‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 74 sur 109 · IL. Comperientiht social · texte numérisé non relu

IL. Comperientiht social

Il en est ainsi de choses plus ou moins abstraites telles) que : politique, patriotisme, etc. Et iln’y a pas seulement l'influence des parents ou voisins ayant les mêmes opinions} que le maître ou des opinions opposées. L'idéalisme des! adolescents peut s’exalter facilement et directement par l'enthousiasme du maître, par des discours chaleureux nourris de grands mots sur le sacrifice de soi pourson peuple, sa patrie ou tout autre idéal social ou humain élevé. Par! contre, on aimera naturellement moins celui qu’on croira indifférent ou même hostile à tout ce qui concerne les! «grandes idées ». On pourra même voir, à certaines époques! troubles ou riches en fermentations morales et sociales, de vrais mouvements politiques à l’école où l’attitude du maître, aux yeux des élèves, doit obligatoirement être nette,! pour ou contre. Ef de cette attitude dépendra son prestige et le sentiment que l’on aura pour lui. Le fait est saillant} surtout chez certains groupements ethniques, dits minorités nationales, qui gardent jalousement leur aspect traditionnel et la langue de leurs ancêtres et qui se défendent désespérément contre une assimilation complète à la majo-f rité régnante.

Nous en avons eu un exemple curieux dans les réponses à notrek enquête d’un groupe d'élèves adolescents d’une école turque em Bulgarie. Nombre de ces correspondants comptent, parmi les rais sons principales de sympathie pour un professeur, le sentiment national très fort et très dévoué (« c'était un grand patriote »; « il nous parlait avec enthousiasme de notre peuple », etc.), alorsi qu’un autre professeur de cette école était antipathique parce qu'il | semblait avoir des sentiments nationalistes assez tièdes. Pour com:-|! prendre mieux ce phénomène, il faut savoir que dans l’agglomération ethnique parmi laquelle se recrutent les élèves de cet établis-|! sement commence à se réveiller une conscience nationale et, aveck elle, des sympathies pour la mère patrie, la Turquie. Et, tout er restant loyale au pays de sa résidence, cette minorité ethniquek cherche à cutiver dans la jeune génération l'instinct de conservation nationale et à la préserver des dangers de l’assimilation. Dans ces conditions, le nationalisme exalté peut devenir une des vertus principales d’un maître ainsi qu'une forte raison d’admiration pou lui, alors que dans le cas contraire il sera facilement taxé de «traître» et méprisé ou même détesté de ses élèves.

Quelques témoignages émanant d’élèves d’origine juive nous fournissent encore des faits rentrants dans la même catégorie.f C'est que, grâce à une sensibilité peut-être un pêu exagérée pa suite de persécutions millénaires, le soupçon, chez un maître non juif dans un établissement publie, d'une légère distinction entre les races (antisémitisme), peut faire éprouver à l'élève des sentiments assez douloureux. Il n'aura même pas besoin de faits concrets pou justifier ses soupçons, des impressions seules lui suffiront. Et il pourra en venir à des interprétations fabuleuses et à des apprécia tions invraisemblables. Ce sera en quelque sorte un petit délire de persécution. Ainsi, une fillette de 12 ans, nous explique son anti

athie pour une maîtresse, uniquement par une impression d'antiémitisme, en précisant toutefois : « Quoique la première élève de a classe fût de religion israélite et fût aimée de cette maîtresse, e sentais qu'elle n'aimait pas beaucoup ses élèves israélites ». Dr, cette maîtresse était, de l’avis même de l'élève, assez bonne, 1e punissant pas beaucoup et faisant des cours très intéressants.

. Dans une école laïque, le maître peut certes éviter très acilement ces questions délicates. Mais il y a des cas où il doit sortir de la « neutralité » pour prendre une attitude lus nette, notamment dans le cas où des conflits de ce zenre éclatent spontanément entre les élèves mêmes et où ‘on jugement à lui est attendu avec plus que de la curiosité.

« Très sociable et familière avec les élèves, elle ne punissait que rès rarement et toujours à contre-cœur. Elle donnait la préférence celles qui avaient besoin d’aide morale. Ses leçons étaient très intéressantes ; elles racontait des expériences personnelles et puis elle vait du chic pour se faire comprendre facilement. Elle ohtenait le la discipline en faisant des comparaisons avec les élèves des Jlasses supérieures. Ses ordres étaient exécutés avec enthousiasme. Presque toutes les élèves l’aimaient. Moi je l’aimais parce qu’en irrivant dans sa classe elle s'était tout de suite arrangée de façon : me mettre à mon aise, moi qui était si dépaysée (je venais de ébarquer de l'étranger). Mais elle avait conquis toute ma sympathie in jour qu'il y avait eu une discussion religieuse entre les élèves ; le nous avait menacées de quitter le cours jusqu’à ce que la disussion fût terminée ét avait déclaré que quiconque dirait quoi que le soit contre les Israélites (elle était elle-même catholique) serait

ise en quarantaine par toutes les autres élèves ». — No 758 1F 13 — F 45 cél.).

HI. Religion.

{ Il en sera de même pour la question de religion, selon

tue le maître a les mêmes opinions religieuses que la famille e l’élève ou des idées contraires. Voici, à titre d’exemple, > double témoignage d’un enfant élevé dans une famille eligieuse d’une petite ville sur deux de ses anciens maîtres, > plus sympathique et le moins sympathique.

« C'était une bonne chrétienne qui aimait les enfants, n’était las orgueilleuse ni hautaine, pensait seulement à ses élèves et les Éppelait « mes enfants ». Aussi l’aimions-nous beaucoup. Avec elle ai travaillé mieux qu'avec tous mes autres maîtres». (M 8 — } 33 mère).

" «Il était un athée, froid, orgueilleux, n’aimait pas les enfants M} enseignait seulement pour l’argent. N’aimait pas à s’entretenir vec nous et avec nos parents. Ses leçons n'étaient pas intéres- Mintes car il ne parlait que de choses du cours. Je n’aïmais pas ses hatières et il me considérait comme mauvais élève (j'ai changé f:puis de goût pour ces matières avec le changement de professeur) BA 13 — M 30 cél.).

Il va de soi que, le cas échéant, les réprobations des arents qu'ils ne se gardent pas d’exprimer devant leurs en-

“& , à fants, peuvent se communiquer à ceux-ci et déterminer} directement leur attitude pour le maître. Parfois les opi-| nions de la famille ne réussissent d’abord qu’à mettre l'enfant en garde contre le maître et à créer chez lui une certaine « hypothèse ». Mais à partir de ce moment, l’élève ne fera qu’observer, noter des faits et interpréter les actes] et les paroles du maître en fonction de l'hypothèse, pour se} créer petit à petit un ressentiment contre lui.

Cependant, ce genre d'intérêt provoqué chez l’enfant pour la personnalité du maître peut aussi donner d’autres résultats. Il arrive, en effet, que les opinions des parents}

roduisent des effets ou des courants de pensée diamétraement opposés. Dans ce cas, l’élève se ralliera aux opi ï nions du maître justement parce qu’elles sont contrairesk à celles des parents. Le même fait pourra aussi avoir lieul dans le cas où le maître exerce une influence plus forte et} jouit d’un prestige plus grand que les parents. Le maîtref a même beaucoup de chance de l’emporter sur les parent dans les différends spirituels ou moraux. L’élève nese mettra «en opposition » avec lui que s’il se sent touché personnelle ment. Les raisons morales ou religieuses seront alors une sorte de « surimpression » sur des raisons d’ordref plus personnel. Ainsi, l'élève pourra mettre en cause la question religieuse par suite d’une place peu favorable e classe, afin de se justifier devant ses parents (ou devant lui-même). Et, à force de vouloir faire croire la chose au autres, 1l finira à la longue par y croire lui-même. Le fait moral s’associant alors à un intérêt personnel finit donc né cessairement par déterminer une attitude affective. A reste, le côté moral peut devenir directement une raiso personnelle. Par exemple, lorsque l’élève croit percevoir chez le maître une attitude désobligeante pour ses parents] à cause de leurs opinions morales, politiques ou religieuses}

PIE Jugements esthétiques.

Parmi les raisons d’attitudes affectives pour le maître nous avons pu en relever qui sont d'ordre esthétique ayant trait à l’aspect extérieur du maître, à sa mise, à so us générale, ete... Voici quelques exemples caractérist iques.

« Toujours souriante, toujours charmante avec ses élèvesk Elle les traitait toutes de la même façon (cependant, elle faisaif réciter plusieurs fois de suite la même élève sans interroger les autres, ce qui n'était pas très juste). Sesleçons non plus n'étaient] pas très intéressantes car elle ne faisait que nous dicter. Elle n’avai pas de discipline, ses réprimandes n’aboutissaient à rien. |

«Je l’aimais cependant parce qu’elle était très belle ; certaines

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