‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 93 sur 109 · VII. Punitions · texte numérisé non relu

VII. Punitions

Très souvent, l’élève croit reconnaître les sentiments du maître envers lui d’après les punitions qu'il lui inflige ou d’après les récompenses qu’il lui accorde. Aussi les sanctions scolaires sont-elles, comme il a déjà été dit, une source de malentendus, de conflits, de rancunes et de haines. Nous touchons à un facteur important des attitudes affectives à l’école. Voyons donc les corrélations numériques.

En $, on trouve nombre d'élèves (16 %) déclarant n’avoir jamais été punis par le maître aimé : «il n’aimait pas punir » ou bien «il ne punissait pas mais donnait des conseils ». C’est donc surtout le maître qui était « bon »,

mais les élèves eux aussi y avaient leur part : — on n’en avait pas besoin ; — je travaillais bien, je savais toujours mes leçons ; — je faisais tout ce qu'il me disait. Mais la

majorité écrasante (70,8 %) avouent pourtant avoir été de temps en temps punis. Il y en a aussi (13 %) qui l’étaient même assez fréquemment. Seulement dans la plupart de ces cas, l'élève reconnaît avoir été puni justement Ont, parce que je le dérangeais ; — quand je le méritais ; — oui, et toujours justement. Les punitions du maître aimé sont approuvées d’une façon générale : « pour nous obliger à travailler ; «quand on méritait de nous faire comprendre

jc) qu’on avait fait mal». , He De fait de rendre justice au maître et d’accepter ses

+ punitions est significatif. Il est aussi général. Nous en avons déjà parlé ailleurs. |

Mais le plus surprenant c’est que, dans le groupe A, 60,7 %, des élèves déclarent n’avoir été punis par le maître non aimé que rarement ou même très rarement. Et il y en a qui affirment avoir été punis moins que les autres ou même n’avoir jamais été punis. On ne trouve que 39,3 % qui se. plaignent de punitions ôu de blâmes trop fréquents ou excessifs. Il est naturellement possible que les punitions appliquées seulement à des camarades puissent, par sympathie pour ceux-ci, éveiller une antipathie à l’égard du maître sans qu’on ait été soi-même puni souvent. Du reste, nous verrons cela à propos de la question concernant la fréquence des punitions dont étaient l’objet les autres élèves de la classe.

A ce sujet on trouve encore, en $, une grande majorité (76,7 %) de réponses négatives ou exprimées avec réserve ; — rarement ; — jamais ; — il n’en avait pas besoin, on lui obéissait ; — en principe il ne se servait pas de punitions corporelles. Cependant il ÿa aussi un nombre assez grand de réponses (23,3 %) où l’on signale des punitions fréquentes et parfois même assez sévères, y compris les coups. Seulement dans tous ces cas, on cherche à «réhabiliter » le maître. Les sanctions sont reconnues justes, les punitions méritées et mesurées à la culpabilité : — quand il le fallait ; — quand on le méritait ; — rien que les mauvais. On voit donc, ici, que la sympathie pour le maître peut l’emporter sur celle que l’on a pour les camarades ; ou bien encore qu’une justice rétributive dont on profite personnellement fait taire la sympathie pour le prochain.

En A, ce sont les réponses affirmatives qui représentent la grande majorité, 64 % : — très fréquemment ; — presque tous les jours ; — souvent, toute la classe ; — deux ou trois à chaque leçon ; — commençait par un bout de la classe et finissail par l’autre. Cependant il y a plus d’un tiers des réponses qui sont négatives, catégoriques ou avec réserve ; On n'y trouve certes pas une disculpation absolue du maître, comme c’est le cas en $, mais on n’y relève pas non plus l'accusation d’injustice ou de sévérité exagérée,

Nous pouvons donc, de ce qui précède, conclure ceci: a) Si la punition peut, dans une large mesure, (et même lorsqu'on la voit seulement appliquée à d’antres) déterminer de l’antipathie, elle n’en est pourtant fas un facteur nécessaire ; b) À elle seule, elle ne détermine pas toujours de l’antipathie ; elle peut même souvent coexister avec la sympathie.

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