‹ Manuel de droit civique [microforme] (volume 2)Chapitre 215 sur 270 · LA RELIGION ET LE DÉCALOGUE · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET LE DÉCALOGUE

Proudhon est l’homme qui a osé écrire ce blasphème : Dieu, c'est le mal ; c’est le plus hardi des écrivains révolutionnaires de notre temps ; le cri de la vérité, quand il s'échappe de telles bouches, n’en a que plus de force. On va voir comment Proudhon a parlé de la religion,

Qu’est-ce que la religion ? La religion est l’éternel amour qui ravit les âmes au-delà du sensible, et qui entretient dans les sociétés une inaltérable jeunesse.

Rappelons le: bienfaits et les hautes inspirations de la religion. C’est elle qui cimenta les fondements des sociétés, qui donna l’unité et la personnalité aux nations, qui servit de sanction aux premiers légisiateurs, anima d’un souffle divin les poètes et les artistes, ct plaçant dans le ciel la raison des choses et le terme de notre espérance répandit à flots sur un monde de douleur la sérénité et l’enthou.,asme, C’est encore elle qui fit brûler tant d’ânes généreuses du zèle, de la vérité et de la justice, et da 18 les exemples qu’elle nous laisse, nous avertit de chercher les conditions du bonheur et les lois de l’égalité. Combien elle embellit nos plaisirs et nos fêtes ! Quel parfum de poésie elle répandit sur nos moindres actions ! Comme elle sut annoblir le travail, rendre la douleur légère, lh'imiier l'orgucil du riche et relever la dignité du pauvre ! Que de courages elle échauffa de ses flammes ! Que de vertus elle fit éclore ! Que de dévouements elle suscita ! Que de torrents d’amour elle versa an cœur des Thérèse, de: Fra! cois de Sales, des Vincent de Paul, des Fénélan, et de quel lien fraternel elle embrasse les peuples, en confondant dans ses traditions et ses prières, les temps, les langues et les races ! Avec quelle tendresse elle consacra notre bercean, et de quelle grandeur elle accompagna nos derniers instants ! Quelle chasteté délicieuse elle mit entre les époux ! La religion a créé des types auxquels la science n’ajoutera rien ; heureux si nous apprenons de celle-ci à réaliser en nous l’idéal qne nous a montré la première !

Le décalogne est l’expression réduite et comme la formule plus généralisée de cette foule d'ordonnances de détail éparses dans le Pentateuqne. Le nombre même des coinmandements du décalogue et leur série n’ont rien de fortuit;

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c’est la genèse des phénomènes moraux, l’échelle des devoirs

et des crimes, fondée sur une analyse savante, et merveilleusement développée.

Commandements, Crimes et délits.

ler, 2e, 3e, {e, 1 Impiété.

Vertus et devoirs.

1 Religion, patrie.

5e 2 Parricide, 2 Piété filiale, obéise

sance des enfants.

6e 8 Homicide, Blessu- 3 Amour du prores, chain, humanité.

7e 4 Luxure. 4 Chasteté, pudeur, 8e 5 Vol, rapine. 5 Egalité, justice.

6 Mensonge, parjure.

—4.…Concupiscence.

6 Véracité, bonne foi.

7 Pureté du cœur.

Quel magnifique symbole! Quel philosophe, quel législateur que celui qui a établi de pareilles catégories et qui a su remplir ce cadre! Cherchez dans tous les devoirs de l'homme et du citoyen quelque chose qui ne se ramène point à cela, vous ne le trouverez pas, On a épuisé toutes les formes de l’admiration et de l’éloge à propos des Cutégories d’Aristote; on n’a pas dit un mot des catégories de Moïse. Ce n’est pas moi qui en ferai le parallèle.

Appuyé sur ces bises certaines, le décalogue s’éleva comme une création de Dieu : unité et simplicité dans ses principes, variété et richesse dans les d€tails. Chacune des formes du décalogue pourrait devenir Pobjet d’un long traité.

PRoUDHON.

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