‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 69 sur 109 · III. Simplicité — Manque d’orgueil · texte numérisé non relu

III. Simplicité — Manque d’orgueil

Nous en avons déjà indiqué quelques-uns. Il y en a encore d’autres, très importants aux yeux de la gent écolière.

Notons d’abord ce qui a trait aux rapports sociaux proprement dits, rapports d'homme à homme, et qui ne sont pas directement liés aux choses scolaires.

C’est avant tout, l'exigence de simplicité dans les rapports avec les élèves, l’absence d’orgueil. Cela peut sur-

rendre de la part de subordonnés à l’égard d’un supérieur incontestable. Il ne s’agit pourtant pas d’une abolition de la hiérarchie. L'égalité qu’on semble y demander est toute relative. Ce qu’on désire réellement ce n’est qu’une considération aimable et simple, sincère et point affectée. Pratiquement, elle se résoudrait à une seule chose : que le maître prenne en considération la personnalité propre de l'élève avant d'y voir un sujet subalterne impersonnel. L'idéal de l’élève est d’être traité en jeune ami, du moins à l’heure où l’on n’est pas élève, en récréation, dans la rue ou ailleurs. Certains se contentent même d’une réponse courtoise à la salutation. C’est inimaginable combien un élève peut être reconnaissant à un maître si dans une rencontre de hasard (dans la rue ou au jardin public), il le salue poliment en enlevant le chapeau ou lui adresse un sourire bienveillant. Et, a fortiori, s’il trouve du plaisir à lui accorder aussi quelques paroles amicales. Toutes ces choses qui ont l’air de bagatelles, prennent une importance excessivement grande chez le jeune esprit jaloux de sa personnalité, précisément parce qu'il n’est pas très sûr de sa valeur sociale.

Joviale, sociable. Ses cours sont très attrayants, étant en quelque sorte des causeries. Je l’aime bien parce qu'elle est douce, très bonne et peu sévère et parce qu’elle nous parle gentiment, nous considérant comme des amies. Elle comprend la différence entre maîtres et élèves, mais ne nous la fait pas sentir comme certains autres professeurs.

Elle nous aime bien et nous le lui rendons bien (sic); nous tâchons, moi du moins, de lui faire plaisir, car réellement ‘elle le mérite ». — N° 66 s (F 14 — F 50 mère). |

Communicative et très sociable ; allure jeune. Très juste, elle établissait au début de l’année un barême, connu des élèves et S'y conformait. Leçons très attrayantes, faites d’une voix forte lente bien articulée, expression personnelle. De la discipline facilement acceptée (obtenue par des notes appliquées mathématiquement) inspirait le respect. |

Affectueuse el gaie, elle nous aimait à peu près toutes de la même façon, voyait en nous des jeunes filles non des élèves. Je l’ai- | mais parce qu'elle avait des idées larges, un heureux caractère, | était originale, société et commerce agréables. Elle était aussi aimée des autres élèves mais plus estimée au point de vue person-

nel qu’au point de vue pédagogique. Laissait la plus grande part au travail personnel de l'élève. Au cours des interrogations, patiente et calme. — No 421 s(F 16 — F 50 mar.).

Jolie, habillée avec recherche. Très simple avec les élèves, sociable et pas trop sévère, elle ne punissait pas, son regard seul suffisait. Etait aimée des élèves qui allaient la voir chez elle.

Je l’aimais pour sa simplicité et sa bonté, et surtout pour sa sociabilité. J’ai eu et j'ai encore beaucoup d'estime et de respect pour celte gentille institutrice. Elle était si sympathique et si sociable, pas du tout orgueilleuse comme on voit bien des maftresses. Car il y en a beaucoup qui donnent leurs leçons d’une façon sèche et puis elles s’en vont. Or, cette institutrice, à part ses leçons attrayantes, était aussi une bonne amie de l'élève. — No416s (F 11 — F 24 cél.).

Mais voici le maître du type contraire.

Sévérité orgueilleuse, air renfrogné, il traite les élèves d’une manière grossière, les punit souvent et n’est pas aimé d'eux. Leçons | pas intéressantes, pas systématiques. Je travaille pour lui plus que

pour les autres professeurs, mais il me considère comme élève moyen et est tout à fait indifférent à mon égard. Je ne l'aime pas pour son orgueil, pour sa mauvaise appréciation, pour son air | sérieux, niais. Il est toujours sérieux et orgueilleux. A une très | haute opinion de lui-même. Mauvaise méthode d’enseignement | (méthode « personnelle » !...), indépendante de l’auteur du manuel. N° 14 a (M 17 — M 38 père).

| Plutôt laide, mais se croyant jolie ; petite et forte, elle voulait | paraître élégante, elle n'était que ridicule. Ses leçons étaient | plutôt ennuyeuses, faites d'une voix irritée comme quelqu’un qui veut en finir au plus vite ; elle ne se faisait pas comprendre facile- | ment et cela l’exaspérait assez. Toujours assise au pupitre, elle } donnait de violents coups de poings sur la table pour rappeler à l’ordre. Avait énormément de discipline, obtenue par la contrainte et les menaces d’humiliation ; on exécutait ses ordres à contre-cœur, comme un chien qui craint le coup de cravache. Toujours de mauvaise humeur, toujours hautaine avec les élèves, elle les punissait très souvent (c'était une réjouissance pour elle que les punitions), pour leçons non sues comme un perroquet ; comme punitions : bonnet d'âne, promenades à travers les autres classes avec un écriteau dans le dos. Très injuste : elle était contente quand elle avait humilié une élève, pas celles dont elle connaissait particulièrement les parents. PNEU

J'étais bonne élève mais elle me préférait d’autres, leur souriait quelquefois et les notaïit toujours très bien, alors qu’elles me le méritaient pas. Je ne l’aimais pas parce qu’elle considérait les élèves comme des êtres inférieurs. Elle était toujours enfarinée ; elle haussait dédaigneusement les épaules quand on lui parlait d'autre chose que des leçons. On sentait nettement qu’elle se vengeait sur nous de n'avoir pas trouvé à se marier malgré sa coquetterie excessive. Au moment de réciter une leçon,si nous ne la savions pas, elle préférait que l’on dît une bêtise au lieu de ne rien dire ; si l’on s’obstinait à se taire, elle vous secouait comme un prunier et vous appelait « momie ». — No75a(F 12— F 40 cél.).

i i ids ; indifférente, méprisante Physique glacial, yeux froids ; allure indiffé ; et DL iépeseée avec tous les élèves sans distinction, aucune parole avec eux, aucun conseil. Sévère et tout à fait insociable. Leçons pas intéressantes, faites d’une voix monotone, quoique bien ex-

pliquées. Ses ordres étaient exécutés avec peur. Il n’était pas aimé à cause de sa froideur glaciale. 0 |

Toute sa physionomie dégageait une indifférence totale à l'égard des élèves, bons ou mauvais. Il faisait sa leçon sans que personne n’osât l’interrompre, posait la craie et s’en allait. Sorte de mépris à l’égard des élèves, indifférence totale. Jamais d’interrogations, peu de devoirs, jamais rendus d’ailleurs ». — INo 398 4 (M 16 — M 50 mar.). |

Dans ces critiques, parfois si méchantes, de certains maîtres, nous trouvons des éléments très hétérogènes | injustice, formation professionnelle insuffisante, incapacité pédagogique. On entrevoit aussi, de temps à autre, des rancunes personnelles, effets de jalousies scolaires. Mais c’est surtout le manque de sociabilité qui est incriminé au maître, l’orgueil, le dédain. C’est le manque de considéra: tion pour la personnalité de l’élève qui blesse celui-ci dé la façon la plus sensible et provoque chez lui une attitud affective négative. |

La marque la plus grande de respect ou d'intérêt qu'un maître peut montrer aux élèves c’est lorsqu'il est communicatif avec eux et que, tout en se gardant d’indis: crétions et de vains bavardages, il cause parfois avec eux de leur vie privée et, à l’occasion, leur parle à son tout un peu de sa vie à lui, des membres de sa famille. Ces com{ munications qui peuvent (et doivent même) ne conteni rien d’extraordinaire, rapprochent les uns des autresk maîtres et élèves, faisant naître entre eux une compréhen | sion mutuelle meilleure (1).

Physique agréable, air rieur. Sévère mais joviale et très so} ciable ; juste, elle traitait toute les élèves de la même façon ; étai \ surtout moqueuse et même mordante pour celles qui ne travail{l laient pas suffisamment. Leçons attrayantes, entrain. Beaucoup dfl discipline, les élèves la craignaient beaucoup et, en général, l’aill maient. Moi je l’aimais pour son allure générale jeune, vive, saull tillante, rieuse, la perfection de ses cours, et l'intérêt qu’elle mo trait pour les élèves. |

En classe elle dominait les élèves mais en dehors de l’école ell oubliait qu'elle était professeur ; elle répondait par de grand sourires à nos bonjours. Quand vous faites le même trajet qu’elle elle vous invite à l’accompagner, et alors elle se fait très commu nicative, vous parle de ses enfants et aussi de vous, de votré tral

vail, de vos loisirs, de votre santé — N° 424 s (F 16— F 35 mère; |

Rarement de mauvaise humeur et très affectueuse avec e] élèves, elle venait aux récréations se mêler à nous et nous parler! Ses leçons étaient attrayantes car elle avait toujours un mot drôill pour nous faire rire au milieu de la leçon la plus ennuyeuse, ce quil nous faisait écouter avec plus d’attention. Elle avait de la discil!

Ka

(1) Les mots « compréhension » et « incompréhension » sont très souven employés par les jeunes lorsqu'ils parlent des grands, maîtres ou parents, soi pour.les réprouver soit pour les approuver. On connaît aussi la fréquence d ces termes entre amis ou amoureux. (v. note pp. 60-61).

pline mais on ne la craignait pas et presque toutes l’aimaient. Franche, elle était plutôt amie que maîtresse et nous tutoyait toutes. Elle nous parlait souvent de sa mère qu'elle aimait beau- Coup. — N°0 67 s (F 13—30 mar.).

En face de cette franchise confiante, on nous parle de natures tout autrement faites et produisant naturellement un efiet tout contraire.

Sévère, elle punissait les élèves souvent ou les accablait de réprimandes méchantes, ironiques. Traitait toutes les élèves de la même façon, également froide avec toutes, ironique et mordante, montrant la même indifférence méfiante à l'égard de toutes. Leçons peu attrayantes, débit monotone ; elle rapportait tout à sa propre personne et perdait facilement l’idée d’où elle était partie. Discipline fondée sur la crainte. Petite, assez fine de traits, elle s’habillait avec recherche, assez élégante, assez coquette.

« Je ne l’aimais pas (les autres élèves non plus d’ailleurs) à cause de sa nature sèche et froide, de son caractère soupçonneux et

méfiant. C'était une nature peu agréable, qui n’inspirait aucune confiance aux élèves. Méfiante, elle voyait le mal en toute chose, plus facilement que le bien». — No 421 a (F 17 — F 55 divorcée, «s. enf.).

Bourru, taciturne et renfrogné, une physionomie de clown, | froid avec les élèves, les punissait souvent. Discipline apparente ; on exécutait ses ordres sans désir et par crainte. Leçons dénuées d'intérêt, accablantes. Il était détesté de tous.

Il était boiteux, toujours soupçonneux. Ne parlait que de mauvaises notes et d'examens. Ne savait pas ce que c’est que de bonnes relations avec les élèves. Lorsqu'il interrogeait un élève, il cher- \chait à se remémorer certaines de ses anciennes peccadilles pour Iles lui rappeler et pour couper : « Ah ! nous voilà ! A nous deux, maintenant ! Je te ferais voir à présent ». Et il tirait l’élève par son col, en le regardant, les sourcils jfroncés. — No 112 a (M 14 — M 35 cél.).

Page 1