I. Les questions doivent être posées en termes clairs
— On pèche contre cette règle, a) quand on emploie des mots que les enfants ne comprennent pas encore; b) quand on ne place pas dans un ordre convenable les mots de la question; c) lorsqu'on ne s'exprime point assez haut ou assez lentement, et qu'on n'appuie pas sur le mol principal. Il faut, en effet, toujours
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appuyer sur ce mot; car, si l'on appuie sur un autre mot, la question pourra ne plus avoir le même sens.
IL Les questions doivent être bien précises; c'est-à-dire qu'elles doivent guider les élèves vers ce qu'on veut savoir, et qu'elles ne doivent jamais être énoncées de façon qu'on puisse y répondre avec exactitude de plusieurs manières, comme serait la question: Qu'est-ce que l'homme! S'aperçoit on qu'on a posé une question trop vague , on doit tout de suite la rendre plus précise, ce qui peut se faire en se servant d'un contraste, quand on ne peut s'aider assez promptement d'une autre manière, ou si la question elle-même n'est pas susceptible d'être énoncée avec assez de précision. Par exemple, avez-vous demandé si l'homme est mortel, ne voulant parler que du corps, vous pouvez ajouter : est-il mortel ou immortel, selon son corps? Mais, si vous nommez de la sorte les deux contrastes, il faut prendre garde de faire précéder ou suivre le contraste qui contient la réponse , et de le faire remarquer par un geste ou par le ton de la voix; car, dans ce cas, les enfants donnent la réponse sans faire la moindre réflexion.
Lorsqu'on questionne de petits enfants, il ne faut rien abréger, mais énoncer entièrement les questions, parce qu'ordinairement on ne peut attendre ni prétendre que, dans une queslion abrégée, ils suppléent dans leur propre pensée, ce qui tient au précédent. Par exemple, si vous questionnez sur la création : Dieu a-t-il tout créé? — Quand? — De quoi? — Par quoi? — les dernières questions ne sont pas énoncées entièrement. Pour les rendre claires il faut répéter avec chacune ce qui se trouve dans la première : Quand Dieu a-til tout créé? etc. Mais lorsqu'on s'adresse aux plus Agés, qui ont déjà acquis par
l'excFcice pins de facilité pour réfléchir, il est ber d'abréger et de ne pas énoncer minutieusement tou ce qui concerne une question, afin de les habituer davantage à l'attention et à la réflexion; et aussi, afin d'éviter une longueur inutile et ennuyeuse, qui ferait perdre du temps.
m. Les questions doivent être adaptées au degré d'intelligence et à la mémoire de l'enfant, c^ est-à-dire, n'être ni trop faciles, ni trop difficiles.
a) Pour ne pas faire des questions trop difficiles, il faut : 1" ne pas demander trop à la fois, surtout lorsque les réponses doivent être tantôt affirmatives, tantôt négatives. 2" Ne pas faire des questions trop longues. Les questions doivent rarement contenir plus d'une phrase, du moins pas beaucoup de propositions accessoires; autrement les enfants ne peuvent suivre l'instituteur, et leur pensée s'arrête souvent plutôt aux accessoires qu'au principal, et ils oublient ce qu'ils doivent répondre; de là ces questions sont défectueuses. 5° Ne pas questionner sur des choses qui sont encore trop relevées pour des enfants,
b) Les questions, au contraire, sont trop faciles, lorsque les élèves peuvent y répondre sans la moindre réflexion. Telles sont les questions pour lesquelles les enfants n'ont qu'à dire un oui ou un non, qu'on leur a déjà rais sur la langue. De telles questions peuvent parfois leur être avantageuses pour leur rappeler quelque chose, ou pour leur épargner une honte inutile, lorsqu'on ne pourrait en obtenir d'autres réponses. Sauf ces'cas, il faut éviter des questions aussi faciles, soit parce qu'elles ennuient les enfants, soit parce qu'ils se déshabituent par là de réfléchir, soit aussi parce que l'instituteur n'apprend pas, par de telles questions, à sonder leurs facultés et leurs connaissances, dont il doit cependant avoir une idée exacte, pour les instruire comme il faut (§ 98 ).
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Maint instilulenr porte souvent ses éièves au mensonge, en leur mettant à la bouche le oui ou le non. Ils demandent, par exemple : Vous aimez vos parents, n'est-ce pas? — L'élève : Oui. — Oui, vous les aimez; mais le bon Dieu vous aime beaucoup plus que vos parents? — Oui, ~ Donc, vous l'aimez aussi beaucoup plus. Or, vous êtes tristes de tout votre cœur, lorsque vous avez été désobéissants envers vos parents? — Oui. — Oui, vous êtes tristes parce que vous aimez vos parents? — Oui, etc. La conscience ne dit-elle pas intérieurement à plusieurs de ces enfants : Ce n'est pas vrai, tu mens; et un enfant ne sera-t-il pas amené ou affermi dans son erreur, par Tappui que Tinstiiuteur donne à sa réponse. — Celte méthode de questionner étant une des p'us mauvaises, devrait disparaître de toutes les écoles (§60.61.) L'instituteur ne doit jamais vouloir mettre le oui ou le non sur les lèvres des enfants, si la question concerne des objets dont ils ont quelque idée. S'il s'agit de tels objets, il faut leur dire parfois : <> Répondez comme la chose est, et non comme vous pensez qu'elle devrait être. Si vous ignorez comment elle est, dites : je n'en sais rien. » Si, à une question relative à de tels objets, l'élève donne une réponse qui ne paraisse pas être le fruit de la conviction , l'instituteur doit lui dire : «t Croyez-vous qu'il en soit réellement ainsi, ou donnez vous cette réponse seulement parce que vous pensez qu'on doive répondre de la sorte. -
IV. Les questions doivent se faire avec ordre et avec liaison.
a) Avec ordre ; ainsi , l'instituteur doit continuer à interroger sur un point; par exemple, sur le sujet d'une proposition aussi longtemps que les questions sont nécessaires , et seulement après passer au deuxième point, qui est l'attribut, etc. 11 doit aussi réfléchir par quel point il pourrait commencer
le plus convenaLlemeiU , oi par quel autre il devrait continuer, etc.
b) Avec liaison; ponr cela, Tinstifutenr doit, autant que possible, prendre occasion de la réponse de rélève pour passer à une nouvelle question , de sorte que celle-ci paraisse découler de la réponse donnée, ou la suivre immédiatement. Si cela ne peut avoir lieu, ou s'il juge inutile de poursuivre davantage, il doit souvent prévenir qu'il veut maintenant interroger sur autre chose, ou montrer comment il arrive à une nouvelle réponse qui ne découle pas entièrement de la précédente.
V. Adressez les questions les plus faciles aux moins capables, et les difficiles aux plus avancés, — Cet avis est comme le corollaire du premier énoncé ci-dessus. Afin de pouvoir le mettre en pratique , vous devez les diviser en sections, comme je vous l'indiquerai plus tard (§ 204.)
VI. Adressez vos questions tantôt à un élève seul , tantôt à toute la classe. Cette dernière manière est utile, en ce que tous les enfants sont rendus plus attentifs, chacun étant sur le qui-vive; car, lorsque l'instituteur adresse ses questions à toute la classe, qu'on ne croie pas que tous les élèves puissent répondre chacun à sa volonté: un seulenhni, qu'il désigne, doit répondre; à moins que l'instituteur n'y autorise celui qui veut le faire. Tous les enfants capables de répondre à une question proposée peuvent le faire connaître en élevant le doigt avec tranquillité et convenance. Encouragez ceux qui le font souvent ; car c'est un moyen puissant de soutenir leur attention.