CLXV
Convaincre quelqu'un , c'est non-seulement l'amener à reconnaître une vérité, mais encore à lui en montrer les fondements, les raisons péremptoires.
Vous devez vous efforcer de convaincre vos élèves , autant qu'il est possible, des vérités que vous leur enseignez : 1° afin de les accoutumer à ne rien tenir pour vrai sans fondement; cette habitude les préservera de mille erreurs.
2° afin de rendre les vérités que vous leur enseignez d'autant plus palpables et plus efficaces; effet qui a lieu à proportion qu'on approfondit la base d'une vérité : chacun peut le remarquer en soi-même.
5" afin de prévenir, pour la suite, les doutes qu'ils pourraient avoir concernant la vérité. L'autorité du maître suffit seule aux enfants tant qu'ils sont petits» pour qu'ils ajoutent foi à ses paroles ; mais devenus plus grands et mieux en état de comprendre que leur instituteur peut faillir, et qu'en outre, ils entendent avancer le contraire par des personnes qui leur paraissent aussi instruites que lui; ou enfin qu'ils souhaitent intérieurement que ce qu'il leur a dit ne soit pas vrai : en ces circonstances, il s'en faut de beaucoup que l'autorité seule de l'instituteur soit assez imposante pour les empêcher d'abandonner la vérité.
Les moyens propres à donner la conviction ou la connaissance de la vérité, sont les mêmes que ceux indiqués § 124, comme sources d'où découlent les idées.
§ GLXVI.
1" Couviclion par propre senlimenl et expérience.
Persuadez vos élèves par leur propre expérience et par les impressions qu'ils ont déjà pu ressentir eux-mêmes, et cela aussi souvent que possible. Il n'est aucun autre moyen de les convaincre aussi efficace et aussi prompt. Vous n'avez qu'à leur faire éprouver momentanément ce dont vous voulez les convaincre, ou leur rappeler ce qu'ils ont déjà eux-mêmes éprouvé. (§ 126 - 132). Par exemple ; voyez vous-mêmes où la tige du froment est le plus solide; est-ce loin ou près des nœuds? — Près des nœuds. — A quoi donc servent les nœuds dont Dieu a garni les tiges du froment.
Quand retournez-vous le plus contents de l'école? Est-ce quand vous vous êtes bien appliqués où quand vous ne l'avez pas été? L'application vous procure donc du contentement.
§ CLXVU.
AYertissemeuls.
1" Gardez-vous bien de considérer comme véritable sentiment ou expérience ce qui n'est que le produit seul de l'imagination ou d'un faux raisonnement; prémunissez vos élèves contre cette erreur. (§ 112. b.)
2" Ne faites pas tout de suite tirer une conclusion générale d'une seule expérience ou d'un simple sentiment; et prévenez-en vos élèves § lU-4-6. Celui qui ne fait pas attention à cet avertissement, se trompera fort souvent; car ce qui a lieu quelquefois , n'arrive pas toujours. Avant de tirer des conclusions générales, il faut être bien certain, par des
expériences réitérées, tant sur vous que sur autrui, que, dans les mêmes circonstances, la chose a toujours lieu ainsi, ou il faut avoir un motif suffisant de tirer cette conclusion.
§ CLXVIÏl.
2** Convictian par témoignage.
Quant aux témoignages, faites attention aux points suivants :
a) N'ajoutez foi à un témoignage, qu'autant que vous êtes sûrs qu'il mérite d'être cru, et avertissez-en vos élèves.
Un témoignage ne mérite d'être cru fermement que lorsqu'il est certain qu'il provient d'un témoin digne de foi. Un témoin digne de foi est celui qui connaît très-bien la vérité et veut la respecter consciencieusement. En examinant les témoignages, il faut vous faire les trois questions suivantes : i° ce témoignage vient-il réellement de celui à qui on l'attribue? 2° Pouvait-il savoir ce qu'il affirme ? S*» Voulait-il , en outre, dire la vérité? — Si vous ne pouvez répondre affirmativement à ces questions, ne croyez pas ce témoignage : en agir autrement est très-dangereux; car c'est le motif pour lequel plusieurs personnes croient, à leur grand détriment, tout ce qu'elles entendent ou lisent concernant les sorciers, les revenants, les effets singuliers de telle ou telle formule de prières, etc.
b) N'invoquez jamais que des témoignages dignes de foi pour prouver une vérité. Ne dites pas , comme beaucoup : « Si la chose que nous voulons prouver est certaine, il ne peut être nuisible de citer d'autres témoignages que ceux qui sont dignes de foi; » car, si vos élèves s'aperçoivent que ceux que vous leur avez cités, pour prouver quelque point, sont faux ou seulement douteux, il pourra aisément en résulter que
2jS manuel
non-seulement ce point , mais aussi toutes vos leçons leur deviennent suspectes comme fausses ou douteuses» c) Lorsque vous voulez convaincre vos élèves des vérités que nous ne pouvons connaître avec certitude que par la révélation divine, vous devez leur citer le témoignage de Dieu comme le fondement de la vérité. Si vous ne le faites pas, leur croyance n'acquiert pas la fermeté qu'elle doit avoir, et ne peut proprement pas être nommée une foi divine, n'étant pas basée sur l'autorité de Dieu. Par exemple, ne leur dites pas seulement que nos corps ressusciteront au dernier jour; mais ajoutez que nous le savons et que nous le tenons pour certain, parce que Dieu nous l'a dit. Ne leur demandez pas seulement non plus : Nos corps resteront-ils toujours morts? mais ajoutez : D'où savez-vous que nos corps ressusciteront? Et, s'ils vous répondent qu'on le leur apprend ainsi , demandezleur : Mais vos maîtres, d*où le savent-ils? continuez à les questionner jusqu'à ce qu'ils s'appuient sur le fondement assuré de cette vérité, savoir: sur le témoignage de Dieu.
§ CLXIX.
Dans le témoignage que vous citez, vous devez :
i'* faire souvent remarquer, en peu de mots, combien il mérite d'être reçu; si vous en agissez de la sorte, non-seulement vous convaincrez vos élèves plus fermement de celte vérité , mais vous les habituerez aussi à réfléchir et à examiner si un témoignage est digne de foi avant de l'admettre ;
2" éclaircir le témoignage , s'il n'est pas clair aux yeux dé vos élèves;
3° démontrer qu'il prouve en elTet ce que vous voulez prouver. La phrase qu'on doit prouver estelle renfermée bien évidemment dans le témoignage, par exemple, dans un texte de l'Écriture, il suflit de
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Texpliquer et de faire remarquer qu'on doit comproPidre ce texte de telle manière. Mais si la phrase à expliquer n'y est pas renfermée, avec clarté, elle s'y trouve : a) ou voilée, et en ce cas elle doit être rendue sensible; bj ou elle en découle nécessairement, ce qu'il faut prouver clairement.