‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 116 sur 156 · CLXXV · texte numérisé non relu

CLXXV

Comment on doit exercer la mémoire des mots.

Afin d'exercer la mémoire des mots, faites souvent apprendre par cœur mot à mot; mais prenez en considération les points suivants :

1" Ne faites apprendre mot à mot que des morceaux dont le contenu soit non-seulement très-instructif pour les enfants , mais dont le style puisse servir de modèle. De tels morceaux sont quelques explications nécessaires, des sentences instructives, des maximes, des pensées d'hommes célèbres, des cantiques, mais surtout des passages choisis de l'Écriture sainte. Pour faire ce choix, demandez conseil à M. votre curé.

2" Gardez-vous de faire apprendre par cœur à vos élèves des sujets qu'ils ne comprennent pas encore,

du moins comme ils sont exprimés. En conséquence , avant d'apprendre un morceau» expliquez-le à vos élèves; souvent il ne faut qu'un moment et quelques mots pour l'expliquer.

5" Cherchez soigneusement à éviter que les leçons de mémoire ne leur deviennent un fardeau et qu'ils n'en conçoivent du dégoût : car, non-seulement ils n'apprendraient pas bien par cœur, mais il y aurait, en outre, lieu de craindre qu'ils n'en vinssent à haïr jusqu'aux instructions qu'on leur donne. Afin d'éviter ce grand inconvénient, vous devez : a) ne jamais leur donner à apprendre par cœur des morceaux trop difficiles ou trop longs; — 6) ne pas insister pour que les enfants retiennent ce qui est difficile à retenir sans être de grande nécessité , par exemple , l'âge des hommes , les versets d'un chapitre où se trouve une sentence. C'est assez qu'ils sachent, par exemple: Dieu dit telle chose à Moïse; Jésus-Christ nous dit cela dans l'Évangile; S' Paul, dans son Épitre aux Romains. — c) Lorsqu'un morceau plus long doit être appris par cœur, n'en prenez chaque fois qu'une partie qu'ils puissent apprendre facilement et bien retenir. — d) Vous ne devez pas toutefois leur donner trop de petits morceaux; il vaux mieux qu'ils en sachent dix et qu'ils les retiennent, que d'en apprendre cent et de les oublier ensuite tous l'un après l'autre. — e) Autant que possible, gardez-vous d'employer la contrainte pour faire apprendre par cœur» — f) On ne doit rien faire apprendre par cœur aux plus petits, avant qu'ils ne sachent bien lire; mais l'instituteur doit le leur réciter lentement et, pour ainsi dire, l'apprendre au mieux avec les enfants. — g) Les plus grands peuvent étudier à l'école ou chez eux, le morceau destiné à être appris par cœur. Néanmoins , pour qu'ils ne l'étudient pas d'une manière défectueuse, l'instituteur doit leleur expliquer d'abord,

ie leur faire lire clairement et selon les règles; leur donner la méthode d'apprendre par cœur, qui consiste surtout à n'apprendre d'abord que quelques mots ; par exemple, jusqu'à une virgule, un pointvirgule; en y ajoutant ensuite la partie suivante de la phrase, tout en répétant la partie déjà apprise, etc., etc. Lorsqu'ils sont seuls, qu'ils essayent si cela ne leur deviendra pas plus facile, en prononçant à haute voix ce qu'ils ont appris. Ils doivent, le plus possible, éviter toute distraction. Ils peuvent aussi noter sur du papier ou sur une ardoise, les premières lettres de ce qui leur est très-difficile à apprendre et à retenir.

4" Tachez, autant que vous le pouvez, que les sentences, les passages de l'Écriture, les vers, etc., que vous faites apprendre à vos élèves, se rapportent aux instructions que vous leur donnez en ce moment. Lorsque le morceau appris par cœur et l'instruction traitent du même sujet , l'un explique et rappelle l'autre.

o** Plusieurs observations concernant l'exercice de la mémoire des choses, peuvent aussi servir pour imprimer plus fortement dans l'esprit ce qu'on a appris; mais rien n'est aussi nécessaire, pour produire cet effet, que la répétition fréquente.

6^* Prenez garde, avant tout, que vos élèves récitent tout ce qu'ils ont appris par cœur, bien attentivement, clairement et avec l'expression convenable. S'ils s'habituent à bredouiller, comme on le fait dans plusieurs familles efc même dans des écoles en disant les prières, toute la peine qu'on s'est donnée pour apprendre par cœur est inutile; tout ce qui est récité de la sorte ne sert, ni à l'instruction , ni à l'édification de personne, fût-il question de la chose la plus instructive et la plus tuifluliiC. PO"!" engager vos élèves à bien réciter ce qu'ils ont appris, récitez-le-leur vous-mêmes àii commencement, le mieux cjue vous pourrez,

De renseignement de la Lecture, {i)

I " De la Connaissance des lettres.

1° Avis pour apprendre aux enfants à connaître ks lettres. ,

Lorsque Tinstituteur veut apprendre aux enfants à connaître les lettres, qu'il leur parle avec douceur. Qu'il s'informe de leurs noms et qu'il dise que c'est un vrai plaisir pour lui de les voir venir à l'école, parce qu'ils y apprendront de bien belles choses ; qu'il les engage à y venir volontiers, en leur demandant : « Aimez-vous à apprendre de belles et bonnes choses? — Et vous? et vous? etc. Lorsque des enfants veulent en apprendre, ils doivent écouter avec attention. Voulez-vous agir ainsi? — Bien; vous me ferez grand plaisir. — Mais dites-moi donc : connaissez-vous déjà quelque objet? Quoi donc? (Qu'il se fasse nommer différents objets qui sont connus, selon ce qui est dit § HO)c Je suis enchanté que vous connaissiez déjà tant de choses; si vous saviez lire, vous apprendriez à en connaître d'autres très-belles, car il s'en trouve en grand nombre dans les livres. Aimeriez-vous à en entendre lire quelque beau passage? (Que l'instituteur leur lise un petit morceau choisi à cet effet, ou qu'il le fasse lire par un élève plus avancé). Eh

(I) Puisqu'il ne s'agit i«i que de Méthodique générale, on ne peut s'attendre à y trouver les règles de l'art de lire, présentées d'une manière détaillée, surtout que plusieurs points traités par l'auteur, ne concernant pas la langne française, ont dû être supprimés ainsi à compter de ce chapitre le numérotage des §§ est différent.

Les instituteurs désireux de posséder un peu à fond cet art, trouveront un guide sûr dans la Méthode de M. du Vivibr, brochure substanlieile dont

il vient de paraître une nouvelle édition. — Le manuel de M. c!a Li ixvva-

giMBRE, à l usage du Maître, peut leur doniîcr ia connaissance de plusi

• édiles fort importantes pour la lecture, et d'un usage piatique; il leur sera

donc utiJe do les étudier; — ainsi que le Manuel de M Pietersî, de Bruxelles.^

{Note da Trad.)

DE PÉDAGOGIE, 2oi

bien! comment vous plaît cette lecture? voudriezvous bien lire ainsi ? celui qui veut lire doit connaître les lettres; aimeriezvous de les connaître? Je vais vous en écrire une au tableau ; lorsque vous l'aurez considérée attentivement, je vous dirai comment elle se nomme. (Que l'instituteur trace un trait comme celui-ci /, mais grand). Voyez-vous ce que j'ai fait. Ce n'est pas encore une lettre, ce n'est qu'un trait. Voyez si ce trait est droit au-dessous. — Bien, aiisous il est courbé; il forme un genou. Remarquez maintenant ce que je lais au-dessus du trait. (Le maître forme un point au-dessus). Qu'ai-je fait ? Une petite tache, n'est-ce pas? cela se nomme un point* Martin : Où se trouve le point; à côté du trait? — Où donc? — Bien; au-dessus du trait. Montrez-moi le trait, le point. Savez-vous maintenant comment se nomme un tel trait avec le point au-dessus? Il s'appelle i. Martin. Comment nommerez-vous maintenant le trait avec le point? — Regardez-moi tous bien attentivement : Conrad, comment s'appelle cette lettre? (L'instituteur fera répéter le nom de chaque lettre, après l'avoir nommée, si pas par tous les élèves, du moins par plusieurs). Mes enfants, remarquez bien cet i pour en connaître et en retenir la forme. »

« Si vous fermiez les yeux, diriez-vous bien à quoi il ressemble? — C'est très-bien, (i) A quoi pouvezvous reconnaître cette lettre? » L'instituteur doit faire cette question chaque fois que les enfants ont appris à connaître une nouvelle lettre.

11 leur fera ensuite chercher Pi plusieurs fois dans leur syllabaire et, lorsqu'ils en montreront un, qu'il leur demande à plusieurs i^prises à quoi ils reconnaissent que c'est un i. A la fin de la leçon , il congédiera les enfants d'un air satisfait et les engagera

(l) Faire fermer les yeux est ttès-utile pour que les enfants s'impriment plus fortement dans la mémoire les contours des lettres. Il faut éviver de parler de ces contours en des termes dont la signification soit inconnue aux entants.

à regarder souvent Ti sur le tableau , et à le chercher dans leur livre. Il leur promet ensuite de revenir pour s'informer s'ils connaissent encore cette lettre et s'ils l'ont trouvée ; et il doit tenir sa proinesse«

§ CLXXVIT.

Que l'instituteur procède ainsi par rapport aux autres lettres. Qu'il commence par leur faire connaître les voyelles, leur disant pourquoi on les nomme ainsi; qu'il leur apprenne à les retenir sur les cinq doigts.

Il doit, dès le commencement, faire bien attention que ses élèves apprennent à prononcer nettement et clairement les lettres. A cet effet, il les prononcera lui-même toujours avec netteté et clarté, et il les leur fera répéter aussi longtemps qu'ils ne les prononceront pas bien.

Si un élève prononce difficilement une lettre, par exemple, r, qu'il le prenne en particulier et qu'il l'oblige à regarder sa bouche lorsqu'il dit la lettre ainsi que différents mots où elle se trouve, mais avec lenteur et clarté, et qu'il les répète après lui. Sil fait cela à différentes reprises , avec affabilité et avec patience, il éprouvera bientôt le plaisir de faire bien prononcer par l'enfant les lettres qui offraient pour lui des difficultés. Qu'il procède de la même ma-* nière avec des enfants qui bégayent, et qu'il les oblige à parler toujours lentement, (i)

§ CLXXVIIL

Lorsque l'instituteur veut commencer une nouvelle leçon, qu'il ne manque pas d'exhorter amicalement les

(1) On voit par ce passage qu'Overberj? considérait la méthode labiale comme très-avantageuse pour apprendre les éléments de la lecture.

{Note da Trad.)

enfants au travail. Par exemple : « Voulez-vous encore faire bien attention aujourd'hui? — ou : Si je savais que vous seriez bien attentifs et que vous me répondriez volontiers, je vous parlerais avec grand plaisir, etc., etc. Auriez-vous envie de connaître encore une autre lettre? Eh bien! si vous pouvez me dire le nom de celle que je vais vous montrez, je vous en écrirai une nouvelle? Comment se nomme cetle lettre, Philippe, etc. A quoi la reconnaissez-vous? »» Ces demandes faites dans le but de s'assurer si les enfants n'ont pas oublié, ne doivent jamais s'omettre. Ne tracez pas une nouvelle lettre, avant que les enfants ne connaissent très-bien les précédentes. Ontils oublié celles-ci? on doit les leur redire de nouveau avec douceur et leur en décrire mieux la forme. Un expédient propre à y parvenir plus sûrement, c'est, outre les fréquentes répétitions, de leur mettre un syllabaire en main. Aussitôt que les enfants connaissent plus d'une lettre, que l'instituteur les leur fasse comparer ensemble (§ 110, à 4-). Quelle ressemblance vous offrent Conrad, e et i? — Bien; mais que voyez-vous au-dessus du trait dans i? Le voyezvous aussi sur Ve? Mais qu'y a-t-il donc dans e qui ne se trouve pas dans i? Ne voyez-vous pas dans e un petit œil au haut du trait? C'est en quoi ces deux lettres diffèrent l'une de l'autre.

La comparaison d'une lettre avec une autre doit se faire souvent, parce qu'elle est de la plus grande utilité, non-seulement pour mieux connaître les lettres, mais aussi pour habituer, dès le commencement, les enfants à réfléchir, à comparer et à avoir des idées claires.

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