‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 13 sur 156 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Qu'ai-je à espérer en qualité d'instituteur, si j(* remplis exactement mes devoirs selon la volonté de Dieu?

La gloire, Vhonneur et la paix sont le partage de quiconque fait le bien (Rom. 2. 10.); et plus on fait d( bien, plus on a de gloire, d'honneur et de paix; car Dieu rend à chacun selon ses œuvres. (Ibid. 6.)

Or, qui doute qu'un bon instituteur ne fasse, avec la grâce de Dieu, beaucoup de bien? S'il remplit exactement ses devoirs, il s'exerce sans cesse à la patience, à la douceur, à la charité, à l'humilité, à l'abnégation de soi-même et à la confiance en Dieu; ainsi il tâche continuellement de devenir un exemple de vertu toujours plus parfait, pour enseigner, d'après la meilleure méthode, tant par ses paroles que par ses exemples : il cherche par conséquent sans cesse à se sanctifier, afin de devenir, dans la main de Dieu, un instrument plus utile et de tenir d'autant plus dignement, près de ses élèves, la place de père spirituel, d'ange visible et de guide vers leur patrie. Les enfants apprennent de lui à connaître et à aimer leur Père céleste et leur aimable Sauveur. Ils apprennent le chemin qui conduit au royaume éternel, et ses leçons leur font concevoir le désir et la vo-

lonté (l'y marcher. Ainsi, par ses peines que Dieu bénit, ils jouissent de la vraie félicité en cette vie et du bonheur éternel en l'autre.

Le bien qu'il produit ne reste pas circonscrit dans le cercle de ses élèves : tel qu'un baume odoriférant communique son parfum aux objets qui l'entourent, à chacun plus ou moins, selon qu'ils en sont susceptibles; ses élèves, formés à la véritable crainte du Seigneur, la communiqueront à ceux qu'ils fréquenteront, et cela, plus ou moins, selon les dispositions d'un chacun.

Sans doute, un Maître qui remplit consciencieusement ses devoirs, peut espérer que Dieu bénira ses elforts, et que, dans le nombre des enfants qui quittent annuellement l'école, il s'en trouvera pour le moins un, honnête et craignant Dieu, qui fera le bien autour de soi. Ne parvînt-il pas à rendre tous ses élèves aptes à instruire les autres et à occuper les emplois administratifs de la commune, il leur sera néanmoins toujours très-utile en les rendant des hommes probes dans leurs actions et pieux dans leurs pensées. A l'égard de ceux qu'il n'a pu corriger , ni porter à une vie pieuse, ses leçons ne les empêcheront-elles pas du moins d'atteindre ce degré de méchanceté auquel ils seraient parvenus, s'ils en avaient été privés, et ne les rendront-elles point, par conséquent, moins pernicieux pour la société, et moins opposés à la propagation du bien?

Combien une commune qui possède un tel instituteur, ne doit-elle pas reprendre une nouvelle vie en peu d'années et se métamorphoser, surtout si elle avait eu le malheur d'en avoir eu un mauvais. Un instituteur qui seconde en tout le zèle de M. le curé, et qui, à son tour, en est secondé, contribue puissamment à faire régner dans une commune l'ordre, l'amour du travail, la propreté, la paix, l'union, la conliance

en Dieu, la douceur, la palience et la modération dans les plaisirs.

Il est donc hors de doute qu'un instituteur zélé et consciencieux peut, avec la grâce de Dieu, faire beaucoup de bien.

Qu'est-ce qu'un bon instituteur a à attendre? Un homme qui se donne toutes les peines possibles pour répandre partout la paix et la joie, pour foire révérer le saint nom de Dieu et procurer sa gloire; qui prend tant de soins pour conserver pure et innocente l'âme de ses élèves, et pour les introduire dans le chemin qui conduit au bonheur éternel , comme le fait un bon instituteur; cet homme, qu'a-t-il à attendre selon la promesse de Dieu ? rien moins que paix, joie, honneur et gloire. La paix et la joie sont donc le partage de l'instituteur auquel la conscience rend témoignage qu'il a fait assez d'efforts pour bien s'acquitter de son emploi.

La paix et la joie sont son partage, en voyant la diligence et la docilité de ses élèves; ce qui lui donne la douce espérance que la semence tombe en bon terrain et qu'elle produira certainement de bons fruits.

La paix et la joie sont son partage, en apprenant la conduite édifiante de ses anciens élèves, et leur reconnaissance envers Dieu des bonnes leçons qu'ils ont reçues à l'école, et dont, de jour en jour, ils comprennent mieux le prix.

La paix et la joie sont son partage, en voyant que l'obéissance des enfants envers leurs parents, la fidélité des serviteurs envers leurs maîtres, l'amour du travail , le désintéressement, la bienveillance, la charité, la vraie crainte du Seigneur, et, par suite, la tranquillité et le bonheur augmentent chaque jour dans toute la conmiunc.

La paix el la joie sont son partage, lorsqu'il entend etentir dans les maisons, ou au milieu des champs, les louanges du Seigneur dans des chants appris à l'école; lorsqu'il apprend qu'on raconte, pendant les soirées d'hiver, des traits de l'histoire sainte, de la puissance de Dieu, de sa sagesse et de sa providence paternelle envers les hommes; lorsque les paroles et les actions lui apprennent que le seul vrai Dieu et son Fils unique, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, sont adorés en esprit et en vérité; que l'attachement aux biens périssables diminue notablement, et qu'au contraire l'espoir et le désir de jouir de Dieu, l'unique bien, s'augmentent continuellement.

La paix et la. joie sont son partage, lorsqu'il porte ses regards dans l'avenir et qu'il considère en luimême les fruits que ses soins et ses peines peuvent fiure produire à d'autres dans la suite; ce qui lui vaudra une éternité bienheureuse, s'il persévère jusqu'à la fin dans l'accomplissement de ses devoirs.

La paix et la joie sont donc le partage d'un bon Maître en cette vie et au moment de la mort; car, en ce moment décisif, lorsqu'on lui annoncera que le jour du Seigneur n'est pas loin, il pensera et il dira en luimême : « Béni soit le Seigneur I j'ai donc achevé ma » course, mon combat est fini. Oui, souvent j'ai » négligé de combattre, mais j'ai lâché de réparer » ma faute. A mesure que j'avançais en âge, je me » suis efforcé d'être fidèle à mon serment en con- » duisant les enfants, les amis de mon Sauveur et de » mon Dieu, vers leur Père céleste, vers leur divin » Rédempteur. Ce fut toujours là le plus vif désir et la » seule passion de mon cœur. Plusieurs d'entre eux » m'ont déjà précédé dans l'éternité : ils ne m'y ont » pas oublié; je les aimais, ils m'aimaient aussi,, et » maintenant ils prient Dieu pour m'obtenir une » sainte mort. Courage, je vais les rejoindre. Le Dieu

» des miséricordes que je me suis elïbrcé de servir » fidèlement, me donnera la couronne qu'il a promise » à quiconque Taime; il me rendra participant de sa » gloire et de sa félicité. Oh! oui, je le verrai! je » vous verrai, divin Jésus! venez, venez.... » C'est dans ces pensées consolantes que son âme s'échappe des liens du corps pour aller jouir de la vue du Père céleste, et du bonheur éternel.

Qui pourrait se représenter la paix, la joie, l'honneur et la gloire que possède dans le ciel cette iime chrétienne, qui apprit à lant d'autres l'amour de Dieu? Quiconque fait la volonté du Père céleste, entrera dans le royaume du ciel (S. Malth. Vil. 21.]; mais celui qui la fait et l'apprend aux autres, sera grand dans le royaume du ciel (S. Matth. V. 19.) Ceux qui apprennent la justice à beaucoup de personnes, seront éclatants comme la splendeur du firmament et comme les étoiles pour toute V éternité (Dan. XIII. 3.)

En effet, quiconque donnera à son prochain au nom de Dieu un verre d'eau, ne perdra pas sa récompense; quelle ne sera donc pas la récompense d'un bon instituteur qui , souvent méprisé et mal récompensé des hommes , s'est sacrifié par charité pour établ'.r le règne de Dieu dans le cœur des enfants!

Quelle joie en particulier et quelle immense récompense pour un bon instituteur, lorsqu'il voit un grand nombre de ses élèves jouir du bonheur éternel! Quel honneur pour lui, quelle gloire et quelle récompense, lorsqu'au jour de la rétribution générale, nombreux et rayonnants de joie, ils s'empresseront amoureusement autour de lui et s'écrieront : « Salut! ô toi qui » nous a appris à connaître et à suivre le chemin du » ciel ! Après Dieu , c'est à toi que nous sommes » redevables de notre bonheur. Salut éternel! Salut » éternel! «

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