CLVIII
3* Observations à faire sur les réponses des enfants.
T. Obligez vos élèves à répondre avec réflexion, et assez intelligiblement.
a) Avec réflexion, c'est-à-dire qu'ils ne doivent pas répondre aussitôt qu'ils ont entendu la question, quelquefois même sans l'avoir entendue entièrement; ils doivent premièrement faire attention à ce qu'on leur demande, et voir si la réponse qu'ils veulent donner, convient à îa demande; sinon ils répondent au hasard , ce que vous ne devez jamais souffrir. L'instituteur doit les accoutumer à dire tout de suite s'ils n'ont pas compris la question.
b) Assez inteltigiblement, c'est-à-dire, assez haut pour que l'instituteur et les autres élèves, qui doivent s'instruire par sa réponse, puissent le comprendre sans le moindre effort. Crier, c'est aussi un défaut, mais on en corrige plus facilement les enfants que du premier. Il est difficile de porter certains enfants à parler assez haut; mais l'instituteur doit insister jusqu'à ce qu'ils le fassent. 11 sera bon, à cet effet, de faire répéter à l'enfant la question jusqu'à ce qu'il la dise assez haut; souvent aussi on peut questionner un élève qui répond d'un ton de voix convenable, et le donner pour modèle à celui qui répond trop bas. 11 serait aussi à conseiller d'obliger les élèves, surtout ceux qui sont inattentifs, à répondre par une proposition entière. Par exemple, si l'on demande : « Où va rame de l'homme après la mort? » et que l'enfant réponde : «« Au tribunal de Dieu , » il ne répondrait point par une proposition entière, puisque le sujet et l'attribut ne sont pas exprimés. Une telle réponse se nomme abrégée ou mutilée; pour 4tre complète, il aurait fallu dire : L'âme de l'homme après la mort, va au tribunal de Dieu. Si, à l'occasion, on montre aux petits comment ils doivent répondre par une proposition entière, ils pourront facilement comprendre ce qu'on veut dire par là.
ÏI. Soyez attentifs aux réponses des enfants. C'est nécessaire . 1* pour comprendre suffisamment leurs
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répoMses; 2^ pour juger convenablement si elles sont bonnes ou dél'ectueuses. Pour porter un jugement sûr, il faut une habileté parlioulière, afin de procéder tout de suite d'après la nature de la réponse.
m. Ne tenez pas opiniâtrement à une certaine réponse, si celle que les élèves donnent est bonne. Il y a des instituteurs qui réprouvent toutes les réponses, quelque justes qu'elles soient, parce qu'elles ne coïncident pas mot à mot avec la réponse qu'ils ont dans la pensée, ou qui se trouve dans leur livre. En général, gardez-vous d'être prompt à désapprouver entièrement une réponse; car c'est rendre les enfants timides et les empêcher de dire franchement leur opinion, même quand elle est fondée.
La réponse est-elle très-bonne? n'en faites pas l'éloge, mais témoignez-en votre contentement, surtout quand vous ne vous y attendiez pas; par là vous inspirez l'envie de répondre et vous donnez du courage aux enfants timides. Pour découvrir si les enfants ont répondu avec intelligence, faites-leur de temps en temps rendre compte de leur réponse, c'est-à-dire, demandez-leur le motif qui leur fait tenir pour vrai ce qu'ils répondent; vous verrez de cette manière s'ils ont répondu avec réflexion, ou par un heureux hasard.
IV. Si un élève donne une réponse défectueuse, n'en témoignez pas toujours immédiatement votre mécontentement et ne faites pas de suite répondre un autre: mais' examinez d'abord quelle est la cause de la mauvaise réj5onse, et cherchez alors à faire sentir à cet élève ce qu'elle présente de défectueux, afin qu'il la corrige ou apprenne à la corriger.
La cause d'une mauvaise réponse peut être attribuée : a) ou à l'instituteur qui n'a pas questionné d'une manière convenable; en ce cas l'instituteur doit donner une autre tournure à sa question; b) ou à
Fenfant qui répond, et cela : 1" parce qu'il a répondu trop promptement et au hasard; Tinstituteur ne doit pas passer cette foute sous silence, surtout si elle se commet souvent par le même enfant; — S** parce qu'il ne s'est pas donné assez de peines pour bien saisir une question qui, par elle-même, était claire et qu'il a, par conséquent, mal comprise. Dans ce cas, l'instituteur ne doit pas chaque fois changer tout de suite et rendre la question plus intelligible, mais il doit tâcher de porter l'enfant à réfléchir et à examiner ce qu'il ne comprend pas dans la question, et l'habituer de la sorte à mieux écouter à l'avenir. L'instituteur doit agir de la même manière, lorsqu'il remarque que l'enfant n'a pas fait assez d'efi'orts pour voir si sa réponse est bonne. Réfléchissez et dites-nous si ce que vous venez de répondre est juste? S'il ne peut donner une bonne réponse en réfléchissant, ou si l'instituteur prévoit qu'il ne pourra y parvenir facilement, qu'il adresse la môme question à un enfant plus réfléchi, ou qu'il change les termes de la question et aide l'enfant à trouver en quoi sa réponse est défectueuse. — 3" Parce que l'enfant est dans l'erreur et, par là, a été amené à faire une mauvaise réponse. Si on le soupçonne, il est nécessaire de s'en assurer et de lui faire avouer pourquoi il a répondu ainsi.
La réponse n'est-elle mauvaise qu'en partie? elle peut contenir trop ou trop peu, ou seulement être mal ^exprimée. Si la réponse est défectueuse , faute de savoir s'exprimer , l'instituteur fera en sorte que l'enfant s'exprime mieux, en lui parlant à peu près en ces termes : « Je sais bien ce que vous voulez dire; mais ne pouvez-vous pas le dire un peu plus clairement? » Ou bien : « Il se peut que vous le compreniez, mais moi je ne vous comprends pas; ne pourriez-vous pas me l'expliquer nn peu mieux? » Cependant, s'il pense que l'enfant ne puisse le faire, il lui dira lui-
niome h réponse dont l'enfant a bien une juste idée , mais qu'il exprime mal; puis, s'il le juge convenable, il la fera répéter par tous les élèves.
Si la réponse contient trop, c'est-à-dire, si elle ost^ trop longue , ou si elle contient trop peu , on doil aider les enfants à en découvrir le défaut quand ils n< l'aperçoivent pas d'eux-mêmes , et qu'ils n'ont pal mérité que le maître leur fasse l'humiliation de le leui dire ou d*en interroger un autre. Or, voici de quelb manière on peut aider un enfant à corriger un< réponse insuffisante; car ce sont ordinairement lei plus fréquentes. En lui demandant : Qu'est-ce qu'ur Sacrement? je suppose qu'il réponde : C'est un sign< extérieur; cette réponse est très-insuffisante. Pour lu faire remarquer ce qui manque à la réponse, l'instituteur peut continuer de la sorte : « C'est vrai , ui sacrement est un signe extérieur; mais une enseigna d'hôtel, la sonnerie des cloches, sont aussi des signej extérieurs, cependant nous ne les nommons paj sacrements? » Si l'enfant conçoit alors qu'il manqua encore quelque chose à sa réponse, on doit l'aidei à trouver les autres qualités d'un sacrement, selon le § 156.,
V. Si vous ne recevez de vos élèves aucune réponse à votre question, lâchez de découvrir la cause de leur silence, afin de pouvoir les aider à trouver la réponse que vous désirez. Cela provient souvent :
a) De ce qu'ils sont trop timides. Dans ce cas vous devez tacher de faire disparaître cette timidité (§ 100. N" 1. a) : inspirez-leur de la confiance en vous (§71. 72.) Au commencement, faites-leur des questions faciles, et témoignez-leur votre satisfaction quand ils répondent aussi bien que possible; ou bien faites-leur remarquer avec quelle franchise leurs condisciples répondent, et combien de plaisir vous en éprouvez. Dites-leur aussi que vous êtes bien plus contents de
ceux qui se donnent des peines pour répondre, quoiqu'ils le fassent mal, que de ceux qui se taisent ou parient trop bas, de peur de répondre mal. Ajoutez enfin qu'il est fort agréable à Dieu et à notre Sauveur qui, dans le temple de Jérusalem, à l'âge de douze ans répondait si sagement, de voir les enfants ne pas s'abstenir par crainte, par timidité ou toute autre cause, de répondre tout haut et aussi bien qu'il leur est possible, selon l'exemple de Jésus enfant, leur modèle.
b) De ce qu'ils ne comprennent pas la question , ou qu'elle est encore trop difficile pour eux. Ce que nous avons dit ci-dessus n" IV, vous apprend comment vous devez agir en ce cas.
c) De ce qu'ils n'ont pas la réponse présente à Tesprit. En ce cas, on doit attendre et leur laisser du temps pour s'en ressouvenir, quand on voit qu'ils réfléchissent. Cependant, pour ne point perdre du temps, il ne faut pas attendre trop longtemps, surtout que plus on attend, plus les enfants deviennent timides et honteux quand ils n'espèrent pas trouver la réponse. Les presser trop pour en obtenir une, ce serait non -seulement inutile, mais fort nuisible, parce que cela les trouble dans leur réflexion. Cependant, si l'on remarque qu'un enfant ne se donne pas de peine pour réfléchir, on doit l'y engager d'une manière convenable; par exemple : « Allons, réfléchissez un peu; vous la trouverez si vous voulez penser un moment. » H faut attendre quelques instants, et, si l'enfant ne donne pas de réponse, l'instituteur ne doit pas répondre pour lui ou en interroger un autre, mais il doit lâcher de l'aider à réfléchir; ce qui peut se faire en le mettant sur la voie par d'autres questions, surtout sur des choses opposées : questions dont nous parlerons plus bas en donnant des détails sur la manière d'examiner. S'il
est impossible d'obtenir une réponse à moins de s'étendre trop, insérez la réponse dans la question, et arrangez celle-ci de manière qu'il n'ait qu'à dire oui ou non (§ 157, III. b]. Cependant, si l'élève a mérité une petite humiliation , passez à un autre pour l'interroger. Présumez-vous qu'aucun des élèves ne pourra répondre? répondez alors vous-mêmes, et faites-leur répéter votre réponse.
§ eux.
4" Quand et comment il faut examiner.
Examiner, c'est-à-dire, approfondir par des questions, doit se faire soigneusement et d'une manière convenable; car, si l'instituteur veut bien instruire ses élèves, il doit connaître leurs moyens intellectuels (§§ 122-125.). La voie la plus sûre pour atteindre ce but, c'est l'examen. Il doit se faire aussi souvent qu'il est incertain que les élèves aient telle ou telle idée nécessaire, ou que cette idée soit assez juste, claire et suffisante.
Vexplication et Vexamen doivent s'entremêler continuellement. Quand il s'agit d'expliquer quelque chose, on commencera ordinairement par l'examen, pour s'assurer si les enfants ont les notions préliminaires requises; après l'explication, on examinera de nouveau si celle-ci a été comprise.