I. Rapports sociaux — Chef idéal
Nous passons maintenant à l'examen de faits qui concernent principalement l’altitude sociale du maître envers ses élèves. Ces faits sont invoqués très souvent comme facteurs déterminant des rapports affectifs et ils semblent jouer dans la vie scolaire un rôleimportant. Leur caractère affectif étant évident, nous ne les avons pas examinés parmi les causes morales et sociales ordinaires, plus objectives et suggérées surtout par le milieu ; celles-ci peuvent d’ailleurs, comme on le verra plus loin, être en contradiction avec les sentiments que l’élève éprouve pour le maître.
L’attitude sociale du maître envers les élèves peut, naturellement, comporter des différences individuelles très variées. On parle souvent d'amitié ou de camaraderie, d’attitudes ou de sentiments fraternels, paternels ou maternels. Il y a encore d’autres formes d’attitudes appréciées par les élèves : la politesse, la correction et même, en une certaine mesure, la sévérité (attitude sévère en classe et amicale au dehors). Mais on goûte surtout la simplicité et les rapports naturels d'homme à homme.
Plus l’élève est grand, plus il a tendance à voir dans le maître son égal et moins il admet d’être traité avec dédain comme un être inférieur. Mais les plus jeunes aiment, eux aussi, à être pris au sérieux, et le ton doucereux, artificiel que certains adultes prennent avec eux, ne leur plaît pas beaucoup. Le ton à employer avec les enfants, aucune description ne saurait le rendre. On l’apprendrait pratiquement en écoutant des éducateurs parfaits parler avec des enfants et en observant leur façon de se tenir avec ceux-ci. Mais c’est surtout un don personnel qui vous souffle le ton juste et vous met en garde contre la fausseté. S'il y a une règle à donner, une seule, c’est d’être le plus simple et le plus naturel possible, sans aucune recherche, c’est de se tenir comme devant des êtres avec qui on peut être sincère sans aucune crainte.
Cependant la classe scolaire est une société en quête d’un meneur, d’un chef. Or, le maître est son chef hiérarchique. Il s’agit donc pour lui d’en tenir le rôle dignement. Aussi verrons-nous dans la suite que presque toutes les raisons entrant dans la catégorie des rapports sociaux se ramènent en définitive aux qualités de chef du maître et aux rapports qui peuvent exister entre lui, comme chef, et les élèves, en tant que subordonnés.
Voici le type de chef idéal dont les principaux traits caractéristiques sont : sociabilité, jovialité, amabilité, familiarité et sévérité à la fois. Il a une façon de parler sur un ton doux et même un peu badin mais en même temps . autoritaire qui se fait accepter volontiers. Il est surtout un guide moral, un juge, un conseiller, dont les paroles . sont recherchées et écoutées avec confiance. À un certain âge où une foule de problèmes moraux et autres assaillent les jeunes esprits, un guide de cette espèce est particulièrement apprécié.
« C'était un jeune maître dont les leçons étaient très intéressantes. Il avait de la discipline et ses ordres étaient exécutés avec plaisir. Il était bon, modeste, juste et impartial envers tous ses élèves. Il nous traitait bien, comme il convient à un bon maître. Il aimait naturellement les enfants, arbitrait et tranchaïit nos disputes, aimait à causer avec nous, à échanger des idées sur certains problèmes, cherchant à les résoudre avec nous. Les élèves trouvaient auprès de lui une réponse à toute question qui les préoccupait. Par là, il était différent de tous les autres maîtres». (Le maître en question était aussi le chef des scouts). — ANo97s (M 13 — M 22 cél.).
« Ses leçons étaient très attrayantes grâce à la courtoisie qu’il y mettait. Il ne se montrait sévère qu’en cas de besoin et ne punissait que lorsqu'on le méritait. Il évitait toutefois les punitions trop sévères qui abrutissent l’élève ou le poussent à la révolte. Il traitait de la même façon tous les élèves, riches ou pauvres, forts ou faibles. Dans ses agissements, il prenait en considération les conditions dans lesquelles vivaient les élèves. Il se tenait avec nous comme un camarade plus grand ; il conseillait, jugeait. C'était un de ces
maîtres dont on garde longtemps de bons souvenirs».— No 235 (M 13 — M 24 cél.).
Joviale, communicative, sévère mais ne punissant pas souvent. En classe aimable avec tout le monde, dans la cour elle aimait à causer avec les élèves. Ses leçons étaient attrayantes. Elle avait une belle voix claire, et elle expliquait lentement et nettement. Avait de la discipline, ses ordres étaient toujours exécutés à temps. Je ne la Craignais pas du tout mais je préparais les devoirs pour elle mieux que pour les autres professeurs.
Je l’aimais, comme toutes les élèves d’ailleurs, parce qu’elle nous apprenait bien et parce qu’elle était bonne dans ses rapports avec nous. Elle était agile, très communicative. Très aimable avec les élèves et prompte à les diriger par ses conseils plus que les autres maîtres. S’adressait aux élèves sur un ton pas trop sérieux, mais
dans ses paroles il y avait toujours quelques chose qui s’imposait. No 49 s(F 13 — F 35 cél.).