‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 113 sur 156 · CLXX · texte numérisé non relu

CLXX

5° Conviclion par le raisonnement.

Lorsque vous ne pouvez pas , ou du moins pas nvec assez de certitude, convaincre vos élèves de la vérité d'une proposition par leur propre expérience , îii par des témoignages dignes de foi , cherchez à les en convaincre par leur raison; c'est-à-dire, cherchez à les porter à faire usage de leur propre raison, pour découvrir cette vérité et le fondement sur lequel elle est appuyée. Vous n'avez qu'à leur rendre ces propositions bien claires et intelligibles, parce qu'alors la vérité se montre tellement à découvert, qu'ils ne peuvent, malgré leurs efforts, leur donner un autre sens; par conséquent le motif qui les leur fait considérer comme vraies, c'est qu'ils peuvent se dire: Je conçois bien ceci; on ne saurait se le figurer autrement. Par exemple, l'entier est plus grand que chacune de ses parties..

Il y a deux moyens de convaincre par le raisonnement.

Le premier consiste à prouver aux enfants que la vérité de telle proposition , découle d'autres vérités qui leur sont déjà connues. Le second consiste à leur démontrer que, si la proposition n'était pas vraie, ii s'en suivrait quelque chose d'impossible, ou d'opposé à une vérité connue. Afin donc de démontrer clairement ce dernier point , il faut conclure une ehose d'une autre, et se servir finalement d'une conclusion

complète. C'est ce qui a lieu dans les syllogismes, qui ne sont que des raisonnements pour produire la conviction par le raisonnement. Il y a encore d'autres espèces de conclusions que celle dont il est ici question; mais celle-ci est la plus claire; c'est pourquoi vous devez toujours chercher à l'employer partout où une conclusion sera nécessaire.

Pour tirer une telle conclusion, vous devez chercher à vous rappeler d'abord une proposition générale, soit affirmative, soit négative, dont l'attribut comprenne la même idée que celle de l'attribut de la proposition que vous voulez prouver à vos élèves, c'est ce qu^on appelle, dans un syllogisme, la majeure. Vous devez ensuite vous servir d'une proposition dans laquelle le sujet à prouver soit le sujet de la majeure : cette proposition s'appelle la mineure; elles se nomment l'une et l'autre antécédents; on en déduit la conclusion. Par exemple, pour convaincre un enfant qu'il doit être reconnaissant envers ses parents, vous pouvez énoncer le syllogisme ou raisonnement suivant :

On doit être reconnaissant envers ses bienfaiteurs;

vos parents sont vos bienfaiteurs;

donc vous devez être reconnaissant envers vos parents.

Ne craignez pas de n'être point compris par vos élèves en vous servant de cette manière de conclure. De telles conclusions n'ont rien d'extraordinaire; les personnes les moins instruites et même les enfants en font un fréquent usage dans la conversation , excepté qu'ils n'énoncent pas toujours ainsi les propositions dans un ordre symétrique , et qu'ils en omettent une suffisamment connue.

Ils font de tels syllogismes ou raisonnements sans faire attention à la manière dont ils les font; mais souvent ils tirent de fausses conclusions : c'est pourquoi j'ai voulu appeler votre attention sur ce point.

DE PÉADGOGIE. 241

Remarquez en outre :

l** Que, lorsque vous voulez tirer une conclusion juste, il faut que les deux propositions dont vous déduisez la troisième soient vraies. On ne conclurait donc pas juste si l'on disait :

Ce qui est nouveau, ne vaut rien; cette méthode d'instruire est nouvelle; donc elle ne vaut rien.

La première proposition n'est pas évidemment vraie; donc on n'en peut déduire la conclusion comme vraie.

2° Pour que la conclusion convainque réellement vos élèves, ils doivent bien comprendre les deux antécédents , les reconnaître pour vrais et bien concevoir la justesse de la conclusion. Les antécédents doivent donc être expliqués et prouvés, s'il est nécessaire. La justesse de la conclusion doit être rendue claire par des exemples, des comparaisons faciles à comprendre.

5*» Qu'en leur enseignant cette manière de raisonner vous pouvez ne pas toujours observer l'ordre indiqué et omettre parfois un des antécédents connu et admis de tous; c'est ce qui arrive souvent en conversation, par exemple : — Tous les hommes mourront un jour; donc vous aussi. — Ou : Vous mourrez un jour, car tous les hommes doivent mourir.

Ce qu'on doit faire quant à la mémoire,

§ CLXXL

On doit exercer beaucoup la mémoire des enfants : 1" Pour la féconder; parce qu'une bonne mémoire

est très- nécessaire dans tout état, dans toute

condition;

2" Pour i'orner de préceptes utiles.

Un exercice convenable de la mémoire , dans la jeunesvse, fait recueillir un précieux trésor de vérités, de règles de conduite, de sentences consolantes, etc., qui restent longtemps imprimées dans l'âme , et souvent jusque dans l'âge le plus avancé. Elles éloignent plusieurs périls , font naître de bonnes pensées, empêchent de mauvais désirs, excitent à des actions de piété et sont une source de consolations dans les peines de la vie.

Cet exercice de la mémoire à l'école offre quelque rapport avec le soin qu'on met à bien conserver des habillements, des provisions et d'autres objets nécessaires. Quiconque conserve bien ces choses , les a toujours sous la main en cas de besoin, et à l'occasion elles lui sont très-utiles. Il en est de même de ce que fournit une mémoire exercée.

§ CLXXIL

Mais comment doit-on l'exercer?

Dans quelques écoles, on s'y prend d'une manière très-nuisible. Les élèves y ont le livre en main, balbutiant et gravant péniblement dans leur mémoire le catéchisme, qu'ils ne comprennent pas, et viennent ensuite le réciter, mais comment? Ils vous balbulienti les demandes et les réponses, soit seuls, soit deuxj ensemble; ou l'instituteur lit la demande et un enfant dit la réponse du livre, avec crainte et en tremblant,^ parce que d'ordinaire les menaces et les coups suivent un mot mal dit, ou une réponse oubliée. Telle était la manière d'exercer la mémoire autrefois en usage quant; à l'instrHction religieuse, et elle existe encore en divers endroits. Or, rien de plus ridicule et de plus nuisible; car apprendre par cœur ce qu'on n'a pas; compris, c'est : 1" une grande fatigue pour les enfants. i toute mémoire non exercée apprenant Irès-difficilemenl i

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par cœur, mais surtout apprendre par cœur ce qu'on ne comprend pas, c'est un travail bien pénible; 2" une fatigue inutile; car, lorsque ces enfants ont appris couramment, de la manière ordinaire, la lettre de leur catéchisme tout entier, ils n'ont que des mots dans leur mémoire, sans rien y comprendre; ces^ mots ne leur représentent aucune idée, ne leur donnent aucune pensée nette; par conséquent, ils ne retirent aucun profit de cet exercice; 3^ une fatigue nuisible; car la peine incroyable ressentie par ces enfants pour apprendre ainsi par cœur , et la crainte qu'ils éprouvent en récitant, leur font : a) haïr non seulement cette élude, mais aussi la doctrine chrétienne; b) ces enfants deviennent présomptueux, s'imaginant savoir beaucoup lorsqu'ils peuvent débiter beaucoup de mots qu'ils ont appris par cœur , tandis que leur savoir ressemble à celui d'un perroquet; c) cela les confirme toujours plus dans l'erreur dangereuse : que, savoir reproduire de la sorte quelques mots, c'est comprendre;

d) ils n'ont aucun désir d'apprendre quelque chose, et l'esprit ne contracte pas l'habitude de réfléchir;

e) c'est une des principales causes de l'ignorance déplorable de la religion, qu'on trouve si généralement dans le peuple, et même souvent dans la classe aisée.

Vous sentez donc que celte manière d'exercer la mémoire doit être bannie de toutes les écoles, et être remplacée par une meilleure , non-seulement pour l'instruction religieuse, mais aussi pour toute autre instruction. — Je vais donner sur ce point quelques avis à ceux qui sont disposés à employer une méthode plus rationnelle.

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