CCXIV
2° Moyens généraux à employer pour atteindre ce but.
Le but des récompenses et des punitions étant de porter les enfants à observer les commandements de Dieu et à leur inspirer de l'horreur pour leur transgression, tout doit tendre à ce but : il faut donc leur donner , autant que possible, une idée grande et imposante de ces commandements divins.
Pour atteindre ce but, vous devez : l** ne le perdre jamais de vue en récompensant et en punissant, a(in qu'il vous montre ce qui doit être récompensé ou puni; et réfléchir par quel moyen, quand et comment vous devez agir; — 2" vous devez non -seulement éviter soigneusement d'inspirer aux enfants du dégoût pour les commandements de Dieu; mais, au contraire, vous efforcer de leur en donner l'idée la plus grande et la plus attrayante qu'il vous sera possible.
Souvent on leur inspire de l'éloignement pour les
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commandements de Dieu, en leur donnant du goût pour les erreurs mentionnées ci-dessus, et, par là, on leur fait regarder tes commandements de Dieu comme un joug insupportable dont l'exemption les rendrait beaucoup plus heureux.
Bien souvent les enfants sont séduits et adoptent ces erreurs par l'exemple de leurs parents et de leurs instituteurs, qui considèrent eux-mêmes fréquemment les biens temporels comme la source principale de la félicité. A chaque instant ils émettent cette opinion erronée, avec une affectation qui, tant par elle-même qu'à cause de sa fréquente répétition, influe beaucoup plus fortement sur le cœur de l'enfant que-la vérité opposée qu'ils ne leur présentent que rarement, et encore sans l'onction et la conviction nécessaires. Ils ont, en outre, coutume de parler, à chaque occasion, du salut éternel comme si Dieu eût ordonné que celui qui veut être éternellement heureux, dût toujours être malheureux en cette vie.
Qu'il est naturel, dès lors, que les enfants, qui sont toujours touchés plus vivement du malheur présent, aient en horreiir des commandements qui semblent ne leur promettre qu'une vie malheureuse! Qu'il est naturel que celte aversion pour les commandements, s'étende jusqu'à celui qui en est l'auteur; puisque, par l'opinion fausse qu'ils ont de ses lois, ils doivent s'imaginer qu'il se réjouit des souffrances de ses créatures , et qu'il ordonne de mener une vie misérable sur la terre pour pouvoir obtenir le salut éternel. Vous parlerez en vain de la bonté de Dieu et de ses récompenses éternelles à des enfants imbus de cette erreur. La vie présente est l'éternilé de l'enfant ; quant à l'éternité dont vous leur parlez, ils sont aveugles et sourds, et il esta craindre que, dans la suite, ils ne le demeurent, si vous ne vous hâtez de leur donner
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des idées justes et pratiques sur la félicité temporelle, sur ce qui la constitue, et sur le rapport étroit qu'elle a avec la félicité éternelle. Ces connaissances, qu'ils seront plus à même de comprendre par ces idées sur le bonheur en général, vous ne serez toutefois en état de les leur donner et de les leur faire saisir que si vous en éles pénétrés vous-mêmes, en en donnant des preuves dans toutes vos actions, sans préparation ni efforts de votre part. (§ il).
L'opinion erronée qui fait considérer les commandements de Dieu comme un joug insupportable dont l'exemption rendrait heureux, doit son origine aux personnes lâches, sensuelles et irrélléchies, et aussi, en partie, à la difficulté qui, au commencement, se fait sentir dans l'observation de ces commandements. Plus de réflexions sur la sagesse et la bonté de Dieu et sur l'influence que chaque commandement de Dieu en particulier a sur leur bonheur, les convaincront que Dieu n'a rien commandé qui ne soit un moyen indispensable pour arriver à la vie éternelle. Pour celui qui est bien pénétré de cette vérité, la difficulté qui se fait sentir dans l'observation des commandements de Dieu, sera la preuve la plus évidente de leur nécessité et de leurs avantages. En effet, il considérera que notre raison, si bornée et souvent aveuglée par la concupiscence, est trop déchue pour employer d'eliemême des moyens de salut si opposés à la chair, et que, sans la révélation des récompenses et des punitions éternelles, noire volonté (supposé même que la raison eût compris que ces moyens sont les plus efficaces) ne pourrait surmonter que difficilement la concupiscence récalcitrante. N'arrive-t il pas en effet très-souvent que , malgré les lumières do la révélation et la certitude des promesses et des menaces divines touchant l'observation de ces lois , la raison et la volonlé sont vaincues par la concupiscence?
Prësenler aux enfants les commandements de Dieu sous ce point de vue, et en parler toujours, tant à i'ëcole que hors de l'école, de telle manière qu'ils coniractent l'habitude de les regarder pour ce qu'ils sont en réalité, c'est-à-dire, indispensables et comme le plus grand bienfait : c'est là un des moyens les plus efficaces de les porter à l'observation de ces commandements. Je dis un des moyens; car, pour que les grands motifs des récompenses et des punitions produisent un elFet conforme à leur but, il faut que ie sentiment et le désir d'une parfaite félicité, et tout l'ensemble des moyens pour y parvenir, leur soient inculqués.
§ ccxv.
2° Des diiiérentcs sortes de récompenses ou Je puiiilioas dont Dieu nous donne des exemples.
Dieu se sert de deux sortes de récompenses et de punitions temporelles pour nous porter à observer ses commandements y savoir : des naturelles et des positives. — Profonde sagesse de Dieu dam rétablissement des peines naturelles.
Dieu étant le créateur et le père de tous les hommes, savait que le combat contre la chair est trop violent pour l'homme corrompu, et que le présent l'emporte trop en lui sur un avenir éloigné, pour que la foi seule à une vie future dont il ne peut encore se faire une idée, fût un motif assez puissant pour le résoudre à sacrifier, en vue de cette vie, un présent si attrayant, et cela aussi souvent que l'exigent les commandements de Dieu.
Ce bon Père a donc disposé les choses d'après notre faiblesse , de manière que toutes nos intentions et nos actions droites eussent de bonnes et agréables suites,
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même sur cette terre, et qu'au contraire les répréhensibles fussent toujours accompagnées de mauvaises suites. Par exemple, l'accomplissement du commandement de la tempérance donne la jouissance d'une bonne santé et d'une vieillesse agréable; la pratique de la douceur produit un très-grand calme d'esprit, et l'affection de ceux qui nous entourent; l'amour de la vérité a pour récompense la paix intérieure et gagne la confiance des autres; l'intempérance, au contraire, engendre les maladies; l'envie et la haine agitent l'esprit et rendent odieux ; la fourberie est toujours suivie d'inquiétude, de trouble et inspire la défiance aux autres. Or, ce sont de telles suites que nous nommons des récompenses et des punitions naturelles.
Tant que ces suites sont reconnues comme inévitables, elles ont quelque puissance sur l'homme, même sur le plus faible. Quoiqu'on puisse les reconnaître toutes plus ou moins facilement, cependant les plus frappantes même exigent toujours quelque réflexion avant de pouvoir être regardées comme suites de telle ou telle action, de tel ou tel vice. Elles ne sont pas «on plus si immédiatement et si étroitement jointes aux inclinations du cœur et aux actions, qu'il n'y ait toujours entre elles et leurs suites un intervalle suiUsant pour que l'homme puisse consulter sa conscience, réfléchir et s'examiner. S'il en était autrement, c'est-à-dire, si les actions ou les affections bonnes ou mauvaises étaient toujours immédiatement suivies de leurs récompenses ou de leurs punitions, la soumission de l'homme aux commandements divins ressemblerait à l'instinct aveugle des animaux. Par exemple, chez un chien de chasse, l'instinct de poursuivre les poules et des coups de fouet qui s'en suivent, sont deux sensations si étroitement unies (jue , poussé par son instinct, il pressent déjà les
coups qu'il recevra s'il s'y livre; en conséquence il se retient.
Or, puisque Thomme, créé à l'image de Dieu, doit être préparé sur cette terre à un bonheur éternel, il était de la sagesse divine de régler les suites temporelles agréables et désagréables de ses affections et de ses actions, suites que Dieu y a attachées pour venir en aide à la faiblesse humaine; de les régler, dis je, de telle manière que, rarement elles en dépendissent immédiatement; car, par là, l'âme peut d'ordinaire réfléchir librement sur ses actions et leurs suites, par conséquent, elle fait usage de ses deux plus nobles facultés : la raison et la liberté, appelée aussi libre^ arbitre,
§ CCXVI.
4* Les récompenses et les punitious naturelles établies par Dieu , produisent peu d'effet en trois circoDStauces.
Il est évident que les suites des bonnes ou des mauvaises actions doivent exercer certaine influence sur la liberté ou volonté, sans toutefois la contraindre, et donner de l'activité à l'entendement; et, d'un autre côté , ces facultés de l'âme se développant trèsinégalement, il s'ensuit que l'effet produit par les suites des actions, n'est pas le même chez tous les individus.
1° U y a toujours eu et il y aura toujours des hommes qui, faute de réflexion, ne reconnaissent pas plusieurs de ces suites telles qu'elles sont, ou qui n'en conçoivent pas l'influence sur leur bonheur temporel, et sur lesquels, par conséquent, ces suites ne produisent aucun effet. Par exemple, il y a des personnes que l'intempérance fait retomber sans cesse dans des maladies qu'elles attribuent à toute autre cause. Le riche orgueilleux s'aperçoit bien que sa conduite le rend
insupportable aux hommes ; mais il dit pour se justifier : Je me moque des hommes, etc., faisant assez voir par là qu'il ne comprend pas dans toute son étendue l'influence qu'exerce cette aversion sur son bonheur temporel, et qu'il ne considère que les jouissances que lui procure son argent, sans réfléchir sur ce dont il doit se passer par suite de ce défaut d'attachement de la part des hommes, entre autres de ceux qui, par intérêt, le servent ou le fréquentent.
2° Il y en a qui, à la vérité, reconnaissent les suites naturelles de certains sentiments ou de certaines actions, telles qu'elles sont réellement, mais sur lesquels cette connaissance ne fait pas assez d'impression, n'étant pas assez profondément convaincus de l'eff'et de ces suites sur eux, ou étant encore sous l'influence de certains désirs ou de certaines passions. Par exemple, quelques-uns peuvent avoir trop peu de sentiment d'honneur ou trop de penchant pour la boisson , pour que le mépris de leur épouse, de leurs enfants et de toute leur famille, quelque évident qu'il soit, l'emporte sur ce penchant. De même chez quelques-uns la paresse peut être si grande, ou le désir de pouvoir suffire à leur entretien si faible, que les preuves les plus palpables des suites de ce vice ne sont pas assez fortes pour les décider à le combattre.
7)" 11 y en a qui, quoiqu'ils connaissent les suites bonnes ou mauvaises de leurs actions et de leurs sentiments, ne se corrigent pas néanmoins, parce qu'ils espèrent obtenir les premières et échapper aux dernières par la dissimulation et l'hypocrisie. Par exemple , tel sait que la négligence et l'infidélité relativement à des choses mises en dépôt, font naître une défiance très-nuisible à son bonheur; qu'au contraire, la vigilance et la fidélité lui attirent la confiance qui le rendrait heureux; il espère cependant échapper à ces suites fâcheuses, en niant son infidélité
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et sa négligence, ou en rejetant le tout sur autrui; il espère jouir des suites agréables en cherchant à masquer sa négligence et son infidélité par un faux zèle, par la flatterie et l'hypocrisie.
§ CCXVIÎ.
S" Dieu se sert non-seulement des récompenses et des punitions naturelles , mais encore des positives en deux circonstances.
Nous appelons récompenses et punitions positives celles que Dieu emploie lorsque les naturelles ne font pas assez d'impression. L'Écriture nous en fournit plusieurs exemples. Ainsi le trouble d'esprit et l'inquiétude dont Gain fut en proie avant et après son fratricide, sont naturellement en rapport avec son envie et le crime qui s'ensuivit : ce sont des suites naturelles; mais que la terre refuse de produire des fruits pour lui, comme Dieu le lui avait prédit en punition de son crime : c'est une punition qui n'est nullement une suite naturelle de l'intention et de l'action de Gain : c'est ce que nous nommons punition positive.
fl paraît que Dieu a usé de récompenses ou de punitions positives dans des circonstances où les naturelles eussent suffi pour l'amendement du coupable, et où les suites de son action devaient être rendues publiques pour un motif ou l'autre. Ainsi en usa-t-il à l'égard de son fidèle serviteur Moïse qui, dans une circonstance, manqua un peu de foi; il lui infligea une punition positive qui dut paraître fort dure aux Israélites, bien que nous devions croire que les suites naturelles de sa faute, le repentir et le trouble de sa conscience, eussent été assez forts pour la lui faire pardonner ; mais , comme la faute fut commise devant tout le peuple, et devant un peuple
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qui , à cause de sa grossièreté , ne se serait pas douté de cette punition secrète et intérieure, et en outre, ce manque de foi, s'il n'avait pas été puni d'une manière sensible, pouvant avoir des suites fâcheuses , vu le penchant de ce peuple à l'incrédulité, il fallait une punition positive. — L'histoire de David nous fournit le même exemple.
La loi de Dieu donnée à Moïse établit des punitions positives; par exemple, la lapidation des enfants indociles ; et , si maintenant Dieu n'inflige plus de ces punitions temporelles positives avec autant d'éclat que sous l'ancienne loi, nous ne devons cependant nullement douter que les hommes ne doivent en tout temps les craindre de sa justice et de sa sagesse infinies et immuables. La craindre de ces punitions est toujours le plus puissant motif d'accomplir leurs devoirs pour ces hommes sur lesquels ni les suites éternelles ni les suites naturelles et inhérentes à leurs actions, ne font pas assez d'impression , parce qu'elle leur prouve que Dieu est présent partout, qu'il voit tout, qu'il sait tout, et qu'il est tout puissant, que, par conséquent , tout espoir de pouvoir cacher leurs actions et de pouvoir échapper aux châtiments par la ruse et l'hypocrisie , est chimérique.
§ CCXVïlï.
6" Que nous devons, autant que possible, tâcher d'imiter Dieu dans sa sa manière de punir et de récompenser.
Puisque nous devons ^ autant que possible, imiter Dieu en tout , nom devons faire le même usage que lui des punitions et des récompenses tant naturelles que positives, — Pour agir convenablement , nous ne devons pas perdre de vue les qualités qui constituent le caractère des enfants.
Puisque la conduite de Dieu est le modèle d'après lequel nous devons nous diriger en tout et par conséquent aussi dans l'éducation des enfants , nous avons considéré dans le paragraphe précédent , comment Dieu, le plus sage des pères, se sert des récompenses et des punitions pour conduire les hommes dans la voie du salut éternel. Or , notre devoir le plus essentiel étant d'avoir de la ressemblance avec Dieu , et celte ressemblance étant la mesure de notre bonheur temporel et éternel, nous devons donc nous conduire d'après ce divin modèle dans l'accomplissèment de notre emploi. Nous avons vu comment par des récompenses et des punitions, soit naturelles, soit positives, il nous maintient dans la pratique du bien : la lâcheté nous empêchant d'agir uniquement en vue des récompenses éternelles, il nous conduit ainsi comme par degré jusqu'à ce qu'elles deviennent le principal mobile de nos actions. Il nous reste encore à démontrer comment nous devons l'imiter en ce point; mais, pour rendre la chose plus claire, nous devons d'abord faire une observation relative au caractère des enfants.
Les enfants deviennent peu à peu de petits hommes, sans qu'on puisse fixer l'époque où ils devront être