CCXXVI
force des pendianls vicieui et faiblesse de l'impression produite par les
suites.
Les penchants vicieux doivent être rectifiés, ou ïimpression produite par les suites doit être rendue plus forte.
Lorsque les enfants aperçoivent bien les suites
naturelles , mais sans qu'elles fassent grand effet sur eux , il faut tacher de rendre plus forte Timpression qu'elles produisent. Mais comment y parvenir? car au premier abord il paraît ridicule de vouloir donner aux suites naturelles plus d'impression qu'elles n'en ont naturellement, sans les changer en suites arbitraires. 11 est certain que vous ne pouvez corroborer les suites en elles-mêmes, mais bien affaiblir et même faire disparaître les obstacles qui s'opposent à leur effet; ou du moins vous pouvez souvent contribuer beaucoup à obtenir ce résultat. C'est donc sur les obstacles que nous devons porter notre attention : ils consistent en ce que certains penchants vicieux sont trop forts en eux, ou que l'impression produite par certaines suites est trop faible : dans le premier cas il faut affaiblir le penchant; dans le second, rendre plus forte l'impression produite par ces suites.
GoHiiHent on doit affaiblir les passions.
Le meilleur moyen pour affaiblir certains penchants, c'est d'éloigner les enfants, autant que possible, des occasions où ils sont tentés. Il faut agir ainsi par rapport à la colère, au désir de vengeance, à la passion pour les boissons enivrantes. Si le penchant vicieux augmente assez fortement, il faut avoir recours à des récompenses ou à des punitions positives pour l'affaiblir ou l'extirper. C'est ce qui doit surtout avoir lieu relativement à la paresse, parce que ce vice, en paralysant pour ainsi dire l'âme, est propre à éteindre toute son activité; d'où il résulte que les paresseux prennent des résolutions sans jamais en venir à l'exécution , à moins qu'ils ne soient mus par des causes: sensibles plus puissantes. (
Comment on doit rendre plus forte l'impression produite par les suites.
C'est par des exemples qu'on peut surtout montrer
comment on peut obtenir que les suites d'une action fassent impression et même en produisent une forte.
Le sentiment des jouisances et des peines qu'éprouve \e cœur vertueux n'est dans certains enfants , surtout à la campagne, que très-faible, comme le prouvent leurs discours et leur conduite. Cependant il est trèsimportant qu'il soit développé de bonne heure en eux ; Icar, 1" il est en général un mobile très-puissant pour les porter au bien et pour les éloigner du mal; ±' plus le sentiment des jouissances et des peines qu'éprouve le cœur vertueux est développé, plus l'homme devient peu à peu capable de s'élever au sentiment des jouissances et des peines faites à Dieu même, et de parvenir enfin au point que le bon plaisir et la volonté de Dieu, soient le mobile principal de toutes ses actions; 3° la joie ou la peine du juste est la seule suite prochaine de plusieurs bonnes ou mauvaises qualités qui sont évidemment des récompenses ou des punitions, par exemple, de la complaisance, de l'honnêteté , de la propreté , du manque de complaisance, de la grossièreté, etc. Lorsqu'un enfant «nclin à manquer de complaisance, etc., n'a pas du tout ou n'a que très-peu de sentiment pour la peine qu'il occasionne par là à son prochain , on espérera en vain de le porter à s'amender en lui faisant remarquer cette suite, si l'on ne cherche d'abord à éveiller et à fortifier ce sentiment.
Or , comment pourrrai-je le faire? Je dois chercher à vivifier le sentiment trop faible résultant de la suite immédiate, par la considération des suites médiates ou éloignées, c'est-à-dire, je dois réfléchir si cette suite qui ne touche pas l'enfant, ne produit peut-être pas des effets auxquels il est plus sensible. — Par exemple, déplaire aux autres doit naturellement avoir pour effet que ceux à qui l'on déplaît ne ressentent etlplus aucune inclination pour nous servir, nous faire
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plaisir, nous* avoir près d'eux; de là diverses conséquences qu'on peut faire comprendre aisément à tout enfant, et qui, lorsqu'on démontre leur liaison avec leur cause, c'est-à-dire, avec le déplaisir qu'on a produit, donneront certainement plus de force et d'influence à rimpression résultant de cette suite.
Mais il îàiû bien faire en sorte en ceci que ce I qu'on fait sentir à l'enfant comme une suite du plaisir " ou du déplaisir qu'il occasionne, ne lui paraisse pas comme une récompense ou une punition arbitraire, ou même comme une vengeance. Par exemple, lorsqu'on veut exclure de certaines récréations un enfant malpropre, il faut lui parler avec affabilité à peu près en ces termes : « Je regrette de ne pouvoir vous laisser prendre part à cette récréation. Je souffrirais volontiers l'effet désagréable que vous produisez par votre malpropreté, pour vous accorder cette récréalion, quoique vous me déplaisiez par votre malpropreté et surtout par votre indifférence pour le mépris des autres qu'elle vous attire; mais, mon cher ami, si je puis consentir à sacrifier ainsi mon propre plaisir, je ne puis vous sacrifier le plaisir et la commodité de vos condisciples : à cause donc de la répugnance que vous inspirez, vous ne pouvez nous accompagner. »
Déplaire aux autres produit un second effet; à savoir qu'on n'aime pas à recevoir des services de ceux qui déplaisent. Comme il est fort à désirer que les enfants apprennent de bonne heure à être utiles au prochain, il serait surtout très-avantagèux sous ce rapport d'exclure avec discernement les enfants chez lesquels cette qualité d'aimer à rendre de petits services n'est pas encore développée , afin d'éveiller en eux le sentiment qui y est attaché. Ainsi, lorsque l'occasion s'en présente, par exemple, lorsqu'on a un objet ou l'autre à envoyer à quelqu'un , on
pourrait dire : « Enfants, j'aimerais bien d'envoyer un d'entre vous pour porter cet objet. Quant à N. et à N. je n'oserais pas les envoyer, car ils déplaisent à tout le monde par telle ou telle mauvaise qualité, et, lorsqu'on envoie quelque chose à un ami, on n'aime pas à diminuer ainsi de gaîté de cœur le plaisir qu'il doit en éprouver. François, je vous eu chargerai , parce que je sais que vous ne déplaisez pas à mon ami. » — « Non, Pierre, (pourrait dire l'instituteur une autre fois) , je ne puis vous permettre de montrer les lettres aux petits, car on ne peut supposer que personne soit reconnaissant pour un service rendu par quelqu'un qui déplaît. » — Non , Herman, je ne pourrais plus vous confier la charge de laver la classe; car quiconque ne se soucie pas de plaire à son prochain , ne fait jamais rien comme il faut; il ne manque pas ici d'autres enfants qui ' sauront apprécier le bonheur de s'attirer la bienveillance du prochain en lui rendant quelque service : ceux-là y trouveront aussi plus de plaisir, etc. » Ce qui est dit dans cet exemple peut s'appliquer à tous les cas semblables.
Troisième obstacle*
§ CCXXVII.
L'espoir de se (irer d'affaire par riiypocrisie et !e Diensonge.
Il faut veiller soigneusement à ce que les enfants ne contractent pas l'habitude de mentir, ou à ce qu'ils s'en défassent, s'ils Vont déjà contractée.
Pour faire disparaître *cet obstacle, vous devez toujours vous opposer au mensonge et à l'hypocrisie. Outre ce qui a déjà été dit, § 60, par rapport à la laideur de ces vices, on comprendra combien il est important de les extirper si l'on considère: l"que, sans parler des suites éternelles, toute suite tempo-
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relie bonne ou mauvaise est dépourvue de toute force motrice sur ces hommes qui espèrent par l'hypocrisie et le mensonge se procurer des récompenses et échapper aux punitions. Ceci démontre en môme temps combien il est important de graver de bonne heure dans le cœur des enfants les motifs immuables qui peuvent être déduits de la présence de Dieu et de se» châtiments éternels, et de les rappeler chaque fois que l'on parle des châtiments temporels , de manière que ceux-ci servent à leur donner une idée de ceux-là; c'est ce qui aura lieu si on leur montre les uns dépendants des autres. — De cette manière les éternels feront plus d'effet sur eux que si Ton se bornait à les leur faire connaître ; 2° que les enfants qui réussissent à se tirer d'affaire par l'hypocrisie et le mensonge sont exposés n embrasser des erreurs pernicieuses. Par exemple, lorsqu'un enfant peut souvent s'attirer Tapplaudissement de l'instituteur et d'autres suites agréables de l'application, en faisant faire par un autre le devoir qu*il doit faire lui-même; ou s'il parvient souvent à se soustraire aux suites désagréables de l'inapplication en lisant en cachette la réponse qu'il doit donner, eic, ne doit-il pas croire que ce n'est pas tant l'application ou l'inapplication que l'apparence qui attire les suites agréables et désagréables?
C'est assez sur la nécessité de vs'opposer dès l'enfance à l'hypocrisie et au mensonge; j'eusse cependant voulu m'étendre encore sur ce sujet pour en réveiller quelques-uns de leur apathie si nuisible, et toutefois si générale, par rapport à ces vices; mais je dois me contenter de ce qui précède, afin d'ajouter quelques mots sur la manière de prév*enir ces vices chez les enfants et de les en corriger.
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§ CCXXVIÏI.
Coranieiit on peiU empêcher les enfants de coiUracter l'habitude du mensonge k de rhypocrisie.
Pour prévenir ces vices, il faut tâcher d'éloigner soigneusement tout ce qui peut les produire, ou dn moins de les rendre le moins nuisibles qu'il vous seja possible. Il est si naturel de dire une chose telle qu'on la sait, de se montrer tel que l'on est, que personne ne prétendra que les enfants sont naturellement enclins au mensonge, comme ils le sont à la colère, à la paresse ou à d'autres défauts qui dépendent en grande partie de leur tempérament. On en a une preuve évidente dans l'ingénuité si aimable des petits enfants qui découle de leur penchant naturel à tout montrer, à tout dire. L'exemple des personnes plus Agées sera certainement toujours le premier instituteur des en*hnts dans l'art du mensonge et de l'hypocrisie. Ils entendent souvent leurs domestiques, leurs voisins et malheureusement aussi quelquefois leurs parents, se consulter et se concerter pour tromper l'un ou l'autre par le mensonge. Souvent même on va jusqu'à leur recommander d'en faire autant : de cette manière on les y habitue avant même qu'ils sachent que c'est mal faire.
Sans doute il ne dépend pas de vous, chers instituteurs, de préserver ces pauvres petits de tous les mauvais exemples qu'ils reçoivent de ceux qui les entourent ; tachez du moins de faire attention à ne pas leur en donner vous-mêmes; et, si cela vous arrivait contre votre volonté, vous devriez chercher à réparer le scandale que vous leur auriez donné. Par exemple, si quelqu'un vous disait en présence de vos élèves : Votre voisin vous prie de lui prêter tel ustensile, et que vous répondissiez par un mensonge, ce que les enfants sauraient, dites, aussitôt que vous vous
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apercevrez du mensonge : « Voilà que, par précipitation, j'ai menti; je découvrirai demain à mon voisin le véritable motif qui m'a empêcher de lui prêter cet ustensile ; » ou : « Je vais le lui envoyer tout de suite. » Par là, non-seulement vous réparerez votre faute, mais vous acquerrez en outre tant d'autorité et de confiance près de vos élèves, que votre parole fera plus d'impression sur eux qu'un grand nombre de preuves, ce qui est certes un bonheur inestimable pour un instituteur.
Vous devez de plus chercher à diminuer autant que possible l'effet de Texemple qu'ils reçoivent chez eux ou ailleurs. Dans une conversation cela pourrait se faire à peu près de la manière suivante : « Enfants, vous entendez probablement dire souvent : Fais semblant de telle ou telle chose, fais croire cela; mais sachez qu'en vous donnant ce conseil dans ces circonstances, les honnêtes gens ne veulent pas vous conseiller le mensonge ni l'hypocrisie dont nous par-^ Ions et qui déplaisent tant à Dieu; ils 'ne pensent bien souvent qu'à faire une inriocente plaisanterie. Quelques-uns aussi, tout en sachant que l'hypocrisie et le mensonge sont mauvais, faute d'instruction suffisante, n'en connaissent pas malheureusement toute la noirceur, aussi en éprouvent-ils beaucoup de dommage : car on n'a pas confiance en eux; c'est ce dont vous avez déjà pu vous convaincre vous-mêmes. Croirezvous de prime abord un camarade que vous entendez souvent mentir? — Celte défiance que le menteur excite a encore d'autres effets qui tout au moins sont des obstacles à son bonheur temporel, quoiqu'il ne connaisse pas la laideur du mensonge. Mais, si cette ignorance provient de sa propre négligence, elle sera aussi punie de Dieu dans l'autre monde. Quant à ceux qui, comme vous, instruits de bonne heure de l'horreur que Dieu a du mensonge et de l'hypocrisie, ne
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laissent pas de se livrer à ces vices, ils seront bien plus sévèrement punis. »
Les enfants sont encore initiés dans Tart de mentir et de feindre de plusieurs autres manières, surtout par des questions imprudentes, sujet que nous avons traité § 61.
§ CCXXIX.
CoiuDifiU on peut corriger les enfants menteurs el bypoerites.
Pour corriger les enfonts sujets à ces vices, il f^iut les avertir fréquemment de leurs mauvaises suites temporelles, et des suites heureuses des vertus qui leur sont opposées; c'est en même temps un très-bon moyen de prévenir ces vices.
Pour que cette leçon produise du fruit, il faut procéder comme il a été dit pour l'inattention, § 225. Il faut d'abord les faire réfléchir sur le mécontentement intérieur, sur les efforts et la timidité qui accompagnent toute espèce de dissimulation, et qui en sont les suites les plus prochaines; ensuite sur les fréquents affronts qu'ils s'attirent par là, sur la méfiance et le dégoût qu'ils inspirent aux autres ; et leur faire comprendre ces suites d'une manière sensible, comme il a été dit plus haut. Par exemple, il est très-commun chez les enfants de feindre d'être malades pour éviter le travail ou toute autre chose désagréable , et bien souvent on ne peut se convaincre si c'est de leur part sincérité ou dissimulation. C'est pourquoi il serait bon d'établir comme règle générale que les enfants fussent tenus à la diète, quelle que fût leur maladie, et, lorsque ce ne sont pas des enfants paresseux, de les faire rester un peu tranquilles ou même couchés : ce moyen étant dans plusieurs maladies le seul, et dans toutes un bon remède. Que les enfants aient de temps en temps peu à manger, cela ne leur nuit jamais, qu'ils soient
malades OU non; il ne leur serait même pas nuisible, lorsqu'ils ne se donnent pas de mouvement, déjeuner un jour entier, ils éviteront la dissimulation s'ils savent qu'ils ont toujours à attendre ce traitement. L'objection que par là les enfants pourraient être portés à cacher des maladies est d'autant moins importante pour des instituteurs et des parents attentifs, que les maladies où les enfants conservent un si bon appétit que, pour y satisfaire, ils cachent leur incommodité , et qui ne s'annoncent pas non plus par d'autres indices, ne sont que très-rarement graves et jamais si dangereuses que les maladies de l'âme , dont on les préserve par ce traitement.
Le cas se présente-t-il que des enfants ne sont pas portés à s'amender après avoir même reconnu les mauvaises suites de le»'r habitude de mentir, l'obstacle se trouve, ou dans une forte inclination vicieuse qu'on doit tâcher de diminuer (§2%), ou dans la faiblesse de l'impression que produisent les suites de la sincérité et du mensonge. C'est souvent le cas chez les petits enfonts, parce qu'il faut que déjà l'esprit soit développé à un certain degré pour être porté à se faire violence, par exemple, par la crainte d'exciter de la défiance ou par l'espoir d'inspirer de la confiance, l'une des suites naturelles les plus sensibles du mensonge et de la sincérité. Dans ce cas vous tâcherez, comme il a été dit § 228, de rendre plus forte cette impression, en mettant l'enfant dans le cas d'éprouver d'une manière sensible des effets de la confiance ou de la méfiance. C'est, par exemple, une suite naturelle de la confiance que des enfants véridiques inspirent, qu'on n'ait pas besoin de les observer si minutieusement que des enfants menteurs, ni de limiter autant leur liberté. On peut aussi , eu plusieurs circonstances, montrer beaucoup plus de confiance en ceux là qu'en ceux-ci; on a par là bien des
moyens de rendre plus forte Timpression que doit l'aire naître la confiance ou la méfiance. C'est ainsi qu'on pourrait fermer les armoires; faire attendre longtemps à un enfant menteur son déjeûner, son dîner, cîc. , et lui dire ensuite : « Yois-tu, c'est ce qu'on gagne en menlant, on ne s'attire qu'une trop juste méfiance. Si je ne fermais pas l'armoire, tu pourrais prendre trop, et tes mensonges m'empêcheraient de te secourir assez tôt. » Une autre fois on pourrait renfermer cet enfant lorsqu'on doit sortir (mais de manière qu'il puisse être secrètement observé par quelqu'un), et lui dire : « Tu pourrais aisément faire du mal par imprudence et le soupçon tomberait sur un autre, vu que tu n'es pas ordinairement sincère. » On pourrait aussi l'exclure d'une récréation et lui dire : « Je ne puis t'en laisser jouir, parce que, si tu occasionnais quelque dommage, je ne pourais le réparer; tu ne me dis jamais la vérité, par conséquent tu ne m'en ferais point part. »
Chez les enfants qui méritent d'être crus ou qui se corrigent, vous pourrez agir de même pour leur faire sentir combien sont agréables la confiance, l'estime et les autres suites de la sincérité. « Voyez, leur direz-vous, puisque vous vous corrigez maintenant et qu'en conséquence je puis avoir en vous une confiance d'autant plus grande que vous ne me direz pas de mensonge, j'oserai risquer de vous laisser aller seuls aujourd'hui à la récréation et de ne pas fermer l'armoire au pain, pour que vous ne deviez pas attendre si longtemps. ))
Mais vous ne devez faire d'abord que des essais avec des enfants qui commencent seulement à se corriger après une longue habitude du mensonge et de l'hypocrisie, et seulement lorsque vous pourrez apprendre secrètement , ou d'une manière quelconque, comment l'enfant s'est conduit.
Il faut faire sentir souvent et clairement de telles suites de l'estime et de la confiance aux enfants sur la sincérité desquels vous n'avez aucun doute. Cela sert à rehausser le sentiment du prix de la confiance et à en faire naître le désir, non-seulement dans le cœur de ces enfants, mais aussi dans celui des autres. ^
Si tous ces moyens ne suffisent pas encore pour désaccoutumer les enfants du mensonge , il est nécessaire, tant à cause du grand tort qu'ils se font à eux-mêmes, qu'à cause de l'exemple qu'ils donnent à leurs condisciples, d'en venir enfin aux punitions positives, môme aux plus sensibles; car il ne faut omettre aucun moyen pour les délivrer de ces vices.
Outre ce que nous venons d'ajouter ici au § Gl, notez encore ce qui suit.
1° Plus il est difficile d'extirper chez les enfanls l'habitude du mensonge , plus vous devez lâcher de les en préserver.
2° Comme cette habitude ne vient jamais plus vite ni ne s'extirpe plus difficilement que quand le mensonge leur réussit souvent (§ 61), vous ne pouvez être trop soigneux à empêcher qu'il n'en soit ainsi.
ô" Plus un enfant a été menteur, plus vous devez avoir d'indulgence pour ses autres défauts, dès qu'il montre le moindre commencement d'amendement en avouant de lui même ses mensonges ou en ne les niant pas. Mais gardez-vous bien aussi de pousser trop loin cette indulgence; car, si vous négligiez la correction de ses défauts à cause de cet aveu, il avouerait sa faute par le même motif qui la lui faisait nier, sans en être plus véridique.
4° Lorsque vous devez infliger une punition positive à un enfant pour une faute qu'il aura avouée, parce que vous avez sujet de craindre que votre indulgence ne l'y porte, il faut lui faire comprendre
clairement que, s'il avait nié sa faute, il serait tombé iiar les punitions, soit positives, soit naturelles de he mensonge, dans un état bien plus déplorable. Aussi Hdevez-vous lui montrer votre estime et votre confiance >à cause de sa sincérité en avouant sa faute, mais de fjmanière que cela lui paraisse comme une suite natu- ^ relie de cette vertu : c'est le seul moyen d'éviter le
danger, ou de les confirmer dans leurs défauts par
une inulgence continuelle, ou de les porter à mentir
par des punitions positives.