie poterie, et elles avaient pris l'habitude de garnir ce vase très artistiquement de fleurs fraîches à chaque lecon. Celle-ci terminée, le vase était enlevé à du bureau, afin que les autres professeurs ne pussent en jouir Ce geste ayant paru à quelques élèves désobligeant pour ceux-ci, une dispute à ce sujet éclata un jour dans la classe, mais le clan. amoureux l'emporta. aa cs | Ces jeunes filles étaient environ une dizaine. Elles étaient fortn jalouses les unes des autres, mais déjà trop âgées pour le manifester” ouvertement, elles essayaient d’une guerre plus savante. Elles rivalisaient non seulement de travail et d’intelligence dans les cours; mais encore chacune essayait d’être la plus gracieuse, la plus jolie physiquement et la mieux habillée selon le goût du professeur Elles utilisaient aussi ce procédé tout féminin qui consiste à diminuer une femme devant une autre personne par un compliment habile. Les amitiés, voire les camaraderies, furent détruites par cette sorte d'amour. ü Quant aux autres jeunes filles de la classe, elles résistaient, pour des raisons diverses. Les unes, déjà « lancées », vivaient beau coup au dehors et n’éprouvaient plus le besoin de ce sentiment, passionné. Les autres (en très petit nombre d’ailleurs) n’aimaient pas naturellement les gens qui, trop séduisants, attirent tous les suffrages. Un petit nombre aussi (surtout parmi les disgraciées’ physiquement mais douées d’une intelligence aiguë) détestaient, ar jalousie, cette femme si aimée. Enfin, un certain nombre peut être plus sensées et jouissant d’un équilibre mental plus solide, s’abstenait de toute manifestation extérieure. La plupart nour* rissait cependant secrètement un penchant un peu trouble pour cette femme. Elles jalousaient les jeunes filles plus hardies où plus spontanées qui manifestaient ce penchant, et elles s’en ven” geaient par une ironie cruelle qu’elles feignaient d’excercer en spec” tatrices désintéressées… F En ce qui concerne le professeur, elle s’apercevait très bien

de tout ce manège et en jouait habilement. Elle abordait volontiers la question sentiment dans ses cours et y montrait toujours une âme délicate, nuancée, poétique, et surtout subtile. Si bien qu'on. se disait : « Comme il doit être délicieux d’être aimée de cette” femme ».… Avec ses admiratrices elle était un jour presque tendre, elle montrait son âme ; puis, subitement, le lendemain, elle se fer mail et devenait muette et lointaine, excellent moyen pour piquer au jeu. Quant aux attentions plus concrètes, elle n’avait jamais l'air de s'en apercevoir. Elle parlait parfois de sa vie très discrè-" tement, juste pour qu'on pt voir en elle la femme et non toujours. le professeur (elle évitail l’étalage qui paraît ridicule aux élèves), les très jeunes filles étant Loujours infiniment touchées quand ï on leur parle de soi. Elle faisait assez attention à la personne physique de ses élèves, complimentant par exemple sur un teint frais ou sur la coupe d'un manteau. Lorsqu'elle parlait à une élève enm particulier, elle avait le don de lui faire croire qu'elle détenait M toutes ses faveurs spéciales. Elle agissait ainsi même avec les élèves”

ui ne manifestaient pas autrement d’admiration pour elle. Cette :mme semblait se délecter dans cette atmosphère un peu trouble.

Elle eut ensuite son changement pour un poste plus élevé. es admiratrices la perdirent de vue, mais elles ont gardé pour

«pliqua sans éprouver yne émotion très forte faite du sentiment 8 la séparation irrémédiable et du regret de quelque chose de ès beau qui ne sera plus ».

L'auteur de ces « mémoires » nous rapporte encore un utre cas intéressant concernant la même question. Il s’agit un professeur femme, âgée de 28-30 ans, très jolie, très légante et excellent professeur.

| | « Elle exerçait une sorte d’attrait sur certaines élèves et, au ntraire, une répulsion très marquée sur d’autres. Elle ne s’inté- *ssait qu'aux jeunes filles intelligentes et agréables physiquement, | on sentait qu’elle désirait infiniment leur plaire. Mais il me semble elle employait des moyens un peu troubles. Par exemple, elle mait frôler les élèves ; elle les embrassait aussi très volontiers, ur parlait en particulier très souvent et adoptait à leur égard e sorte d'’attitude très gênante. Plusieurs élèves ressentirent ur elle d’abord une amitié très ardente mais toute spirituelle. eut-être s’apercurent-elles par la suite qu’elles ne trouveraient hs ce qu’elles désiraient chez ce professeur. Je ne sais exactement qui se passa; toujours est-il qu’elles se mirent à la détester le nchement. AS ; « Une autre jeune fille aimait beaucoup cette femme, et je : nse que c'était d’une amitié très pure, quoique très ardente, mais professeur en question ne s’intéressait guère à cette élève plutôt rne et ne devait pas lui faire d’avances. Or, il arriva qu'il se üua une amitié très serrée entre ce professeur et une de ses colœues de la même école. L’élève devint horriblement jalouse. Elle lerchait tous les moyens possibles (réponses insolentes, services fusés, etc.) pour être désagréable à l’amie du professeur. Elle | fut même assez sérieusement malade. Le médecin de l’école hpela cette langueur « anémie » mais nous ne fûmes pas dupes. Pureusement la fin de l’école arriva.

« J'ai souvent interrogé ensuite d’autres élèves de ce profesur, et j'ai toujours entendu parler de tendresses ardentes qu'elle ulevait dans son entourage et aussi de l’atmosphère trouble qu’elle #tretenait autour d'elle ».

Et voici encore le témoignage d’une jeune fille de 14 ans incernant une de ses maîtresses, âgée de 35 ans, céliba-

Rire :

« Ses leçons étaient très attrayantes ; elle avait des opinions Bs particulières, intéressantes. Les élèves l’aimaient beaucoup, Isiraient la voir en dehors de la classe, et je crois que quelqueses la fréquentaient. ane | ! « Moi je ne l’aimais pas, elle était bizarre (?).. L'année où ftais dans sa classe je l’aimais mais parfois sans que je pusse me hdre compte pourquoi, elle me troublait : ses yeux étaient bi- Irres. (Le bruit courait qu’elle entretenait des relations peu \ouables avec des élèves. Quelques-unes l’aimaient tant, qu’elles

La:

la suivaient dans la rue). Ensuite, brusquement, quand j'ai quitté

sa classe, elle me devint antipathique. Mais beaucoup l’aiment, encore d’une façon immodérée ». À

Nous nous permettons de citer un autre cas de vive tendresse de la part d’une jeune fille de quinze ans pour son professeur de littérature : fi

« Elle n’était pas très séduisante, quoique intelligente et pas disgraciée physiquement, mais elle était un peu repliée sur elles même. Je l’aimais parce que justement mes compagnes ne ressen taient pas de « flammes » pour elle. Je ne suis jamais attirée par le êtres trop séduisants ; ils me font un peu peur, je les jalouse aussi un peu, et puis, peut-être par humilité, je pense qu'ils ne peuvent s'intéresser à moi. ÿ

« Elle était très douce, et je ne puis vraiment aimer que des. êtres capables de douceur (mais quand je sens que cette douceur recouvre une réelle fermeté, et c'était le cas de ce professeur). Jew ne l’aimais pas comme professeur. Au contraire, sa haute cons cience professionnelle, parfois un peu terne, me gênait quelquefois dans le développement de mes sentiments; j’aurais aimé en elle um peu plus de fantaisie. D'ailleurs, j’arrangeais cela en me plaisant, à imaginer qu'elle possédait cette fantaisie mais qu'elle la cachait” par une sorte de pudeur, conséquence d’un sentiment aigu de sa dignité. 4

A tous les autres points de vue je l’admirais vraiment. J'’essayais de deviner ce que pouvait être sa vie, dans quel cadre ellé se déroulait. Je l’imaginais plutôt un peu désespérée et je rêvais d’être une consolatrice pour cette femme.

Dans mes rêveries de l’oreiller, le soir avant le sommeil, je construisais des romans dont nous étions les deux héroïnes. Je lui sauvais la vie en me sacrifiant pour elle héroïquement. Elle recon” naissait alors mon amour et tout se terminait dans une extase spirituelle délicieuse. Quand je pensais à l’avenir, le bonheur sum prêème me semblait être de vivre avec elle jusqu’à la mort sans heurts en essayant de deviner ses moindres désirs. Aucune autreé* chose ne me paraissait pouvoir être aussi délicieux.

Je lui manifestais cette tendresse en travaillant bien, en étant pleine de prévenances. J’aimais aussi beaucoup à être grondée par elle, surtout quand la gronderie était légère. Cela me procuraif une jouissance délicieuse. f

Elle s’apercevait bien de mon manège et je crois que cela lui faisait grand plaisir. Les femmes aiment toujours les hommages et, ils les touchent d’autant plus qu'elles y sont moins habituées Mais elle essayait de tempérer mon ardeur. N

Lorsque je quittai l’école, elle m'’invita à venir la voir chez elle. Mes premières visites me donnèrent un véritable bonheur" mais peu à peu mon enthousiasme tomba. Fut-ce de trop connaîtré# l’idole, de la voir dépouillée de mystère? Et puis, elle se révéla femme intelligente mais peu chimérique, pratique, ce qui était incompatible avec mes rêves chevaleresques. Et aussi je me trans" formais moi-même. J'ai commencé à vivre une vie plus complètes moins repliée sur moi-même »…

L'âge de la puberté est évidemment le plus favorable | ce genre d’affections troubles. Mais rappelons une fois de plus qu'il n’y a pas d'âge exclusif pour ce qui est des rap

risés de jalousie. Une institutrice nous communique les uts suivants : |

1° Une fillette de sept ans avait un véritable désespoir conentré lorsque sa maîtresse semblait lui préférer une autre. Elle sveillait sa mère au milieu de la nuit pour lui demander s’il était heure de partir en classe. A tel point que ses parents, jaloux de | influence de cette maîtresse, vinrent protester à l’école. Lorsque à fillette monta dans une classe supérieure, elle fit exprès de mal ravailler pour redescendre chez l’ancienne maîtresse.

2° Une institutrice (34 ans), très jolie, très élégante et intelliente, une femme remarquable à tous les points de vue, exerce ur ses élèves, petites filles de 6 à 7 ans, une fascination extrême. es petites l’aiment véritablement d’amour, se frottent contre Ile, l'embrassent, touchent ses vêtements avec adoration et sont alouses les unes des autres.

L’institutrice s’en aperçoit et aime cette adoration des petites tui, dès qu'elles savent écrire, lui offrent des lettres de ce genre : \Je vous adore ma chère maîtresse ».

Lorsque les petites ont quitté la classe et qu'elles grandissent, les continuent à avoir une sorte de culte pour cette maîtresse. ette dernière est avec elles certains jours très douce, très materelle, elle les prend sur ses genoux. D’autres jours, elle est froide It distante.

\ Mais un âge plus avancé et ayant dépassé depuis bngtemps la puberté, n’en est pas toujours épargné ‘on plus. Non seulement les classes supérieures des écoles econdaires, mais les écoles supérieures elles-mêmes conlaissent ce genre d’engouement pour un professeur. Nous. ourrions personnellement citer le cas de plusieurs étudiantes. ’une Faculté de province s’entichant d’un de leurs profes-- Burs, homme âgé d’une cinquantaine d’années, qui faisait, u reste, un cours brillant. L’une de ces jeunes adoratrices isait à son amie que si le professeur divorçait d’avec sa mme ou si.celle-ci mourait, elle serait heureuse de se harier avec lui. Dans un autre cas, une étudiante amoubuse d’un professeur se mit à détester farouchement la mme de celui-ci qui venait assister aux conférences de son fhari. Il va de soi que la placidité résultant de l’âge, d’une (art, et, d’autre part, la distance imposée par le régime Mniversitaire empêchent la naissance de rapports affectifs milaires à ceux qui peuvent naître dans les écoles prilaires et secondaires. Le fond, les mobiles et les effets éistent pourtant les mêmes (1). à

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(1) L’admiration ou même seulement la sympathie pour un professeur fut, même à l’Université et malgré l’absence de contact personnel immédiat, Movoquer chez l’étudiant non seulement un intérêt particulier pour la matière | seignée par ce professeur mais un véritable enthousiasme. Cela peut même Mivent agir d’une façon décisive sur l’orientation de son esprit et déterminer “ite sa carrière scientifique future.

L’attitude négative, l’antipathie pour un professeur, n’est nullement “lue de l'Enseignement supérieur où elle peut avoir des effets considérables

En examinant les témoignages qui se rapportent à: cette question, nous retrouvons ainsi presque toujours la confirmation de mêmes faits et conditions : Î

a) L’'affection ardente pour un professeur est un fait assez fréquent. Il est cependant plus fréquent et plus. intense chez des élèves qui sont trop sensibles, pas assez équilibrés moralement et physiquement, un peu repliés sur eux-mêmes et, surtout, qui vivent très peu au dehors et ne voient que peu de monde. Les écoles fermées favorisent ces phénomènes tout particulièrement. Les jeunes filles, Pemportent de beaucoup sur les garcons. |

b) Les « flammes » pour un maître peuvent embrasenl toute une classe ou un grand groupe d’élèves qui vivi désormais dans une atmosphère de luttes jalouses. L’hos tilité pourra y couver un certain temps pour éclater brus= quement et donner lieu à de véritables drames qui font parfois des malheureux. A

c) Malgré la gravité de ces crises affectives qui, che certains individus, pourront même n'être plus jamaisf dépassées en intensité, il faut pourtant noter que le sentis! ment qui le provoque est tout platonique. 4

d) Pour ce qui est des maîtres qui, plus que les autres,

suscitent ce genre d’affections troubles, ce sont, puisqu'il s’agit de femmes surtout, celles qui sont déjà d’un certain âge mais encore séduisantes physiquement, d’une expres | sion intéressante, bien habillées et coquettes. Intellectuel | lement, et ceci pour les professeurs des deux sexes, ce sont des personnes très intelligentes mais d’une intelligence ut peu fantaisiste, poétique ou originale et hardie, tournéei| vers le paradoxe. Ce sont là, naturellement, les traits prins cipaux, mais les variétés personnelles sont innombrables

Les conflits sexuels peuvent aussi provoquer, chez l’élève, une forte antlipathie pour le maître. Nous en trou”! vons un cas dans les «mémoires » d’une jeune fille, qui avaïtil à cette époque-là de 11 à 13 ans. Elle traversait alors unek crise des plus effroyables, une détresse morale qui l’amen un jour à un essai de suicide.

Dès son enfance, la jeune fille montrait des capacités exception nelles, fut l’idole de son entourage, si bien qu’à la fin elle était persuadée elle-même qu'elle était appelée à remplir plus tard dar

sur la marche du travail et sur le succès scolaire. De toute façon, il est peu pro bable que, dans un cas de forte antipathie pour un professeur, l’on éprouvé beaucoup d’enthousiasme pour la science qu’il enseigne. Nous avons conn personnellement un étudiant (type très émotif, d’ailleurs) qui, touché un jo assez vivement par une observation un peu maladroite d’un professeur de Faculté, conçut une antipathie très prononcée pour ce professeur et finit biei tôt par ne plus suivre son cours et par choisir une autre matière d’études. Le facteur personnel et affectif, on le voit, n’est donc pas absent ici non plus.

vie une mission extraordinaire ; elle eut des idées de grandeur, vint une égoïste farouche et un tyran danslafamille. Cependant, e souffrait en cachette d’un sentiment d'’infériorité du fait qu’elle était pas garçon (« virile protestation », comme dirait Adler). . L'époque de la puberté approchait et personne dans la famille songea à prévenir l'enfant, à lui expliquer la physiologie et le e de la femme. A l’école, dans la classe, elle était la plus jeune de ce fait elle n’était pas admise dans les confidences mutuelles ses amies aînées qui avaient déjà depuis longtemps leurs secrets petites femmes. Peut-être aussi ne l’admettaient-elles pas dans 1r cercle par suite de la jalousie pour ses succès scolaires. Toujours -il que la fillette restait dans la plus grande ignorance sexuelle.

Lorsqu'elle eut ses premières règles, elle en fut toute désemrée. Elle ne savait pas exactement ce que cela signifiait, mais e était convaincue qu’un grand malheur lui était arrivé. C'était ut-être une sorte de maladie, mais c'était surtout une souillure ysique et une déchéance morale qu’il fallait cacher à tout prix. > sentiment de déchéance devint encore plus aigu un jour où une ses sœurs aînées, ayant remarqué ses embarras et en devinant raison, se mit à rire en lui citant un vers inconnu qui voulait dire

eu près : « Te voilà donc tombée aussi comme nous ».. La plai-

nterie déplacée eut un effet des plus désastreux. Le mot «tombée » sormais obsédait la petite et augmentait son désarroi. Elle avait jà lu en cachette quelques romans et savait qu'il arrivait à cerines femmes de « tomber ».….

Il fallait dès lors cacher à la maison son malheur et en faire sparaître les traces. Elle le faisait si bien qu’en peu de temps e finit par boucher la canalisation où passa tout son linge maculé nt elle voulait se débarrasser de façon inaperçue. Elle finit aussi, s tard, à la suite de son ignorance complète des règles d'hygiène, r avoir une hémorragie dont elle faillit mourir.

A l’école il fallait faire tout pour que personne ne s’aperçût son état inavouable. Mais plus elle cherchait à être naturelle, us il lui semblait qu’on se doutait de ce qu’elle était «devenue». e n’en fut que plus nerveuse et excitée. Elle devint irrascible et upportable pour ses meilleures amies de la veille.

} Mais c’est surtout contre le nouveau maître d’école qu'elle t un fort ressentiment. Il lui semblait tout le temps qu'il compreit tout, qu'il devinait tout, qu'il savait ce qu’elle valait maintent, elle, que tout le monde croyait encore être comme avant. e croyait lire dans ses yeux, qui, lui semblait-il, l’épiaient tours, une sorte d'expression d’entente secrète : « Nous autres, let moi, nous comprenons très bien ce que les autres ne savent s ». Il lui semblait même qu'aux leçons de littérature il lui faisait jours lire des passages qu'elle croyait équivoques concernant ) hommes et les femmes. Cela l’enrageait à tel point qu’un jour e éclata subitement et s’écria hors d'elle : « Qu'est-ce que vous me ulez à la fin des fins»? Toute la classe en resta perplexe, n'ayant n compris à cette explosion subite, le maître non plus, du reste. à autre jour encore, au cours d’une excursion, alors que la jeune e se démenait un peu trop, le maître, qui se doutait de son état rticulier, s’approcha d'elle et lui dit tout bas sur un ton paternel : es jours-ci tu ferais mieux de sauter et de courir moins ».… Ce le comble. Elle se cabra et lui lança impertinemment et rageument : « Monsieur, ce que je fais ne regarde que moi... Et puis, Issez-moi tranquille ».…..

} Mais voici quelques passages de ce document curieux : « Moi, ne le haïssais pas. Il m'inspirait plutôt du dégoût. Dès les preers jours de son arrivée, son air inquiet me déplut. J'avais un gue pressentiment qu'il portait un intérêt particulier aux filles.

Il était petit (nous le surnommioms « M. Petit »). Ses grands yeux perçants jetaient des regards rapides de tous côtés et, s’arrêtant un instant de plus sur les rangs des filles, ils prenaient une expression un peu moqueuse. Il se mélait trop à nos affaires, il semblait vouloir troubler l'amitié qui commençait enfin à naître entre nous et le groupe des garçons, après une période de mépris réciproque (c'était l'année où l’on a réuni les deux écoles, de garçons et de filles, jusqu'alors séparées). Ù ‘ re de savais DA SO pensait de moi. Il ne me détestait pas, c’est sûr, mais il était bizarre avec moi. J'avais l'impression qu’il me tenait pour une personne qui avait déjà franchi les limites de l'enfance Son regard semblait souvent vouloir pénétrer dans les tréfonds de mon âme pour me faire ensuite procès de ce qu'il y aurait trouvé. Il me posait parfois des questions, me donnaït des conseils, observait singulièrement mes actes, mes gestes

jusqu’à mes silences. Cela m'était insupportable d'autant plus que souvent, il devinait juste et qu'il manquait de tact. J'avais horreu de sa manière de m'’interroger avec indiscrétion, de me montrei qu'il était au courant de ce qui se passait en moi, alors que j’étai très renfermée même devant mes meilleures amies et devant mef parents. L'idée qu'il existait quelqu'un qui m'épiait et qui me con| paissait me faisait peur. Je me sentais faible, triste, furieuse ef pleine d'amertume ».…

Le manque de tact, on le voit, était ici surtout en fonc} tion de la tourmente générale de cette jeune âme à la dérive Le maître n'avait certes pas de mauvaises intentions, mai il ne savait pas s’y prendre. L'intervention eût peut-êtri été mal interprétée venant de la part de n'importe qui Les insinuations concernant l’attitude du maître à l'égar des filles pouvaient elles aussi être fruit de l’imaginatio: morbide, comme les autres suppositions. À cette époqu d’emballements faciles et d’affections exagérées, la hain est aussi fréquente que la méfiance et le soupçon. Chez 1 jeunes filles surtout. L'auteur des « mémoires » avoue d’ai leurs que le même maître s’entendait très bien avec 1 garçons. L'élément érotique dans les rapports entre élève et maîtres occupe certes une place importante maïs ce est presque inévitable. Sauf quelques rares exceptions, | maître n'y est pas pour beaucoup. On n’a pas besoin ses avances. Même dans le cas où il est assez bourru et cherche aucunement à plaire, il peut se trouver de jeundl écervelées qui vont s’engouer de certaines de ses manièrdl ou même de ses manies. Chez les scouts, où les relatio: avec les chefs sont pourtant d’une franche camaraderill il n’en est pas autrement. Nous avons eu le témoignage 4 chefs et cheflaines que des faits de ce genre embarrasseil plus d’une fois et que le problème de « flammes » préoccu | assez souvent.

Ce sont là évidemment des faits qui n’ont rien grave et qui ne doivent pas être pris trop au sérieux. Cepe dant, pour éviter des tourments superflus à certaines âmi trop sensibles (ou rendues sensibles par cette période tra

pe

core qu'est la puberté), il faut avoir beaucoup de doigté, finiment de tact et de flair psychologique. Sans cela on sque de gâcher tout ou de nuire beaucoup.

M La ligne de conduite à suivre ici ne pourrait naturelleent pas être fixée d’une façon générale et une fois pour utes. Tout dépend de la nature de l’élève à qui l’on a faire. Il ne faut pas eroire que la froideur et le refus net n toujours à même de couper court à ce genre d’affecons. En certains cas, il vaut mieux laisser à celles-ci 1elque déversoir, quelques possibilités de s’extérioriser, : se dépenser. Etayées et canalisées avec un certain art, es pourront se sublimer et produire, chez l’élève, une rte de décharge bienfaisante. Il en sera assurément vite livré et se mettra à la recherche d’autres intérêts, plus mpatibles avec sa nature et son âge. Repoussé catégouement, il pourra, par contre, persister dans ses sentients contrariés, qui Se mueront en une sorte de passion ; pourra porter sa charge affective et en être accablé très ngtemps, parfois même après avoir quitté l’école. Et, qui ut ! cette charge pourra peut-être, chez certaines natures rticulièrement sensibles et imaginatives, peser sur l’exisnce affective toute la vie durant et être la cause incoméhensible de plus d’un conflit.

Voici un passage caractéristique du journal intime ‘une élève de lycée (15-16 ans) au sujet du nouveau prosseur de mathématiques, qu’elle aima dès la première çon.

« J'étais heureuse, fière de la pensée que le plus aimable des ofesseurs allait avoir de l’amitié pour moi, j'en étais sûre d'avance isque je me savais très forte en maths.

« Je me suis trompée !. Oh ! il sait bien que je suis une des eilleures élèves, sinon la meilleure. Il s’en est aperçu dès le début, ais il ne semble pas être enchanté de moi... C’est sûr, il ne m'aime s. Et je ne sais pas pourquoi. Qu'’ai-je donc fait pour lui déaire ? Je continue à faire mes devoirs, je ne perds pas un mot > SON COUTS, pas un geste.

« Je me sens découragée. Je tâche à présent de ne pas renmtrer son regard ; quand il demande des volontaires pour aller 1 tableau, je ne lève plus la main. Et je sais bien (lui aussi d’ailurs) qu’il n’y en a pas beaucoup dans la classe qui veuillent der au tableau. Je me tais, je tâche de ne pas me faire voir, de > pas faire sentir ma présence... rare ; ra | «Pourquoi? Mais pourquoi me méprise-t-il ? C’est injuste. > n’ai rien fait de mal. Je ne bavarde pas, je ne cause pas de dérdre. Serais-je si laide? Mais d’autres me disent le contraire. oi-même, je ne me trouve pas très repoussante...

« Je n’en peux plus !...

« Depuis quelque temps, je ne l'écoute plus. J’ai peur de le garder. Je ne suis plus la première élève de la classe, j'ai même arfois de la difficulté à suivre son cours. Tous les lundi, mercredi ; vendredi je suis triste... Pourquoi tout cela ? C’est injuste. Je ’ai jamais été méprisée par un professeur. Et dire que je l’aime ant !.…

Je viens de le rencontrer dans la rue, j'étais avec Z. Il marchaït, lui, sur le trottoir d’en face. J'ai détourné la tête pour lui

épargner la peine de me saluer, lorsque je l’ai vu avancer vers nous. J'ai tremblé d’espoir. Il s’arrête devant nous, mais adresse la parole à Z. Il lui demande de ses nouvelles, bavarde un peu, puis il m'adresse quelques paroles de politesse à moi aussi (je l’en dispenserais volontiers) et prend congé.

« Il ne me déteste assurément pas. Il est tout à fait indifférent,

ce qui est pire encore. A la salle d’études je ne l’intéresse pas, dans la rue il ne me voit pas... Et je suis une élève excellente que tous les professeurs louent toujours. Et je l’aime tant. Pourquoi ?

C’est injuste ».…

Et voici un autre cas curieux d’une affection qui s’est survécue étrangement. Il s’agit d’une admiration mélangée de tendresse d’une jeune fille pour son professeur (45 ans environ), pédagogue médiocre mais femme jolie, très élégante et « qu’on devinait intelligente ». Elle était très

aimée de toutes les élèves, mais aucune n’eût osé essayer.

de lui montrer ses sentiments, son attitude n'ayant guère été encourageante. Ce professeur adoptait, en effet, à l’é-

gard des élèves, une attitude hautaine et distante ; elle

était aussi fort cassante et très sévère.

« Je l’admirais d’abord parce qu'elle me plaisait physiquement et aussi parce que je m’imaginais que sous cette raideur elle cachait une réelle sensibilité. ;

« J'aurais aimé entrer davantage dans son intimité, voir sa maison, les objets qui l’entouraient, m’entendre dire par elle des paroles affectueuses...

« Il lui était difficile de s’apercevoir de mes sentiments pour elle. Cependant elle devait en avoir l'intuition. Car elle témoignait pour moi d’une sorte d’indulgence assez extraordinaire de sa part. Elle ne la manifestait point verbalement, mais je la devinais. Et puis elle me notait plus haut que mes camarades lorsque j'avais bien travaillé. Souvent elle m'enleva des zéros sans aucune raison valable, et comme je le lui fis remarquer, croyant qu'elle s'était, trompée, elle me rabroua d’une façon très bourrue.

« D'ailleurs cette sympathie n'allait jamais plus loin. Je quittai l’école en regrettant de ne pas me faire aimer davantage de cette femme et je ne l'ai jamais revue. Mais je pense souvent à elle et j'ai conservé pour elle une sorte de tendresse assez ardente. Je pense que c’est parce que je ne l'ai jamais connue plus avant et qu’elle a conservé pour moi le charme du mystère. Dès que je vois des personnes qui ont eu l’occasion de l’approcher, je demande de ses nouvelles, avec des battements de cœur, et je souffre un tout

petit peu de ce qu'elle vive très bien si loin de moi, de ce que j'aie

été pour elle si peu de chose.

« Chaque premier de l'an, je lui écris pour lui présenter mes vœux ; elle me remercie de ce qu'elle appelle un souvenir si «fidèle» , et je sens comme un étonnement dans ce mot « fidèle ».

«J'aimerais bien la revoir mais j'attends de m'être en quelque sorte élevée à ses yeux, d’avoir par exemple réussi à mes examens. J'aimerais aussi à me présenter à elle joliment habillée, le plus séduisante possible, afin de lui faire éprouver un peu de regret de n'avoir pas su cultiver mes sentiments »….

Ce dernier détail, très curieux, est beaucoup plus gé-

néral qu’on ne le croirait. Il nous importe toujours de garder le rang élevé auquel nous a porté l’estime de quelqu'un qui nous intéresse particulièrement ou de justifier les espoirs qu'il avait fondés sur nos capacités et possibilités personnelles virtuelles. De même, nous n’oublions jamais le fait de n'avoir pas été assez estimés par une personne (ou un milieu) qui nous intéressait et dont l’opinion nous importait, et cela que la personne (ou le milieu) en question nous fût sympathique ou antipathique. Par une sorte de dépit ou de rancune nous pourrons songer très longtemps à nous « réhabiliter », à prendre en quelque sorte notre revanche. Nous ferons de grands efforts pour « arriver », à seule fin de « montrer » que nous valions mieux qu’on ne nous croyait. Dans certains cas, ce peut même être presque l'unique mobile de toute une activité humaine. Malgré les nouveaux intérêts et les nouvelles ambitions qui peuvent surgir au Cours de la vie, il y restera toujours une sorte de plan de fond où se reflètera ce désir principal de prouver à quelqu'un notre valeur réelle. L'existence de ce quelqu'un, en dépit de toute distance qui peut nous en séparer dans le temps ou l’espace, restera toujours présente à notre esprit. Et, selon l’attitude affective que nous avons pour cette personne (ou pour ce milieu), notre activité n’aura pour but que de vouloir lui causer du plaisir ou du déplaisir, de la joie ou du regret, en cherchant à nous imposer par la force à ses considérations.

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