‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 137 sur 156 · I. Des récompenses et des punitions en généraL § CCXIII · texte numérisé non relu

I. Des récompenses et des punitions en généraL § CCXIII

i'' But des récompenses et des punitions.

Les récompenses et les punitions doivent servir à procurer le bonheur. — Leur but particulier doit être de porter la volonté des enfants à observer les commandements de Dieu, et à les éloigner de les ttansgresser.

Les récompenses et les punitions, considérées comme moyen d'éducation, et ayant, comme celle-ci, pour but général de rendre heureux, ne doivent être employées qu'en vue de leur faire produire cet effet, c'est-à-dire, d'éloigner les hommes de certaines choses et d'incliner leur volonté vers d'autres.

Mais, avant de parler de leur but spécial dans Téducalion, des effets et des suites qu'elles doivent produire pour les élèves, nous devons faire connaître deux erreurs concernant le bonheur, erreurs des plus graves et des plus généralement répandues.

(1) Ce traité, fait spécialement pour les instituteurs, est en cénéral de la plus gratiile utilité pour les parents et powr toutes les personnes qui doivent s'occuper d'insti action et d'éducation. [Note da Trad.)

La première, c'est Popinion que le bonheur temporel consiste dans la jouissance des satisfactions sensuelles et des avantages extérieurs» et, par conséquent, qu'il se trouve dans les moyens nombreux de se les procurer.

La deuxième, qui découle de la première, c'est qu'on considère le bonheur temporel et le bonheur éternel comme tellement opposés, que l'un empêche r.écessairement l'autre.

Ces opinions erronées rendent triste et désagréable la voie dans laquelle Dieu nous commande de marcher pour parvenir à notre vraie félicité, et ordinairement elles en éloignent. Mais on parvient aisément à en reconnaître la fausseté par une foi vive à la parole de Dieu, et par quelques réflexions sur la providence divine à laquelle tout homme est assujetti. Jésus-Christ nous dit expressément : Mettez moi joug sur vous,,., et vous trouverez le repos de l'âme; car mon joug est doux et mon fardeau est léger, (S. Mallh. XL 29-50). Quiconque abandonne père, mère ^ etc., par amour pour moi et pour mon Evangile, sera récompensé au centuple, même en cette vie. (S. Marc X. 29- 50. — S. Luc XVIIL 29-50). De telles promesses, sorties de la bouche de celui qui connaît la valeur de toutes choses et qui désire plus notre salut que la plus tendre des mères ne désire celui de ses enfants, doivent nous convaincre que notre félicité temporelle est liée très-étroitement à notre salut éternel, et que, dans toute position où nous pouvons nous procurer la félicité éternelle, nous trouverons aussi la plus grande félicité temporelle dont notre nature corrompue puisse jouir en cette vie.

Cette nature est tellement organisée que nous ne pouvons goûter ni joie ni contentement dans la jouissance des plaisirs sensuels, sans les acheter par quelque sa<îrifice qui nous caujve plus ou moins de

DE lEDAGOGlE. 543

peine. Tout homme, n'importe dans quelle position il puisse se trouver, est sujet à ces peines : par exemple, maladies, dépérissement des forces vitales, perte de tout genre, tristesse et ennui, dont ne peuvent préserver ni les richesses ni la puissance. Les riches et les puissants sont même d'ordinaire les plus forlement accablés; en voici les motifs : 1" par la flicilité de satisfaire tous leurs désirs, ils sont exposés à toute sorte d'excès; 2" vu le grand nombre et la diversité de& biens périssables, ils souffrent, quand ils y sont attachés, d'autant plus vivement, et parla peine, résultant de la jouissance, et parla peine résultant de la privation; 5" par l'accumulation de ces jouissances qui, en leur permettant de passer le temps sans avoir besoin de faire de leur côté le moindre etfort, énervent en eux toute activité intellecluelle; ils sont d'autant plus accablés du poids de l'ennui qu'engendrent les heures pendant lesquelles ils sont privés de ces jouissances. 4" Plus l'homme possède de biens terrestres qu'il ne quitte qu'avec peine, plus l'inévitable mort est affreuse, et cela d'autant plus qu'il a refusé de marcher dans le sentier étroit des commandements de Dieu. Sans doute les richesses et la puissance ne sont pas des obstacles insurmontables pour marcher dans ce sentier; toutefois il est évident que la dissipation et les charmes inséparables des richesses et de la puissance sont pour plusieurs un grand obstacle qui les empêche de se décider à entrer dans cette voie étroite : de là cette parole de Jésus-Christ : Qu'il est difp,cile quun riche entre dans le royaume des deux!

Puisque cette vie est entremêlée de jouissances et de peines, celui-là doit certainement être regardé comme le plus heureux qui, d'un côté, peut goûter avec une conscience tranquille les jouissances qui se présentent par hasard dans le cours de sa vie

sans qu'elles puissent avoir pour lui de pernicieuses conséquences, tandis que, d'un autre côté, il peut souffrir avec une constante résignation les peines, les tribulations inévitables dans cette vallée de larmes. Or, on ne peut obtenir une telle disposition de l'âme que par la plus entière conformité de notre volonté avec la volonté de Dieu : c'est donc cette conformité qui nous procure la plus grande félicité tant pour cette vie que pour l'autre; par conséquent, les récompenses et les punitions ne doivent avoir d'autre but que de porter les enfants, autant qu'il est possible, à se «soumettre bien docilement à la volonté de Dieu, volonté qu'il nous a manifestée dans ses commandements, et de leur inspirer de l'horreur pour tout ce qui est opposé à ces commandements^*

Page 1