‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 140 sur 156 · II. Des récompenses et des punitions positives. § CCXIX · texte numérisé non relu

II. Des récompenses et des punitions positives. § CCXIX

l" On doit s'en servir modérémeat.

Beaucoup de personnes ont fréquemment recours aux récompenses et aux punitions positives , elles ont tort : on doit en faire un usage modéré, puisqu'il est difj^cile de bien les choisir, et qu'elles ne corrigent pas foncièrement; toutefois il est surtout trois circonstances gui en exigent l'emploi.

L'usage fréquent des récompenses et des punitions positives peut être attribué en partie à l'ignorance et aussi en partie aux motifs suivants : elles sont les plus aisées pour ceux qui se laissent dominer par leur amour-propre; pour le paresseux, parce qu'elles lui épargnent le travail de la réflexion; pour l'homme sévère, parce qu'elles s'accordent le mieux avec ses dispositions intérieures ; pour l'impatient j parce qu'elles sont les plus propres à produire immédiatement un effet extérieur.

Ne les employez que très-modérément et toujours avec réflexion : a) puisqu'il est difficile d'imiter dans leur usage la conduite de Dieu. La difficulté principale concerne surtout le choix dont dépendent les effets salutaires ou nuisibles ; nous traiterons plus loin de ce point. Bornons-nous à donner simplement un exemple du fâcheux résultat d'un mauvais choix. Souvent on emploie, comme punitions, des choses qui en elles-mêmes sont très-avantageuses au salut éternel et qui doivent paraître aux enfants comme quelque chose de bon et de vénérable, par exemple, la prière, l'empressement à rendre aux autres des services de charité, etc.; tandis que, pour récompenses, on choisit des choses qui en elles-mêmes sont nuisibles au salut , et dont, par conséquent , on devrait tâcher de détourner

leur cœur, par exemple, l'oisiveté, la parure, les friandises, etc. : un tel choix est d'autant plus dangereux que ce qui a élé pour les enfants une récompense leur devient cher et agréable, tandis que ce qui leur a servi de punition , leur devient odieux et désagréable.

Cela s'explique par la disposition de notre âme. Lorsqu'elle a éprouvé fréquemment à la fois deux ou plusieurs sentiments, ils s'unissent si fortement dans notre mémoire que, quand dans la suite nous en éprouvons un seul, les autres se représentent aussitôt à notre esprit. Par exemple, l'aspect d'une demeure dans laquelle nous grandîmes sous les yeux de parents chéris, d'une cour dans laquelle nous nous récréâmes si souvent, ne fait-il pas sur nous une impression des plus agréables? Ces lieux, quoique habités par d'autres personnes et dépourvus d'ornements extérieurs, nous charment encore bien des années après : or, qu'est-ce qui en rend Taspect si attrayant? Le souvenir des plaisirs purs et innocents que nous y avons jadis goûtés; celte vue renouvelle le sentiment éprouvé alors par notre âme.

L'idée de la récompense a pour les enfants quelque chose de joyeux et d'important qui s'attache à toute circonstance qui a quelque rapport avec cette idée. Elle a quelque chose de joyeux à cause du privilège qu'elle leur donne, et à cause du contentement qu'elle leur procure et qu'eux-mêmes procurent à d'autres ; elle a quelque chose d'important, car ce qu'ils reçoivent pour récompense leur paraît toujours supérieur à ce qui leur a mérité une récompense. De même l'idée de la punition a pour eux quelque chose de triste et d'important qui s'attache à toute circonstance qui a quelque rapport avec cette idée. Elle a quelque chose dé triste à cause de la peine qu'elle leur occasionne et à cause du mécontentement qui

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en résulte, et pour eux, et pour les autres; elle a quelque chose d'important, car ce qui sert à punir leur paraît toujours un plus grand mal que celui pour lequel ils sont punis. De là on peut conclure qu'employer pour les récompenser des choses qui leur sont indifférentes ou même désagréables, c'est un moyen efficace de les y attacher ; tandis qu'en leur donnant pour punitions des choses qui leur sont indifférentes ou même agréables, on les en dégoûtera.

bj On doit s'en servir modérément, parce que, comme suites arbitraires, elles ue répondent pas au but des punitions, en inculquant aux enfants de bounes et constantes inclinations; au contraire, quand elles ne sont pas bien appliquées, elles contrarient ce but. En effet, puisque les enfants observent que ces sortes de récompenses et de punitions sont la suite de leurs sentiments et de leurs actions, seulement lorsque leurs supérieurs les jugent et les considèrent comme bons ou mauvais; il s'ensuit que ces récompenses et ces punitions ne font guères que les exciter à montrer les bons sentiments et à cacher les mauvais, à faire de bonnes actions et à s'abstenir de mauvaises , pour autant qu'ils sont observés par leurs supérieurs, et qu'ainsi elles les rendrent flatteurs et hypocrites.

§ ccxx.

l" Trois circonstances dans lesquelles elles conYiennent.

Les récompenses positives ne sont pas tout à fait inutiles; il y a des circonstances dans lesquelles elle* sont indispensables, ou du moins très-utiles.

i" Tontes les fois que les récompenses et les punitions naturelles ne suffisent pas pour corriger les enfants, sans y joindre quelque chose d'arbitraire , qui consiste dans les dispositions et les circonstances dont on profite pour rendre efficaces les suites naturelles.

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2" Toutes les fois qu'il s'agit de produire promptenient un effet remarquable et que les récompenses ou i les punitions naturelles ne peuvent le faire. Par exemple, a) quand des enfants ont des habitudes qui pourraient devenir nuisibles au corps el à l'âme si on ne les en délivrait pas proraptement.

b) Quand par indocilité ou opiniâtreté ils pourraient se nuire à eux-mêmes, ou nuire à d'autres, si on ne

i les corrigeait pas incontinent.

c) Quand il s'agit d'engager des enfants à entreprendre quelque chose dont les commencements sont difficiles et rebutants, mais qui, après quelque exercice, doit leur devenir si agréable qu'ils n'auront plus besoin des récompenses qu'on y avait attachées pour quelque temps : les éléments de la lecture et de l'écriture sont de cette catégorie.

5*» Toutes les fois que la conduite d'un enfant peut troubler la classe, ou du moins nuire à l'instruction , si on ne le punit pas d'une manière positive. Par exemple, quand un enfant manque de respect envers le maître ou qu'il refuse opiniâtrement de lui obéir; car l'autorité du maître pourrait être compromise, si cet indocile n'était pas puni d'une manière sensible; ou quand un enfant par sa pétulance, ses disputes, etc., trouble tellement le repos que l'instruction des autres en souffre, etc.

Les récompenses positives peuvent être aussi trèsutiles lorsqu'elles donnent lieu d'éviter l'usage des punitions positives.

III, Des récompenses et des punitions naturelles, § CGXXI.

i* Leurs avanlages quand on sait en tirer parti.

En général, on s'en sert peu ou du moins on ne s en sert pas assez avantageusement; cependant ^ lorsqu'elles sont suffisantes, elles sont préférables aux positives, puisqu'elles ne sont pas sujettes à être mal choisies , et qu'elles corrigent foncièrement.

Il est triste qu'il y ait si peu d^instituteurs et de pédagogues qui , pour diriger les inclinations des enfants, sachent d'une manière convenable tirer parti des suites naturelles des actions, que nous désignons sous le nom de récompenses et de punitions naturelles. D'ordinaire on s'en sert seulement pour faire craindre ou désirer un avenir pour lequel les enfants sont tout à fait indifférents. Il arrive souvent qu'en s'en servant de cette manière, on commet de grands abus; car on ne se contente pas, par exemple, de dire aux enfants: si vous trompez ou si vous mentez , bientôt toute confiance en vous sera perdue; le contraire aura lieu si vous êtes justes et sincères, ou d'autres choses analogues qu'on peut dire sans blesser la vérité; mais on a coutume de leur représenter comme suites de la justice et de la sincérité plusieurs avantages, plusieurs dommages faux et même entièrement impossibles. Par cet abus on ne détruit pas seulement la faible impression que la représentation de choses à venir fait sur eux, mais on les expose même à des entreprises dangereuses, à des erreurs et à des doutes. Par exemple, si les enfants ne voient pas ces heureuses conséquences qu'on leur représente d'une manière si exagérée, soit dans leurs instituteurs , soit dans d'autres personnes qu'ils considèrent comme vertueuses , ils

doivent douter, ou de la vérité de ce qu'on leur enseigne , ou des vertus de ceux dans lesquels ils ne les rencontrent pas.

Pour que la connaissance des suites de nos sentiments et de nos actions leur devienne utile, il faut qu'elle soit conforme à la vérité et sans exagération; autrement cette connaissance ne produira aucun effet réel, tant que les enfants verront seulement dans le lointain ce qu'elle leur promet ou ce dont elle menace. Les suites naturelles des actions et des sentiîiments n'exercent une véritable influence sur les enfants que quand ils les considèrent comme empêchements ou moyens de parvenir actuellement au bonheur. Celui donc qui sait s'en servir si utilement que les enfants sentent qu'ils sont réellement punis ou récompensés par elles, a trouvé le meilleur et le plus sûr moyen de diriger leurs inclinations et d'atteindre ainsi le but des récompenses et des punitions; 4" parce qu'elles ne sont pas sujettes au mauvais choix de l'homme ni à son arbitraire, ayant été établies par Dieu même; 2" parce qu'elles ont une liaison permanente avec les sentiments et les actions dont elles sont les suites. Comme les enfants ne doivent pas seulement s'attendre à ces suites pendant le temps qu'ils sont sous une direction et une discipline particulière, ni en tant que leurs surveillants observent et jugent leurs sentiments et leurs actions, mais qu'ils doivent s'y attendre en tout temps et en toute circonstance , ils apprendront bientôt qu'ils ne peuvent échapper aux punitions naturelles ni participer aux récompenses du même genre, que pour autant qu'ils évitent ou qu'ils fassent toujours ce qui a de telles suites.

Sans doute il se peut que l'idée leur vienne , et qu'en la suivant ils réussissent quelquefois, de se servir du mensonge ou de l'hypocrisie pour échapper à une suite fâcheuse et s'en procurer une agréable;

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