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elles bien plus souvent l’antipathie que les récompenses le sympathie.
Cependant lorsqu'il s’agit du maître préféré, la question de justice est généralement de peu d'importance. Avec lui
les choses sont de beaucoup simplifiées. On a toujours confiance en lui. Lorsqu'il récompense la conduite de l’élève d’une façon satisfaisante, ou même un peu outre mesure, c'est naturellement juste. Dans le cas de punition, l’élève aura certes de la peine, il pourra aussi bouder un peu, il finira par reconnaître sa faute.
Avec le maître antipathique, les faits se présentent d’une autre manière. Récompense-t-il, on ne lui en sait jamais gré : s’il est juste, on dit qu’il l’est comme à regret et parce qu’il ne peut faire autrement ; s’il est généreux, on parle avec mépris de sa largesse ou de sa mauvaise appréciation. Mais punit-il, c’est alors que commencent toutes les histoires, d’une si riche varité, sur son injustice. Celle-ci devient alors un des plus forts griefs contre lui. On finit même par en faire la cause de l’antipathie, qui l’a précédée pourtant.
En lisant les réponses des élèves à la question portant sur la justice du maître dans les punitions et les récompenses, on y découvre un phénomène assez curieux, à savoir qu’un maître peut être considéré Juste quant aux unes et injuste quant aux autres. L'élève semble distinguer entre deux justices : celle des punitions et celle des récompenses. En effet, la psychologie de la justice scolaire pourrait à peu près être formulée ainsi: Les punitions, sanctionnant des! faits de transgression à une consigne donnée, sont appréciables d’une façon plus ou moins précise et doivent être proportionnées exactement à la règle enfreinte, Par contre, les récompenses ne sont pas à proprement parler des sance tions puisqu'elles viennent à la suite de faits qui naturelle ment devraient être tels. La raison d’être des récompense réside surtout dans des faits qui dépassent les exigence d’une règle, ou encore dans des faits qui promettent plus qu'ils ne donnent réellement. Autrement dit, alors que | punition a pour but de réparer ou de faire expier un fait passé et précis, la récompense a surtout pour objet d’encou rager des faits à venir et encore indéfinis, des « espoirs » La punition peut et doit, par conséquent, être un fait strie tement objeclif tandis que la récompense pourrait être toutd subjective. Celle-ci est donc nécessairement d’un caractère bien plus aléatoire que celle-là.
À ces considérations peut s’en ajouter une autre, plus affective ; c'est qu'une punition, étant génératrice de peine demande plus de circonspection que la récompense. Aussi
peut-on, pour celle-ci, se fier plus, dans les sentences, à ses goûts personnels. Il y a des maîtres qui sont appréciés par les élèves pour leur bonté naturelle. Seulement, très justes pour les punitions, ils peuvent l’être moins pourles récompenses. Aussi vont-ils souvent éveiller, parlà, de fortes jalousies qui peuvent facilément tourner en rancune contre euxmêmes. Mais il y a des maîtres dont le sens de justice est tout l’opposé. Ce sont souvent des gens sévères. Pour les récompenses ils sont peut-être un peu avares mais ils les accordent selon une mesure strictement établie par euxmêmes. Par contre, le respect de la règle est, pour eux, au-dessus de tout ; l’enfreindre c’est les choquer très vivement. Une faute légère, une gaminerie, une négligence sont punies très sévèrement, si bien que cela paraît à l’élève disproportionné à la faute commise.
L’injustice peut, elle-même, avoir un double aspect : a) direct, lorsqu'elle touche l’élève personnellement et immédiatement, en l’affligeant de sanctions pour son propre comportement ; b) indirect, lorsqu'il s’agit de récompenses ou de faveurs accordées plus libéralement à d’autres. Dans le premier cas, il y a contrainte ou peine physique ; dans le | second, jalousie manifeste.
| Mais comment se manifeste l’injustice à l’école ? Quelle est sa nature et quelles sont les formes qu’elle peut prendre ‘aux yeux des élèves ?