X. Affectivité et rendement scolaire
| Nous arrivons ici à un groupe de questions qui comptent parmi les plus importantes de notre recherche et en forment, pour ainsi dire, le,couronnement.
Et d’abord celle-ci : En quelle mesure les rapports affectifs entre maître et élèves influent-ils surle rendement scolaire ? Autrement dit, l'élève travaille-t-il pour le maître aimé ou détesté comme pour les autres ?
20,55 % des élèves du groupe S répondent spontanément à cette dernière question : — pour lui plus que pour les autres professeurs ; — avec une application toute particulière ;—avec une certaine ambition ; — pour ses matières à lui, j'étais toujours le micux préparé ; — toujours avec plus d’efforts ; — toujours mieux, parce que j'aimais ses matières ; — oui, bien qu’il se montrât moins sévère que les autres ; — chez lui tous les élèves travaillaient bien ; — toujours mieux que pour les autres, la tâche était d’ailleurs rendue plus facile par la façon dont il faisait son cours. La grande majorité des élèves de ce groupe (73,5 %) se contentent d’affirmer brièvement qu'ils ont toujours bien travaillé avec ou pour le maître donné, sans comparaison avec les autres maîtres. Il n’y à qu’un nombre très restreint d'élèves (6 %) qui répondent : non ; moins ; pas toujours. Mais ces réponses sont motivées d’une façon assez intéressante : — moins que pour les autres, maïs je connaissais toujours ses matières ; — on n'avait pas besoin de travailler beaucoup avec lui, on savait déjà tout après les explications ; — non, mais J'étais fort en ses matières. On retrouve donc ici la conscience des qualités pédagogiques du maître grâce auxquelles la matière enseignée devient non seulement plus attrayante mais encore plus facilement assimilable.
Passons maintenant au groupe A. Ici, on est tout d’abord un peu surpris de constater que läa majorité, 61 %, travaillait bien pour le maître non aimé, parfois même
: plus que pour les autres. Seulement, les motifs sont très | différents de ceux de tout à l’heure ; en voici quelques-uns 2 des plus caractéristiques par l’amertume, l'ironie ou la | déception qui y transparaissent :—oui, je travaillais beau- | coup, mais... (!) ; — oui, pour ne pas subir ses moqueries ; | — oui, plus qu'il ne fallait (sic) ; — oui, maïs sans plaisir
res réponses négatives (39 %) sont accompagnées d'observations plus mordantes encore :
—— Non, pas comme elle l’eût voulu ;— pas du tout ; — non, parce qu'il avait une mauvaise opinion de moi; — non, je considérais ses leçons comme une corvée ; — dans ses matières à lui
je ne travaillais guère ; — je travaillais peu et sans plaisir; — j'attendais seulement que l’heure fût passée.
Une autre question se pose ici : L’attitude affective pour le maître étant connue, dans quelle mesure se transfère-t-elle à la branche enseignée par lui ?
On conçoit bien ce que cette question peut comporter de difficultés. Car, en constatant même une certaine attitude affective à l’égard d’une branche, il est encore difficile d’en conclure avec certitude à l'influence personnelle du maître. Nous n'avons pas besoin de dire qu’il y a aussi d’autres facteurs qui peuvent intervenir : dispositions personnelles de l’élève (psychiques ou physiques), influence des parents ou du milieu, tendances ou désirs personnels, etc. Il y a, enfin, un autre point : c’est que, parfois, le même maître peut faire aimer une matière et en faire détester une autre pour laquelle il est moins doué ou qu’il aime moins lui-même.
Or, il s’est trouvé que beaucoup de nos correspondants, ayant associé involontairement le souvenir du sentiment pour un maître donné à celui qu’ils avaient pour la branche enseignée par lui, ont exprimé spontanément les liens qui existaient entre les deux. Ces témoignages sont particulièrement significatifs, non seulement par leur valeur numérique qui, par elle-même, est déjà assez probante, mais aussi par les commentaires intéressants et point équivoques qui les accompagnent.
Ainsi, dans 74,7 % des cas signalés en S, la matière préférée est celle qu’enseignait le maître préféré. Il est vrai que parmi les motifs invoqués nous relevons aussi des dispositions naturelles, un intérêt particulier ou même une raison nationale. Il y a ensuite des indications ayant trait aux qualités pédagogiques du maître. Mais très souvent. il y est question du rôle joué par la sympathie personnelle pour le maître :
— On se faisait un plaisir de travailler pour ce professeur :
— j'aimais cette matière à cause du maître ; — j'aimais également toutes les matières car j'aimais ma maîtresse ; — j'aimais cette branche parce que c'était lui qui l’enseignait ; — j'aimais toutes!
les matières enseignées par ce maître car il était sympathique.
En À, c’est le contraire. On n'aime pas la matière enseignée par un maître antipathique dans 73 % des cas. Les motifs portent parfois sur des raisons individuelles : insuf= fisance d'aptitude, manque d'intérêt pour la matière enseignée, Insuccès, etc. Parfois on invoque aussi «l’inutilité » (sic) de la matière en question (1). |
(1) Il s’agit toujours alors de matières secondaires du programme : chant, | travail manuel, dessin, gymnastique. Celles-ci devraient pourtant être des plus
Dans des cas nombreux, les motifs touchent directement la personnalité du maître : — matière peu intéressante, mais c’est plutôt le maître que je détestais, non la matière ; — gymnastique, Je détestais la maîtresse ; — je n'aimais pas les sciences naturelles, à cause du maître.
La branche la moins aimée est généralement celle dans laquelle on réussit le moins. À noter cependant que l’insuccès n’est pas toujours une cause ; il peut tout aussi bien être un effet, ainsi du reste que le succès. Pour ce qui est des chiffres: 81,4 % des cas signalés dans le groupe S étaient mieux notés pour les matières préférées que pour les autres. En A, plus de la moitié {54,5 %) recevaient, pour les matières non aimées, des notes moins bonnes que pour les autres matières.
Nous avons déjà vu plus haut que la capacité ou l’incapacité spéciales sont elles aussi invoquées comme motifs de l’attitude affective envers une branche. Cela se comprend : on n'aime pas beaucoup ce qui fatigue trop, ce qui demande trop d'efforts sans résultats valables. Mais l'incapacité n’est, parfois, qu’une fausse incapacité ; elle tient souvent à des causes tout à fait extérieures à la branche donnée qui ne leur est associée que de façon indirecte. Ces causes peuvent être multiples et inconscientes, si bien que l’élève ne s’en rend pas compte. Fréquemment
il faut les chercher ailleurs que dans ses dispositions naturelles, chez certaines personnes de son entourage dont le maître lui-même. De toute facon, dans 905 % des cas, l’élève se trouve plus d’aptitude pour la branche préférée que pour les autres, alors que pour la branche défavorisée la moitié seulement des élèves reconnaît sa propre déficience. L'autre moitié ne se considère pas de moindre force pour la matière donnée que pour les autres. Il va de soi que ce sont ces derniers qui portent leur insuecès au compte de l'injustice du maître.
Et enfin, une dernière question se pose, qui est aussi de grande importance : | L’attitude affective à l’égard d’une branche une fois déterminée, en quelle mesure a-t-elle tendance à persévérer ? Un coup d’œil jeté sur le petit tableau statistique suivant permet de se rendre compte de la force de persistance d’un tel sentiment (il s’agit de réponses, affirmatives
| À ntéressantes. Malheureusement, à l’école traditionnelle, les autorités scolaires elles-mêmes ne leur accordent habituellement pas beaucoup d’importance ; les élèves dédaignent donc ces matières à leur tour, et ce dédain s’étend aussi au maître. Il faut d’ailleurs ajouter que l’enseignement de ces matières est souvent confié à des spécialistes du métier qui n’ont pas reçu une formation pédagogique suffisante.
Se.
ou négatives, à la question : Vos sentiments pour la branche donnée ont-ils changé dans la suite ?)