CONTRATS A L ÉPOQUE FRANQUE
5. — La festuca, plutôt en usage chez les Francs, n'est pas un rameau d'arbre, mais un bâton, un épieu, symbole de l'arme nationale des Germains, la framée, hampe nuinie d'un fer étroit et court (h. L'homme lilire se rendait au tribunal, c'est-à-dire à l'assemblée populaire, avec ses armes, tenant la framée à la main, prêt à la lancer pour appuyer ses prétentions. Quand les mœurs s'adoucirent, on lui substitua la /'cs/j/ca, arme judiciaire, sans fer, analogue à la vindicta romaine ; et celle-ci dégénéra à son tour en un objet plus inoffensif encore, le brin de paille, calamus, stipula. Le jet de la festuca, soit à la terre, soit dans le sein {in laisum) de celui avec qui on traite,, symbolise assez naturellement l'abandon d'un droit, par exemple le délaissement d'un fonds et. par extension, la transmission de la propriété ; et comme l'arme représente le droit qu'elle sert à faire
(1) Tacite, Germ., 6. SaL, 46, 50. Cf. ci-contre, transfert de propriété. Esmein, p. .36. Wodon, p. 84. Thévenin, Textes, h. v°, Capit., 6, '285. MGH. SS, IV, 124; LL., IV, 599 (adores baculos vadimonii reis resliluunt), etc. Ci-contre, rompre le festu. — Cf. gaira chez les Lombards; ci-après. Donation. Pappenheiin, Launegild und Garelhinx, 1882. — Sur la stipula, cf. Du Gange, h. V. L. Rom. Cur., 24, 2. Grimm, RA, 187; v'* Halm, Festuca. Michelet, Orig., 127-181. Dans la transmission des copyholds on se sert tantôt du bâton, tantôt du fétu, ci-dessus, p. 351, t. II. — Il suffit même d'un fil du vêtement, d'un poil de la barbe : objets toujours à la portée des parties, tandis qu'à l'audience on risquait de ne point trouver de suite le brin de paille ou le bâton requis pour la procédure, et que cette mauvaise chance avait au moins pour effet de faire encourir une amende. Ord. des Maiours, NRH, 1878, 318, 322. Lacomblet, Nied. Urk., 1, 142. NRH, 1880, 91. Homeyer, Hausmarken, 187. Brunner, II, 519, 354, 366, 369, 444, 435 : Urk., p. 274, Schupfer, Allodio, 147. Il est question, dans certains textes (Thévenin, Textes, v° Festuca), d'une festuca nodata, paille noueuse (Wodon, p. 137) ou plutôt notala, bâton marqué d'un signe pour le reconnaître ou peut-être portant des caractères magiques, une formule d'imprécation. Cf. baguette magique. Michelsin, Festuca notata, 1856. Schrœder, p. 292. Heusler, I, 76, qui argumente en ce sens de Tac. Germ., 10 {surculi notis quibusdarn discreti\ et du fait que la festuca est souvent un petit morceau de bois. D'après lui, ces signes ou runes servaient aussi à individualiser le bâton, à permettre de le reconnaître, car c'était la même festuca qui devail servir à exiger l'exécution (Sal., 50) et qui était remise à la caution dans le même but, c'est-à-dire pour arriver à l'exécution sur le débiteur principal. Ci-aprés, Cautionnement. Aux runes devenues inintelligibles on substitua des signes ou chiffres représentant peut-être le montant de la dette. La baguette était rompue en deu.x parties que l'on rapprochait l'une de l'autre, s'il faut en croire Isidore de Séville, Orig., 4, 24 (ci-contre, p. 413, t. II), afin de les reconnaître; on trouverait là le prototype des chartes-parties. Ces vues sont presque trop ingénieuses pour être vraies, mais c'est dommage* Sceptre du roi, verge de l'huissier, bâton de l'ambassadeur.