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IV. Des punitions en particulier

§ ccxxx.

i" Ce qu'on doit punir.

Pour décider ce point, il faut avoir égard au but des punitions. Elles doivent être regardées comme des moyens préventifs et curatifs.

Si vous ne perdez pas de vue quel est le but des récompenses et des punitions, vous verrez que cellesci doivent toujours être et paraître aux enfants des moyens préventifs et curatifs destinés à avertir les uns, à corriger les autres. C'est pourquoi il ne faut jamais les employer de manière à faire penser aux enfants que l'on ne veut que leur causer du mal à cause de la faute, sans par là leur être utile au moins pour l'avenir; car, dans cette pensée, les punitions de leurs maîtres ne leur paraîtraient jamais que comme une vengeance qu'ils exercent à leur égard, ce qui pourrait facilement les porter à concevoir la même idée des châtiments de Dieu. Vous pouvez conclure de là : 1" cojnbien il est important d'éviter de leur infliger des punitions injustes; 2" combien il est important de savoir ce dont on doit les punir et ce dont on ne doit pas les punir.

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Fault'S qu'on iic doit pas punir.

Il ne iaut jamais les punir a) pour des fautes indépendantes de la volonté de l'homme, et dont on ne peut même les préserver en les punissant. Que diriez-vous, par exemple, d'un médecin qui ordonnerait à un aveugle ou à un paralytique des remèdes désagréables qui ne pourraient rendre à l'un ses yeux ni à l'autre ses jambes, et qui cependant nuiraient à leur estomac ? De même l'instituteur qui pour des défauts naturels, soit du corps, soit de l'ame, par exemple, une intelligence lente, etc., traiterait durement un enfant, serait repréhensible et injuste. Vous devez plutôt lâcher d'adoucir à ces pauvres enfants les suites et les sentiments naturels et désagréables qui accompagnent ordinairement de tels défauts, tant par des paroles bienveillantes que par votre complaisance à les assister, et par la conduite pleine de bonté et de patience que vous inspirerez aux autres enfants par votre exemple et par vos instructions.

6) // ne faut pas non plus les punir pour des fautes dont les suites naturelles se font sentir d'elles-mêmes d'une manière désagréable , et desquelles par conséquent ils se repentent. Des fautes de ce genre sont, par exemple, lorsqu'un enfant casse par mégarde un carreau de fenêtre qu'il doit payer, etc.; cela s'applique à toute faute même plus considérable, lorsqu'ils s'en repentent, de sorte qu'on puisse supposer qu'à l'avenir ils l'éviteront avec soin. S'il n'en était pas ainsi, il faudrait les v exciter par une punition suffisante.

c) Ne les punissez jamais pour des fautes qu'ils commettent à leur insu et dans une bonne intention.

d) Gardez-vous surtout de punir par erreur ou par passion des choses qui en elles-mêmes sont indifférentes ou même bonnes.

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Faiitfs qu'il faut puuir ; — quelle différence il faut faire cnîre elk's.

Les enfants ne doivent se sentir punis que pour des fautes a) qui dépendent entièrement, ou du moins (n partie, du libre arbitre de riiorame, b) ou qui, :i elles n'en dépendent pas au moment présent* peuvent du moins être corrigées par des suites aiflitives, ^r^ })arce que la faute en eîlemême en dépend essentiellement.*

Parmi les fautes qui dépendent du libre arbitre de l'homme, il faut distinguer :

i" Celles que les enfants ignorent encore être des fautes, sans qu'on puisse leur reprocher leur ignorance. Par exemple, plusieurs enfants ne se doutent pas que tourmenter les animaux et d'autres actions de ce genre soient des fautes.

Dans ces circonstances, il faut toujours commencer par les instruire et les rendre attentifs aux suites désagréables qu'ils éprouvent présentement (§ 223), pour qu'ils deviennent d'autant plus désireux de profiter de l'instruction, et employer seulement les moyens indiqués § 225, lorsqu'on s'aperçoit que l'instruction demeure infructueuse.

2° Celles que les enfants reconnaissent comme fautes , mais qui découlent de leur caractère naturel, ou qui par une longue habitude leur sont devenues, pour ainsi dire y une seconde nature. Dans les fautes de ce genre, il faut leur en faire comprendre les suites naturelles, mais bien plus lentement et avec bien plus de patience que dans les fautes qui ne leur sont pas encore devenues une habitude, ou dont la source n'est pas dans la nature de leur caractère; car, comme on ne peut attendre de faibles enfants qu'ils se corrigent tout d'un coup de ces vices, ce serait injuste de l'exiger ou de l'espérer; vouloir les y forcer par des punitions, ce serait folie et ce serait plus propre à

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empirer de telles fautes qu'à les corriger : par exemple, des fautes provenant de la honte, de l'imprudence de la jeunesse, de la légèreté, comme aussi le chant dans la lecture, le bégaiement, etc. Dans des fautes de ce genre, il ne faut exiger des enfants que quelques efforts sérieux pour se corriger peu à peu, et l'emploi des moyens qui leur sont indiqués pour y parvenir. Un enfant ne veui-il pas se donner la moindre peine pour user de ces moyens, il faut naturellement l'y contraindre par des punitions, si l'on ne peut l'y porter autrement.

3* Celles que les enfants savent être des fautes et que néanmoins ils commettent avec préméditation. En punissant de telles fautes, on leur manifeste en même temps son mécontentement, son indignation et sa pitié, ce qu'il faut éviter de faire quand ils ne manquent pas du tout, ou qu'ils le font sans préméditation ou avec une préméditation irréQéchie. De cette manière on leur fait comprendre qu'on établit une grande différence entre des enfants qui manquent avec préméditation, et ceux qui ne le font que par légèreté. Par exemple, lorsque l'une des habitudes dont il est question § 220, oj, en est venue dans un enfant au point d'exiger l'emploi de la verge pour lui en faire sentir le danger, il faut lui annoncer cette punition positive pour ce qu'elle est, c'est-à-dire, comme un remède, et l'infliger avec tous les égards possibles. « Je regrette, pourrait dire un père ou une mère, je regrette de devoir vous faire souffrir, parce que je sais ou du moins je suppose que le défaut, dont je dois chercher à vous délivrer, vous l'avez malgré vous. Mais n'est-ce pas la môme chose que si vous aviez une mauvaise dent que je devrais vous faire arracher, bien que ce ne fût pas votre faute qu'elle fût gâtée? Certainement je le devrais, quelle que fût la douleur qui dût en résulter, parce qu'il pourrait

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y avoir le danger que vous fussiez continuellement accablé de maux de dents. Or, le danger que vos mauvaises habitudes vous font courir est beaucoup plus grand; car le corps et l'âme y sont exposés. Des maladies et de violentes tentations au mal seraient I les suites de la durée de cette habitude , sans parler de l'éloignement que tout le monde aurait pour vous.

Ije vous aime trop pour ne pas surmonter la peine que j'éprouve de vous causer quelque douleur, plutôt que de' vous laisser courir plus longtemps ce danger. » Dans ces paroles, ou d'autres semblables, il faudrait épargnera l'enfant toute dureté, tout atfront inutile, par conséquent tenir secrète la punition II faudrait lui témoigner de la compassion, mais non du mécontentement ni du mépris, aussi longtemps qu'on pourrait supposer qu'il agit sans préméditation. On pourrait lui faire remarquer que la nécessité d'avoir recours à ce remède désagréable vient de ce qu'il n'a pas voulu d'abord surmonter sa paresse; et que, de toutes les foutes que l'on commence à commettre avec préméditation, résulte le mal que plus tard on y persévère même malgré soi à son très-grand détriment.

§ CCXXXl.

2«* CoHinu-nl on doit porter les enfants à \\i pas se faire une idée erronée des punitions , et à les accepter d'u»e manière convenable.

La différence dans la conduite ci-dessus indiquée, est un des meilleurs moyens : l** pour convaincre les enfants que toutes les punitions sont des effets de 2^mour ; 2° pour les aider à concevoir les sentiments qu'elles doivent leur inspirer pour leur être utiles. Pour les y aider, il pourra aussi être avantageux de citer quelques exemples des bons et des mauvais sentiments qu'on remarque ordinairement

dans les enfants qu'on punit (§ 84). Par exemple : Joseph, Gérard, Herman et Pierre furent punis par leur instituteur pour avoir volé des cerises. Joseph se dit : Je m'en vengerai tant qu'il me sera possible, et une autre fois je serai plus sur mes gardes pour n'être point aperçu. — Gérard pensait : Jamais plus je ne volerai des cerises, car le maître pourrait encore le découvrir et me punir plus sévèrement. — Herman disait : Si le mal a des suites si fâcheuses, auxquelles la punition que je viens de recevoir n'est pas à comparer, comme nous l'assure l'instituteur, Dieu pouvant punir bien plus rigoureusement, je serai attentif à ne plus voler à l'avenir. — Pierre se disait en luimême : Quel chagrin n'ai-je pas causé à mon maître, il éprouve une grande peine quand nous ne nous conduisons pas bien, il ne peut plus nous aimer; mais le pire, c'est que le bon Dieu , à qui j'ai désobéi, ne pourra plus ra'aimer non plus. Tout le mal est venu de ce que je me suis laissé vaincre par la sensualité, qui m'a porté à voler; je vais, dès aujourd'hui, commencer à la réprimer et à prier Dieu qu'il veuille me secourir.

«Enfants, lequel des quatre imiteriez -vous à l'occasion ? »

Faites-vous donner la raison de la préférence, et montrez-leur ensuite, dans un entretien plein d'affabilité, que la punition a rendu Joseph plus méchant, parce qu'il conservait la volonté de voler et qu'il se proposait deux choses, savoir : de mieux cacher à l'avenir ses mauvaises actions, et, en outre, de faire de la peine à son maître; — que Gérard ne s'est corrigé en rien; cependant il se proposait de ne plus voler, mais seulement par la crainte du châtiment : il ne voulait plusse procurer un plaisir sensuel, envolant des cerises, afin d'éviter des douleurs sensibles. La sensualité désordonnée qui l'avait porté au vol, et qui

par conséquent devait être corrigée, ne l'était pas; — que la punition avait conduit Herman dans la voie de ramendenient, en ce qu'elle lui taisait craindre davantage les châtiments de Dieu : ce qui lui fit prendre la résolution de ne plus voler. Mais , s'il se borne à ne vouloir plus commettre le mal, uniquement par une crainte servile des châtiments de Dieu, ce n'est point encore là un amendement véritable ; — que trèsvraisemblablement Pierre était bien corrigé par la punition; que ce n'était pas chez lui une crainte servile de la punition, mais l'amour envers son maître, et surtout envers Dieu, qui lui rendit le mal odieux, et qui fit qu'il se proposa de ne plus le commettre; qu'en réfléchissant aussi sur ce qui l'y avait porté, il prit la résolution de commencer aussitôt à se corriger, mettant sa confiance, non en ses propres forces, mais en l'assistance de Dieu. « Vous voyez donc, mes chers enfants, pourrait poursuivre l'instituteur, quel but on a en vue quand ou vous inflige une punition pour qu'elle vous soit profitable. (§ ll^, n" 5.) Lequel de ces quatre élèves devez-vous chercher à imiter? Gomment donc devez-vous faire, si vous voulez imiter le bon Pierre? Le pourrez-vous faire de vousmêmes? — Bien; avec l'assistance de Dieu. Implorez donc souvent son secours, afin que, lorsque vous aurez mérité une punition quelconque, vous vous conduisiez selon sa sainte volonté et pour le plus grand avantage de votre âme »

§ CCXXXIL

3** En punissant il faut prendre plus eu considération rinlcntion que l'aclion citérieure.

Si vous avez à punir vos élèves pour des actions ou des omissions vicieuses , faites surtout attention à Vintention , c'est-à-dire au motif de l'action ou de l'omission. La même action, mauvaise par elle-même.

par exemple, le mensonge, peut avoir lieu par des motifs tout différents. Un enfant peut mentir, ou par une précipitation entièrement involontaire, ou par un entraînement volontaire, ou par le seul désir de dire quelque chose, ou par sensualité, par paresse, par vanité, parégoïsme, par haine, envie, désir de vengeance, plaisir de nuire, etc., etc. Vous concevez aisément que le mensonge contient, dans ces cas, selon la diversité des motifs qui en sont la cause, une importance toute différente; que l'enfant qui ment par une précipitation involontaire , ne commet pas à proprement parler une faute; qu'elle est moindre lorsqu'il ment par une précipitation volontaire, dont il ne s'efforce pas suffisamment de se corriger, que lorsqu'il le fait, par exemple, par esprit de vengeance ou par plaisir de nuire. Quand on ne considère donc que l'action ou l'omission sans faire en même temps attention au motif qui la produit, on ne peut savoir ce qu'il faut corriger dans l'enfant. Supposez que, par des punitions positives, vous portiez un enfant rapporteur par envie, désir de vengeance, etc., à cacher ses sentiments, il n'en est pas le moins du monde meilleur si le mauvais penchant qui le fait agir n'est pas affaibli. Ce penchant se montrera d'une autre manière plus cachée : l'enfant cherchera, par exemple, à endommager, sans être aperçu, les habits ou les objets classiques des autres; en un mot, à contenter autant que possible son envie , son désir de vengeance» etc., etc., dès qu'il n'aura plus à craindre que vous le voyiez.

Si donc, en punissant, on ne considère que l'action même et qu'on ne cherche qu'à retenir les enfants, c'est comme si l'on couvrait de cendres des charbons ardents. Si la fumée ne peut s'élever à cause de la couche de cendres, elle ne tardera pas à se faire jour quoique comprimée certain temps, et elle s'élèvera

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^ avec encore plus de violence qu'auparavant, dès qu'elle I sera en contact avec l'air. Il faut donc détruire ou 1 corriger le motif, la cause de l'action mauvaise , si vous voulez obtenir l'amendement de l'enfant.

Remarquez toutefois qu'une action répréhensible peut provenir de différentes causes et que, par (•onséquent , elle n'a pas toujours les mêmes suites naturelles; l'envie, par exemple, a d'autres suites que la légèreté, et cependant un enfant peut aussi bien contracter par envie que par légèreté l'habitude de faire du dommage ou de la peine à autrui , comme il est dit plus haut. Or, devant travailler à déraciner la cause, le principe de cette habitude, si vous voulez ([lie la guérison soit radicale, et, d'un autre côté, chaque mauvais penchant ayant ses suites particulières, il en résulte que tout mauvais penchant qui produit la même mauvaise action, ne peut être extirpé ou corrigé par le même moyen. Si donc, dans les punitions, vous ne considériez que l'action extérieure, et que vous ne voulussiez punir que celle-ci, c'est-àdire, en ne prenant en considération que l'eifct et nullement la cause, vous agiriez comme les charlatans qui prétendent guérir avec le même onguent toutes les maladies du corps qui produisent le même effet, par exemple, une grande faiblesse dans les jambes. Une punition qui ne serait choisie que d'après la qualité de l'action extérieure, ne serait que très-rarement le véritable moyen d'extirper le penchant vicieux qui l'a produite: vous devez, par conséquent, faire comprendre aux enfants qu'ils sont punis surtout pour l'intention , la cause et le motif de leur faute.

4" Il faut éviter une trop grande exacliiude à ne laisser aucune faute impunie.

Si vous voulez que les enfants profitent bien des punitions, il faut vous garder de punir toutes leurs

fautes avec une trop grande exactitude. Il n'est pa* possible de corriger à la fois tout ce qui a besoin de l'être, et il pourrait être très-nuisible de vouloir y parvenir par des punitions. Vous devez, en conséquencd, pendant certain temps, supporter avec patience plusieurs de leurs fautes, et imiter la sage bonté de Dieu, qui supporte en nous tant de défauts avec une si admirable longanimité, et qui ne nous \ei fait remarquer que successivement et à mesure qu< nous devenons plus en état de nous en corriger.'

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