‹ Manuel de droit civique (volume 2)Chapitre 225 sur 231 · LA ST-JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

LA ST-JEAN-BAPTISTE

Québec, 24 juin 18.' 9.

Jour de Saint Jean-Baptiste, ô fête glorieuse ! Tu portes avec toi la trace radieuse

De nos vieux souvenirs français ; Rappelant à nos cœurs les vertus de nos pères. Tu montres, rayonnant de feux et de lumières. Leur gloire et leurs nobles bienfaits.

Douce et fraîche oasis, par le Seigneur donnée. Tu vois les Canadiens revenir chaque année,

A l'ombre de tes verts rameaux, S'abreuver à longs traits à ta source bénie. En chantant à la fois l'hymne de la patrie

Et les grands noms de ses héros.

Il etit sur le sol d'Amérique Un doux pays chéri des cieux, Où la nature magnifique Prodigue ses dons merveilleux.

Ce sol fécondé par la France Qui régna sur ses bords fleuris, C'est notre amour, notre espérance, Canadiens, c'est notre pays.

Pour conserver cet héritage Que nous ont légué nos aïeux.

Malgré les vents, malgré l'orage.

Soyons toujours unis comme eux.

Marchant stir leur brillante trace, De leurs vertus suivons la loi.

Ne soutirons pas que rien eflPace Et notre langue et notre foi.

0 de l'union fraternelle, Jour triomphant et radieux.

Ah ! puisse ta flamme immortelle Remplir notre cœur de ses feux :

Oui, puisse cette union sainte. Qui fit nos ancêtres si grands, Garder toujours de toute atteinte L'avenir de leurs descendants.

Les vieux chênes de la montagne Où combattirent nos aïeux ; Le .'ol de la verte campagne Où coula leur sang généreux ;

Le flot qui chante à la prairie, La splendeur de leurs non)s bénis, La grande voix de la patrie.

Tout nous redit, soyez unis.

Octave Crémazie.

REGRETS d'expatrié

Un Canadien séduit par le mirage Rêvait un soir =ous un bel oranger.

Le pauvre enfant songeait à son village, Seul, sans travail, sous un ciel étranger. Son œil errait à l'iiorizon de flamme ; Son cœur trop plein soudain dut éclater : L'ennui, l'ennui jaillissant de son âme Comme un captif il se niit à chanter :

Pauvre exilé, la tristesse m'abreuve, La vie ici n'est qu'un brillant tombeau. J'étais si bien, là-bas, près du grand fleuve! J'étais heureux dans mon humble hameau ! Pays baigné d'amour et de lumière, Oh 1 laisse-moi te pleurer, te bénir : — O Saint-Laurent ! ô ma pauvre chaumière ! Beau Canada, te revoir et mourir !

Au point du jour c'est la cloche inhumaine ; Le maître est dur, l'air n'est pas embaumé. Pour l'atelier j'ai déserté la plaine, Mon ciel d'azur, mon vallon parfumé !

Pour un peu d'or, pour un peu de poussière J'ai tout perdu, — fierté, force, avenir : — 0 Saint-Laurent I ô ma pauvre chaumière ! Beau Canada ! te revoir et mourir !

Si le trépas, sur ce lointain rivage, Me surprenait loin du sol canadien.

J'irais au pied de quelqu'arbre sauvage, J'irais, mon Dieu, dormir comme un païea. Jamais les pleurs d'un ami, d'une mère, Ne viendraient là uj'aider ni me bénir : 0 mon clocher 1 ô mon vieux cimetière 1 Dans mon pays, j'irai, j'irai mourir !

l'Abbé A. Gingras.

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