VIII. Crainte
La crainte dépend naturellement de la sévérité du maître, de ia fréquence des punitions qu'il a l’habitude d’infliger. Mais on’peut aussi craindre quelqu'un sans avoir Jamais essuyé les effets de sa puissance et même sans s’être rendu exactement compte de l'étendue de celle-ci (peutêtre bien même justement à cause de cela...)
Or, il se trouve que, à la question : les élèves le craignaient-ils ? — les réponses affirmatives et négatives se partagent en $S presque également. On n’y voit donc pas de corrélation avec l'attitude affective pour le maître. Il faudrait peut-être distinguer entre les âges, les plus jeunes étant certainement plus sujets à la crainte que les grands. Il doit y avoir aussi des différences entre les sexes. La manière dont on explique la crainte ressentie, n’est pas sans intérêt : — crainte de lui déplaire; — crainte surtout de l’affliger; —crainte de démériter à ses yeux. Il y a aussi des craintes irraisonnées, celle par exemple de l’enfant farouche qui, au début de la scolarité, fuit le maître, se tait opiniâtrement, ne veut pas rester en classe,
En A, la crainte prédomine sensiblement ; elle est indiquée dans 62,5 % de cas contre 37, 5 %. Les motifs invoqués 1ci sont, on se l’imagine, très différents de ceux donnés en $. Les réponses affirmatives sont exprimées en termes énergiques : — oh! oui, beaucoup même ; — dame ! il tapait.. — oui, comme le mouton du loup ; — oui, et puis on le détestait beaucoup. L'absence de crainte est, elle aussi, souvent vigoureusement soulignée ; — mais pas du tout, au contraire ; — non, j'étais trop fier (sic) pour É craindre ; —- non, à cause du peu d'importance de la matière qu’elle enseignait. Ces deux dernières explications sont très significatives. C’est que, à l’égard de certains maîtres non aimés, c’est une sorte de question d'honneur de crâner, de ne pas se montrer craintif. Aux yeux des élèves, un tel maître semble ne pas mériter d’être craint (et cela malgré les punitions) ; on lui dénie le droit de commander et d'appliquer des sanctions. L'autre considération est encore de grande importance. C’est que, souvent, l’es- | time pour le maître dépend de l'importance accordée à la | matière qu'il enseigne. Dans le cas où celle-ci occupe une place secondaire dans le programme (par exemple : chant, gymnastique, dessin, travaux manuels), le maître est considéré lui-même comme occupant un rang inférieur par rapport aux autres professeurs. Ses sanctions, loin de faire peur (puisqu'elles ne peuvent pas exercer une grande influence sur le succès scolaire en général), n’ont à l’ordi-
naire d’autre effet que de rendre plus tendues ses relations avec les élèves.
Ainsi, il y a deux craintes, l’une : wnalérielle», celle sap sanctions effectives, des souffrances physiques; l’autre « morale » — celle du blâme de celui qu’on respecte et à l'opinion duquel on tient beaucoup. La première se marque surtout par rapport au maître antipathique, la seconde par rapport au maître respecté ou aimé. Dans les deux cas, une consigne donnée sera exécutée par crainte, mais celle-ci ne sera pas la même (Du reste, l'exécution elle non plus ne sera pas effectuée de la même façon).