‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 111 sur 156 · CLXIV · texte numérisé non relu

CLXIV

Quelle est la meilleure méthode catéchétique? Autant que possible, elle doit constamment éveiller le désir d'apprendre , soutenir raltention et guider

la réflexion de telle manière qu'à Taide de ce qu'ils savent déjà , les enfants puissent tout à hit , ou du moins en partie, trouver et apprendre ce qui leur est encore inconnu. C'est en quoi consiste tout l'art de catéchiser, qui est réellement un des plus difficiles , mais qui ressemble cependant à tous les arts , en ce qu'il s'apprend moins par des règles que par l'étude de bons modèles» et par une attention soutenue sur là manière dont instruisent ceux qui y sont versés. Si vous avez donc l'occasion de pouvoir entendre catéchiser quelqu'un qui possède cet art, saisissez cette occasion aussi souvent que vous le pouvez. Lisez aussi avec attention et réflexion de bons modèles. Cette étude vous sera plus utile pour apprendre la manière de catéchiser que beaucoup de règles. Par un exercice constant et plein de zèle vous surmonterez peu à peu les diflicultés que la manière indiquée pour catéchiser , vous présentera au commencement, et vous obtiendrez de jour en jour plus d'habileté dans cet art.

Cependant, pour vous acquitter de cet exercice avec l'aplomb convenable, préparez-vous y chaque fois d'avance. Ainsi : 1<* étudiez très-bien le sujet sur lequel vous voulez catéchiser (§ 58 b); 2" réfléchissez si vos élèves ne connaissent pas déjà quelque chose, soit par leur propre expérience, soit par ce qui leur a été expliqué , qui puisse servir pour les aider à découvrir facilement ce que vous voulez leur apprendre (§ 147. a.); S"* examinez quelles questions conviennent le mieux pour exciter vos élèves à réfléchir et pour diriger leurs pensées, de telle manière qu'ils parviennent, pour ainsi dire, pas à pas à la connaissance de la chose que vous voulez leur apprendre.

Ainsi, quand il s'agit d'employer la méthode catéchélique , assurez-vous d'avance , par l'examen , que vos

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élèves possèdent en effet les connaissances préliminaires que vous leur supposez. S'ils ne les possèdent pas, il faut les leur donner. Fîn catéchisant, ayez toujours en vue le but vers lequel vous voulez conduire vos élèves, ou que vous voulez leur faire atteindre, afin de ne pas sortir du droit chemin ou de ne pas vous en écarter trop en les y conduisant. Tâchez de faire chaque question de manière que vos élèves en réfléchissant suffisamment, et sur ce qu'ils savent déjà, et sur la question que vous leur faites, puissent trouver facilement la réponse. Si, dans le cours de l'instruction, des questions sont inutiles pour leur rendre la chose intelligible, il faut s'en abstenir et expliquer en termes clairs ce que vous voulez leur enseigner ; car vous pourriez les embrouiller par «ne multitude de questions inutiles et sans but.

Racontez et expliquez souvent, sans questionner, ce que vous pourriez leur apprendre en catéchisant, tant pour gagner du temps que pour varier le mode d'instruction. En catéchisant sur un point, vous pouvez souvent glisser dans le discours quelqu'autre bonne instruction, réprimande ou menace, quand elles se présentent d'elles-mêmes, ou qu'elles découlent naturellement de ce qui a été dit. Évitez cependant de vous y arrêter fort longtemps, afin de ne pas trop vous écarter du sujet de la leçon.

Vous pouvez trouver beaucoup d'exemples propres à être employés en catéchisant, dans les ouvrages suivants : La religion de V adolescence, etc.; Questions propres aux enfants. Ces deux ouvrages ont été publiés par la société pour l'instruction religieuse établie à Zurich (i). Nous avons emprunté à ces ouvrages les exemples des §§ 130, loi, 132, 137, etc. Je veux en transcrire encore ici quelques-uns, dans le but de vous donner une idée plus complète de la pratique de la méthode catéchétique.

(1) Nous ne pensons pas que ces ouvraffes ai«nt été traduit en français

[Noie dtt Trad.)

4" Exemples de caièchétique pour les petits , qui peuvent

servir d'introduction à la connaissance de

l'existence de Dieu.

A) De Tamour et des soins des parents.

a) Qu'en pensez-vous, vos parents vous aiment-ils? Croyez-vous le remarquer souvent? A quoi donc pouvezvous le remarquer? Ils vous donnent beaucoup; que vous donnent-ils donc? La nourriture, des vêtements et tout ce dont vous avez besoin. — Est-ce seulement, depuis aujourd'hui qu'ils ont commencé à vous donner tout cela? Depuis quand? Ainsi donc ils ont toujours bien pris soin de vous et ils le font encore? Ne fautii pas qu'ils vous aiment tendrement? Ne méritentils pas que vous les aimiez aussi? Ah! sans doute, qui pourrait ne pas aimer ses chers parents?

bj Cependant n'avez-vous pas d'autres preuves de l'amour de vos parents envers vous? Pourquoi vous envoient-ils à l'école? Bien , afin que vous appreniez quelque chose de bon? Vous est-il utile d'apprendre quelque chose de bon? Sans doute cela vous est utile. Si vous apprenez le bien et si vous le mettez en pratique, vous serez toujours heureux, et tel c'est le motif qui engage vos parents à vous envoyer à l'école. En concluez-vous donc qu'ils vous aiment? Et si vous n'êtes pas appliqués à l'école, ferez-vous plaisir à vos parents? En vous conduisant ainsi prouveriez-vous que vous les aimez comme ils le méritent?

cj Lorsque vos parents vous disent quelquefois: Faites cela, ils vous ordonnent quelque chose; or, vos parents vous ordonneraient-ils de faire ce qui vous serait nuisible? Qu'est-ce donc qu'ils vous commandent? — Lorsqu'ils vous disent : Ne faites pas cela ; laissez cela; ils vous défendent quelque chose; or vos parents vous défendraient-ils ce qui vous serait utile? Quoi donc? Pensez-vous qu'ils vous commanderaient ce qui vous

esl utile et qu'ils vous défenderaient ce qui vous est nuisible, s'ils ne vous aimaient pas? Ainsi vous pouvez encore conclure qu'ils vous aiment, quand ils vous ordonnent ou vous défendent quelque chose? Et, comme vous ne savez pas aussi sûrement qu'eux ce qui vous est utile ou nuisible, serait-il prudent de votre part de ne pas faire ce qu'ils vous commandent? Ce serait être désobéissants.

b) Or, que font vos parents lorsque vous êtes désobéissants? Pourquoi vous punissent-ils? Ainsi ils doivent donc désirer de tout leur cœur que vous soyez des enfants vertueux.

Les punitions ne vous prouvent-elles pas aussi qu'ils vous aiment? Se pourrait-ii qu'ils ressentissent de la joie en vous punissant? Quand donc, par votre désobéissance, vous forcez vos parents à vous punir, leur montrez-vous de l'amour? Pour pouvoir vous donner 4out ce dont vous avez besoin, vos parents ne sontils pas accablés de peines et de soucis? Oui, ils doivent souvent travailler, pour ainsi dire jour et nuit , et vivre de privations pour vous donner ce qu'il vous faut. Or, pouvez-vous les soulager un peu dans leurs peines et leurs soucis? De quelle manière xlonc? Justement, quand vous vous conduisez bien et que vous les assistez autant que vous le pouvez.

B) De la nécessité de Tassistaiice d'aulfui.

Pensez-vous qu'en secondant de votre mieux vos parents dans leur travail , vous pourriez vous procurer, sans avoir recours à d'autres personnes, tout ce dont vous auriez besoin? Non certainement, il vous faudrait le secours d'un grand nombre d'autres personnes. Réfléchissons un instant et voyons quels sont les hommes qui doivent vous venir en aide pour que vous puissiez avoir du pain.

Qui est-ce qui fiiit les ferrailles nécessaires à un

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moulin? Qui est ce qui fait la charrette qui. sert à iiansporter le blé au moulin? Qui confectionne les^ sacs? Qui fabrique la toile? Qui fait le métier du tisserand? etc., etc. Vous voyez qu'il faut le travail de beaucaup de personnes pour vous donner du pain; n'en concluez-vous point qu'il est avantageux pour l'homme de vivre en société, c'esl-à-dire, réuni à d'autres? N'en concluez-vous pas aussi qu'il est juste que vous rendiez réciproquement des services aux autres, puisqu'il y en a tant qui vous en rendent? Un service en mérite un autre : aimez à rendre des services à votre prochain, et il aimera à vous en rendre.

C) De rinsuffisance des efforts de rhonime pour se procurer le nécessaire.

Mais les hommes en s'entr'aidant, peuvent-ils par leurs seuls efforts se procurer tout ce dont ils ont besoin? Qu'en pensez-vous? Oui ou non? Non sans nul doute; réfléchissons, en effet, et voyons s'ils peuvent seulement se procurer ce qui est nécessaire pour avoir du pain.

a) Comment les hommes peuvent ils contribuer à faire croître le blé? Ils peuvent en semer; mais que sert-il de semer du blé s'il ne pousse pas, s'il ne croît pas, s'il ne mûrit pas? Or, les hommes peuvent-ils le faire pousser, croître et mûrir? Quel temps faut-il pour que le blé réussisse bien? Or, les hommes peuvent-ils avoir quel temps ils veulent?

bj Quand le blé est mûr, les hommes peuvent bien le couper et le transporter chez eux, mais peuventils aussi créer le fer dont est confectionnée la faux qui sert à couper le blé? Peuvent-ils faire croître^ le bois dont est faite la charrette? Peuvent-ils se faire des chevaux qui la traînent?

c) Les hommes peuvent mettre le blé dans des sacs et le transporter au moulin qu'ils ont bâti; mais.

peuvent-ils aussi faire le bois, les pierres, le fer qui leur sont nécessaires pour la construction du moulin? Peuvent-ils se donner à volonté de l'eau ou du vent pour mettre le moulin en mouvement?

d) Quand les hommes ont de la farine , ils peuvent faire du pain; mais peuvent-ils aussi faire la terre glaise qui sert à fabriquer les briques dont le four est construit? Peuvent-ils produire Teau nécessaire pour pétrir la farine? Peuvent-ils rendre le bois et la tourbe inflammables de sorte qu'ils s'enflamment quand ils veulent chauffer le four.

e) Les hommes peuvent travailler le soir à la maison quand ils ont de la lumière et que la température n'est pas trop froide; mais auraient-ils pu aussi placer au firmament le soleil , qui se lève et se couche si régulièrement et qui leur donne la lumière et la chaleur? — Il y a encore mille autres choses nécessaires pour que nous ayons du pain et qu'aucun homme n'est en état de produire.

2" Exemples de catéchétique pour des enfants plus avancés.

A) Quiconque aime véritablement Dieu , observe volontiers tous ses commandements.

Si vous aimez véritablement vos parents, faitesvous volontiers, ou à contre cœur, ce qui leur est agréable et ce qu'ils vous commandent? Si vous faites ce qu'ils vous commandent, êtes-vous obéissants ou désobéissants? Si toutefois vous n'obéissez qu'avec peine, ou seulement lorsque vous y êtes forcés par des châtiments, prouvez-vous par là que vous les aimez véritablement? Pourquoi cette conduite prouvet-elle que vous ne les aimez pas véritablement? Vous avez raison; un enfant qui aime réellement ses parents, n'attend pas qu'ils le forcent à obéir, il obéit au contraire volontiers et promptement. Qu'est-ce

donc qui porte un enfant à obéir volontiers et promplement? — Oui, l'amour filial. — Maintenant ditesmoi qui nous devons aimer le plus? — Si donc vous aimez réellement Dieu plus que toute chose, de quelle manière ferez-vous ce que Dieu commande? — Bien, volontiers et promptement. Voilà pourquoi N.-S. a dit (S. Jean XIV^ 23) : Qui m'aime mettra ma parole m pratique. Mais si donc vous ne faites pas ce que Dieu demande de vous, si vous n'observez pas ses commandements, qu'est-ce donc qui en est la cause? N^est-ce point parce que vous ne l'aimez pas assez? A quoi devez-vous faire attention pour savoir si vous aimez véritablement Dieu.^ — C'est cela; vous devez examiner si vous observez ses commandements. Mais si vous les observiez à contre cœur ou par crainte de châtiments, prouveriez-vous que vous aimez véritablement Dieu? Comment donc devez-vous observer les commandements de Dieu pour être sûrs que vous l'aimez véritablement? — Sans doute : volontiers et promptement. Or qu*est ce qui porte à obéir volontiers et promptement? — Bien , l'amour. — Que devez-vous donc tâcher d'exciter et d'entretenir constamment dans votre âme pour toujours obéir ainsi à Dieu? Oh ! faites cela, mes enfants! tâchez d'avoir constamment dans votre âme un amour ardent pour Dieu, et vous trouverez de la joie et du plaisir à observer ses commandements.

B) Quiconque aime Dieu, aime son prochain.

Si vous aimez véritablement quelqu'un, Albert, comment serez'vous disposé envers ceux qui lui tiennent de près, et que vous savez en être tendrement aimés? Peut-être" n'avez-vous pas encore éprouvé ce sentiment, mais vous pouvez vous supposer dans la circonstance qui le fait naître. Je suppose, par exemple, qu'il arrive chez vous un étranger que vous ne con-

naissez pas et envers lequel vous êtes indifférent. Vous apprenez qu'il est le frère de votre papa , et celui-ci vous en a souvent parlé comme en étant fort aimé; comment serez-vous alors disposé envers lui? Pourquoi commenceriez-vous tout aussitôt à Taimer? Supposons encore que cet oncle fût accompagné d'un enfant; lorsque vous sauriez que c'est son fils, comment seriez-vous disposé envers cet enfant? Pourquoi l'aimeriez-vous plus que vous ne Taimiez avant de savoir qui c'était? Quand donc on aime quelqu'un, commence-t-on aussi à aimer ceux qui ont des rapports intimes avec lui et qui en sont aimés, aussitôt qu'on les connaît? — Oui, il en est ainsi: l'amour qu'on éprouve pour quelqu'un s'étend sur ses proches , et l'amour qu'on éprouve pour le père s'étend surtout sur ses cliers enfants (i). Mais maintenant, Albert, qu'en pensez-vous : les hommes appartiennent-ils aussi à Dieu, lui tiennent-ils de près? A quelle image et ressemblance Dieu créa -t- il Thomme? — Bien; à son image et ressemblance. Comment devez-vous donc regarder chaque homme? Ainsi tout homme est l'image de Dieu? Comment peuvent-ils, d'après les paroles de J.-C. , appeler Dieu dans leur prière? — Dieu est donc le Père de tous les hommes? Comment devons-nous regarder tous les hommes, puisqu'ils ont Dieu pour père? — Oui, tous les hommes sont les enfants de Dieu; cependant quelques-uns le sont d'une manière spéciale, comme je vous l'expliquerai un jour. Savez-vous aussi si Dieu aime beaucoup les hommes qui sont son image et ses enfants? D'où le savez-vous?

Si donc vous aimez véritablement Dieu, comment serez-vous disposé envers les hommes, puisque vous savez qu'en leur qualité d'image et d'enfants de Dieu , ils lui tiennent de si près et qu'il les aime tant?

(1) I/histoire de Raguel et du jeune Tobie peut très-bien servir ici d'explication.

Si VOUS n'aimiez pas les hommes, serait-il bien vrai que vous aimeriez véritablement Dieu? — Pourquoi pas? — A quoi un vrai amour de Dieu vous obligeraitil?— Justement : à aimer aussi les hommes, comme étant son image et ses enfants. On lit en effet dans S. Jean (i . IV. 20) : Si quelqu'un dit : J'aime Dieu et qu'il haïsse son frère, c'est un meilleur»

ABTICLE ^UATIUÈME.

De la conviction de l'esprit.

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