‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 139 sur 156 · M A M] EL · texte numérisé non relu

M A M] EL

considérés comme tels. Les plus petits enfants diffèrent des hommes seulement : 1" par la délicatesse de leurs sens qui les rend d'autant plus impressionnables ; 2° par leur peu d'intelligence qui provient du défaut d'expérience et de développpement; 5° par leur dépendance des hommes d'un âge mûr auxquels ils sont confiés à cause de leur faiblesse et de leur inexpérience. Or, cette dépendance doit, selon l'ordre de la divine Providence, tendre à leur plus grand avantage; et elle y tend, en effet, quand leur désir de plaire aux hommes dont ils dépendent et leur penchant naturel à l'imitation , sont mis habilement à profit pour former de bonne heure leur cœur à la vertu par l'instruction et par les exemples; au contraire, cette dépendance tendra à leur perte, si les exemples qu'ils voient ne s'accordent pas avec les préceptes qu'on leur inculque , ou quand les uns et les autres sont mauvais.

Mais, ce qui arrive le plus communément, c'est de ne pas tirer parti ou même d'abuser de leur penchant à l'imitation. La principale cause en est qu'au lieu de voir dans les enfants l'homme en petit, on les regarde comme s'ils étaient des êtres d'une tout autre espèce , qui , de tout ce qu'ils voient ou entendent, ne comprennent et ne retiennent que ce que les grands veulent. C'est pour la même raison qu'on fait si peu attention aux discours et aux actions qu'on se permet en leur présence , et que les parents et les instituteurs comprennent si peu combien il est nécessaire d'être ou du moins de se montrer devant les enfants tels qu'on voudrait les voir devenir (§ 73). Ainsi, pour peu qu'on y fasse attention, on remarquera combien les enfants sont sensibles aux impressions qu'ils ressentent, insensibles à celles qu'on leur montre dans l'avenir, et, enfin, enclins à l'imitation; que, par conséquent , on peut les toucher bien plus vivement

par des exemples qui les concernent actuellement que par des instructions qui ne leur parlent que de Favenir; et que les exemples s'impriment beaucoup plus facilement et plus fortement dans leur cerveau que les instructions, et y laissent, par la fréquente répétition, des traces beaucoup plus profondes; des traces qui même dans un âge plus mûr, lorsque le cerveau moins mol n'est guère si susceptible de nouvelles impressions, sont difficile à effacer. Enfin l'expérience prouve que des vieillards mêmes, qui ne sont plus en état de se souvenir d'une chose arrivée récemment, se rappellent encore vivement les événements de leur enfance et les impressions qu'ils leur firent éprouver.

La disposition que nous venons de mentionner, produit chez les enfants, à l'égard des suites éloignées de leurs sentiments et de leurs actions, la même insouciance et la même indifférence que bien des hommes montrent à l'égard des récompenses et des punitions éternelles : delà il résulte évidemment que, d'après l'exemple que nous donne la sagesse divine dans sa manière de récompenser et de punir, nous devons nous efforcer de rendre les suites temporelles d'autant plus frappantes pour les enfants, afin de les disposer à des sacrifices actuels et de les rendre de la sorte, peu à peu, attentifs aux récompenses éternelles (§ 79). Mais, pour que nous comprenions mieux de quelle manière nous pouvons, à cet effet, nous servir le plus utilement des récompenses et des punitions soit positives, soit naturelles, nous traiterons des unes et des autres séparément.

3at) MArsiJÉL

Page 1