CHAPITRE VI LES RAISONS SCOLAIRES
Nous arrivons à la troisième catégorie de raisons affectives que nous avons appelées scolaires.
Chez l'élève, les faits scolaires proprement dits : études, succès, renommée, etc., prennent toujours une importance telle que l'intérêt leur confère nécessairement une valeur affective. On s’en rend facilement compte à en Juger par la place considérable que prend, dans les conversations d'élèves, tout ce qui a rapport à l’école et à la personnalité du maître. On retrouve ce phénomène même chez les étudiants dans l’enseignement supérieur. Les anciens condisciples, plusieurs années après avoir quitté l’école, en parlent encore avec passion à toute rencontre, comme on parle de la vie militaire passée au même régiment (la psychologie du « poilu » ne ressemble-t-elle pas sur plus d’un point à celle de l’écolier ?...).
L'enfance et l’adolescence se passent en majeure partie à l’école, dans son cadre et parmi ses préoccupations. Les tendances et désirs de l'élève s'associent donc à ces préoccupations d’une façon si étroite, si intime qu'ils se confondent fréquemment avec elles. Aussi l'élève tient-il aux faits scolaires plus qu’on ne pense, et tout ce qui est « scolaire » devient facilement, chez lui, « personnel ».
Or, le personnage central à l’école, celui qui préside à tout ce qui s'y passe, c’est le maître. Il n’est donc pas étonnant que son activité scolaire devienne, par elle-même, le mobile puissant et suffisant d’une attitude affective vis-à-vis de sa personnalité même.
Parmi les raisons scolaires, il convient d'examiner séparément celles qui concernent la nature et la forme de l'activité intellectuelle du maître ; ensuite celles qui ont trait à sa conscience professionnelle, à sa méthode d'enseignement et à ses capacilés pédagogiques proprement dites ; et, enfin, celles qui se rapportent à ses qualités ou défauts en tant qu'éducaleur.
La distinction est peut-être quelque peu artificielle. En effet, tous ces traits se tiennent et, en principe, ils
doivent former ensemble un tout compris dans la notion d'éducateur. 11 ne faut cependant pas perdre de vue qu'ils rent souvent être très inégalement développés dans a même personnalité. D'autre part, les élèves eux-mêmes peuvent, suivant leurs âges, sexes, caractères ou tempéraments, faire tantôt appel à l’un de ces attributs du maître tantôt à un autre. Nous en avons eu la preuve dans les données de notre enquête.