‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 144 sur 156 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

5° Quel genre de punition il faut employer.

Il faut user des punitions naturelles, aussi longtemp! que les positives ne sont pas nécessaires.

Lorsque vous avez à infliger une punition, vous ne devez pas vous arrêter à la première qui se présente d'abord à votre esprit, ou qui vous est la plus facile; mais vous devez, eu toute circonstance, choisir avec réflexion celle qui est la plus appropriée au but qu< vous vous proposez. Pour bien faire ce choix, faites attention aux observations suivantes.

a) Tachez, autant que possible, de découvrir I( principe, la cause efficiente de la faute que vous devea punir.

b) Examinez si la nature de cette faute permet oi ne permet pas de différer la puniîion (§140, n" 2, Dans le premier cas , ayez d'abord recours aux punL lions naturelles. Cherchez à cet effet, dans votn l)ensée, les mauvaises suites naturelles de la faute que vous voulez corriger, et voyez si l'enfant les comprend, s'il sent la laideur de celte action, ou s'il a encore besoin d'être instruit sur ce sujet, et quelles mauvaises suites il a déjà éprouvées, afin d'y porter son attention. Votre instruction a-t-elle été infructueuse? réfléchissez aux mesures que vous pouvez prendre pour

itre l'enfant en état d'éprouver plusieurs suites

sagréables de sa faute, et particulièrement de son

î incipe, ou de les sentir du moins d'une manière plus

(ace.

Ce ({u'il faut surlcut prendre en considéralion dans le choix des punitions positives.

c) Lorsque le cas se présente où, d'après le § 220, il faut user de punitions positives, faites surtout îîltention : I" à la qualité de la faute à punir , afin de choisir la punition de manière à faire concevoir à reniant une juste appréciation de ses fini l es ; par exemple, se mettre en colère ne présente pas la même gravité chez un enfant, que d'être menteur; or, si un enfant ne faisait pas de différence entre ces deux fautes, il en concevrait une idée fausse. C'est cependant ce que vous produiriez en punissant l'emporfement avec autant de sévérité , ou si vous montriez autant d'indignation que lorsqu'il ment : les fautes plus graves doivent être punies plus sévèrement. — 2" Faites attention au caractère de V enfant à punir. Imposer une forte punition, par exemple, une humiliation publique, peut être utile pour un enfant insensible, tandis que ce serait très-nuisible pour un caractère plus sensible. — 5" Aux dispositions physiques. Un très-pe!it coup de verge fera autant de mal à un enfant qui a des mains délicates, des nerfs tendres et très-irritables, qu'un coup plus fort à un autre dont les mains sont endurcies et dont les nerfs sont moins irritables. Plus délicate est sa constitution physique, plus modérées doivent être les punitions qui opèrent médiatement ou immédialement sur le corps. Si vous usez d'une puniiion moins sévère qu'à l'ordinaire, à cause de la délicatesse d'un enfiuit, gardez vous bien de vous rendre aux yeux des autres suspect de partialité. A cet effet et pour no pas vous lier les

mains à vous-même relativement aux punitions, il ne faut jamais préciser quelles punitions positives seront infligées à celui qui fera telle ou telle chose sans vouloir se corriger. Dailleurs, l'incertitude et le doute sur la punition qu'on recevra , effrayent da-

€e dont il ne faut pas user pour punir.

d) N'imposez jamais aux enfants comme punitions des choses qui, considérées en elles-mêmes, doivent leur être chères, vénérables et désirables; par exemple, prier, servir la messe, faire la lecture et la prière tout haut, aider les autres, balayer la salle d'école, etc.

e) Ne punissez jamais les enfants en les privant de i choses qu'ils ne doivent point du tout estimer et désirer, ou du moins dans les circonstances présentes; par exemple, avoir des objets de toilette, des friandises, aller à la fête, etc. Punissez-les plutôt en les privant de temps en temps de choses qu'ils doivent estimer et désirer; car ce sera le moyen d'en relever le prix à leurs yeux. Dites, par exemple :

« Vous n'avez pas bien appris vos leçons, en conséquence vous ne pouvez me faire la lecture. — Vous n'avez en ce moment aucune envie de lire et vous faites pourtant semblant de lire; je ne saurais souffrir cette fanfaronnade : c'est pourquoi fermez votre livre et restez tranquille. — Vous ne faites pas attention et en outre vous distrayez les autres, c'est insupportable, surtout que j'ai maintenant à expliquer quelque chose d'important, sortez donc de la classe pendant celte explication et restez debout devant la porte. » — Bien entendu que chasser ainsi hors de la classe et faire fermer le livre doivent être des punitions rares.

Mais il faut aussi, autant que possible, faire en sorte

DL PEDAGOGIE. ù'M

que les enfants qu'on punit par ce moyen éprouvent [)endant ce temps de l'ennui et trouvent le temps long. De cette manière cette punition pourra être très-salulaire. De même les enfants qui ne se comportent pas bien pendant la prière, la sainte messe les jours ouvriers , pourront en être exclus très-utilement. Su[)posé aussi que les enfants ne fissent aucun cas de ce genre de punition, ce qui aura lieu très-rareîîient d'après le § 219, il serait néanmoins utile d'en user souvent, parce qu'elle est particulièrement convenable pour porter les enfants à une juste appréciation des choses. Lorsque les enfants ne font aucun cas de la punition, il faut la rendre propre à faire impression sur eux en la réunissant à d'autres punitions.

f) N'employez pas des punitions où il y a quelque danger de faire perdre aisément aux enfants, ou du moins d'affaiblir en eux, l'amaur de l'honneur ou la modestie; car vous savez combien on attend peu de celui dont on dit : 11 n'a plus ni honneur ni honte.

g) N'employez pas non plus celles qui pourraient être nuisibles à la santé des enfants; car tout instituteur doit prendre soin de la santé aussi bien du corps que de l'âme de ses élèves.

Vous ne devez jamais perdre de vue ces conseils dans le choix des punitions, ils doivent vous servir de base dans les essais que vous voudrez fiûre et dans l'appréciation de celles qui sont en usage çà et là.

§ CCXKXIV.

6" Observations concernant certaines punilious.

Que doit-on penser :

a) de la honte qu'on inspire aux enfants, en leur endossant le bonnet ou des oreilles d'âne, etc.? — Dans ces punitions et toutes celles de ce genre il y a un très-grand danger que l'amour de l'honneur dans les enfants ne s'affaiblisse trop : elles devront donc

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disparaître d'après le paragraphe précédent. On peut] avec succès humilier les coupables lorsqu'il n'y a pasj ce danger; mais, pour discerner si telle chose peut) produire cet effet salutaire, il faut surtout avoir égard i au caractère de l'enfant que vous voulez punir dej celte manière.

b) Des coups de poing , de pied , et autres manières de battre et de frapper, comme aussi de faire restei debout ou à genoux devant un poêle chaud, punitions en usage dans plusieurs écoles, surtout en Allemagne?] — Oh! plût à Dieu qu'il n'eût jamais existé de telles' écoles! Qui pourrait décrire le tort qu'elles font? Où est-ce en effet qu'un grand nombre d'enfants d'abord si rayonnants de santé et annonçant des moyens, deviennent maladifs, poitrinaires, stupides et faibles de tête? Où est-ce que les enfants grxindissent sans ressentir ni compassion ni bienveillance pour le prochain, devenant au contraire durs, intraitables, misanthropes? Où est-ce que la fréquentation de l'école est un martyre pour les enfants, et la chose la plus pénible qu'ils puissent se représenter? Où est-ce que le dégoût de la parole divine, le défaut de connaissance et d'accomplissement des devoirs envers Dieu et le prochain est général? Là, oui certainement là surtout où de stupides et insensibles geôliers (car on ne pourrait les appeler instituteurs) traitent si cruellement la tendre jeunesse. — Seigneur Jésus! délivrez et préservez à jamais les enfants, vos bien-aimés, d'un si grand malheur !

cj De la verge? — La verge peut être rangée parmi les punitions les plus utiles, lorsqu'on en use d'une manière convenable ; aussi la sainte Écriture la recommande-t-elle {$ 1) (i). Mais on en abuse très-souvent.

■ (1) RoUin dit dans son Traité des Éludes , après avoir cité ces textes : Cflui qui épargne la verge, hait son Jils. — La faite est liàn au cœur de l'en/ant et la çerge de la diaciphne l'en chassera; « l'Ecrituie «ainle, par ces » parol«B et par d'autres pan'illcs , dési;-ne peut-être la punition eu fiénéral,

» et eondamne la i'ausse leiidrcase et l'aveugle indulgence dea parents qui

\ous pourrez Gonclure du § !;il9 6, qu'on en abuse partout où on ne la considère pas et où on ne l'emploie pas uniquement comme moyen de rendre efficaces les punitions ordinaires; on en abuse encore lorsque d'autres moyens de correction plus doux ou qui agissent plus directement sur l'àme, tels que riiumiliation, des paroles sévères , des menaces , la privation de quelque chose qui doit paraître désirable aux enfants-, pourraient remplir le but des punitions.

On fait aussi un usage abusif de la verge si l'en frappe les enfants avec le gros bout, ou sur la tête, sur la poitrine ou sur le ventre (§ 253 g). Le plus sûr par rapport à la santé des enfants, c'est de frapper sur le derrière et toujours seulement avec les rameaux de la verge. Je partage toutefois l'opinion d'un pédagoiçue expérimenté qui, tout en reconnaissant que cette manière de se servir de la verge est la plus convenable par rapport à la santé, pense toutefois qu'elle oifre le danger d'éveiller des idées indécenles , soit dans celui qui punit, soit dans celui qui est puni, et plus encore dans les autres qui par les cris du coupable savent qu'on le punit de cette manière, ou qui seulement en entendent parler après la punition. L'avis de cet homme expérimenté serait en conséquence de défendre entièrement aux instituteurs cette manière de se servir de la verge, et de conseiller également aux

» ferment les yeux sur les vices de leurs enfants, et par là les rendent i> incorrigibles. En supposant qu'il faille prendre le mot de «'crge à la lettre, » il y a bien de l'apparence qu'elle conseille ce châtiment pour des caractères » durs, grossiers, indociles, intraitables, insensibles à la réprimande et à » l'honneur. Mais peut-on penser que l'Ëcriture, si remplie de charité et » de douceur, si pleine de compassion pour lc& faiblesse» même d'un âjje » plus avancé, veuille qu'on traite durement des enfants, dont les fautes » souvent viennent plutôt de légèreté que de méchanceté? » Fénélon dit aussi, dans le chapitre V de l'Éducation des Filles : « Si le Sage a toujours recommandé aux parents de tenir la verge assidûment » levée sur les enfants; s'il a dit qu'un pèie qui se joue avec son fils pleurera » dans la suite, ce n'est pas qu'il ait biâmé une éducation douce et patiente. » Il condamne seulement ces parents faibles et inconsidérés (fui flattent les » passions de leurs enfants, et qui ne cherchent qu'à s'en divertir pendant » leur enfance , jusqu'à leur souffrir toutes sortes d'excès.

« Ce qu'il faut en conclure , c'est que les parents doivent toujours conserver » de l'autorité pour l:j correction , car il y a des naturels qu'il faut dompter » par la crainte; mais, encore une fois, il ne fijut le faire que (juand on » n« p^eut réussir a.u.lieinf al » IS-(dc du Tra<L\

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parents de ne s'en servir qu'avec les plus griuules précautions, afin d'en écarter ce danger, et seulement lorsque des circonstances toutes particulières paraissent devoir rendre nécessaire ce moyen de punir. J'ai trouvé l'observation de cet ami des écoles si importante que j'ai cru qu'il était de mon devoir de l'insérer ici. Pour ma part, je ne pourrais conseiller à un instituteur d'user de la verge que pour en donner des coups sur la main, parce qu'il a ordinairement des enfants de sexe différent, et que cependant, pour l'exemple, il doit souvent punir publiquement; et, en outre, parce qu'en frappant autrement, il indispose contre lui les parents et les enfants et s'attire du chagrin et du dommage, sans aucun avantage pour les enfants.

d) De la séparation qui consiste à faire asseoir les enfanls sur un banc particulier? — Cela peut être trèsbon pour punir les fautes qui sont surtout désagréables pour les autres, parce que c'est une de leurs suites naturelles qu'on n'aime pas de se trouver près de ceux qui les commettent. Tel est aussi le motif que doit donner l'instituteur pour opérer cette séparatHon. « Voyez, pourra-t-il dire, vous êtes querelleur, malpropre, bavard, effronté, etc.; personne n'aime d'être à côté de telles gens. Aucun élève ne peut aimer de vous avoir pour voisin; en conséquence, je vais vous placer à l'écart sur ce banc jusqu'à ce que vous vous soyez corrigé. »

N'appelez pas ce banc, le banc des ânes, mais le banc de correction; n'est-ce pas, en effet, le but qu'on doit se proposer en s'en servant?

§ ccxxw.

7° Quand et comment on doit infliger des punitions.

a) Ne punissez pas sans avoir mûrement pesé les points traités §§ 230 et 233. Ne recourez pas tout d'un coup aux punitions les plus fortes; commencez par

les plus douces. Ne menacez jamais d'employer des punitions positives que lorsque vous voulez en user réellement.

b) Il ne faut pas employer trop souvent la même punition, parce qu'alors elle perd de son importance aux yeux des enfants. Pour ne pas avoir si souvent besoin de punition^s, surtout des positives, tâchez d'empêcher les fautes de vos élèves.

Moyens pour éviter de devoir infliger des puHrtioHS.

l" Ayez un œil attentif sur les enfan^ts.

2° Cherchez par tous les moyens de leur rendre familière cette vérité : Dieu voit tout ce que je fais ou omets, et il me jugera selon mes œuvres.

3" Éloignez soigneusement de vos élèves toute oisiveté et toute mauvaise compagnie.

4° Représentez-leur vivement combien il est honteux pour des créatures raisonnables de ne vouloir se laisser conduire que par des coups.

5" Que vos élèves soient sûrs que vous ferez subir la punition dont vous les aurez menacés, s'il y a lieu à l'infliger. Il ne faut vous laisser arrêter ni par les prières du coupable, ni par les instances des autres , toutes les fois que cette punition est nécessaire; car cette indulgence ferait que vos punitions auraient tellement l'air d'être quelque chose d'arbitraire, que par là même elles cesseraient d'être salutaires. Ne pensez pas en effet que, parce que Dieu se laisse fléchir par des prières et des supplications que nous répétons chaque jour en disant : Pardonnez-^ous nos offenses y et qu'il ne punit pas à l'instant ceux qui méritent de l'être, il soit conforme à la volonté divine de remettre les punitions parce qu'on vous le demande; ce serait nous tromper grandement que de croire que nous puissions détourner les châtiments de Dieu qui sont inévitablement nécessaires pour notre amcn-

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dément : c'est comme si Ton disait qu'on peut obtenir de Dieu, par des prières, le refus des moyens nécessaires pour nous corriger. Comprenez donc bien l'objet de l'invocalion que vous adressez tous les jours à Dieu. La demande de l'oraison dominicale : Pardonnez-nous nos offenses, ne peut signifier autre chose que; Seigneur, accordez-nous du temps et votre grâce pour faire une véritable pénitence et pour nous amender, afin d'échapper à la punition du péché.

6*» Usez de la verge quand elle est nécessaire, mais de manière à produire quelque douleur. La verge doit être redoutable aux enfants, si elle doit leur être salutaire. A cet effet, après la punition, éloignez-Ia des yeux des enfants. Un instituteur qui porte toujours la verge sous le bras, deviendra bientôt , lui et sa verge, un objet de terreur pour ses élèves ou un sujet de dérision.

c) Ne punissez jamais dans un moment de colère. Comment serait-il possible de faire alors les réflexions indiquées § 233 et par conséquent de punir convenablement? D'ailleurs punir dans un moment de colère est très-nuisible et très-dangereux. C'est déjà pour les enfants un mauvais exemple de voir leur maître sujet à cette passion. En outre, la colère nuit à la santé de l'instituteur. Punir sous l'influence de la colère c'est l'inspirer aux enfants , et par conséquent on ne les corrige pas du tout, ou du moins pas si bien que lorsqu'on punit avec calme. Combien aisément l'instituteur livré à la colère ne pourrait-il pas porter des coups où il ne faut pas, ou du moins en donner de trop rudes? Lorsque vous sentez que la colère s'éveille en vous , différez la punition jusqu'à ce que ce mouvement désordonné soit calmé. Si , en punissant , la colère vous domine de nouveau , jetez à l'instant la verge et dites : « Attendez, je réfléchirai sur ce que j'ai à faire. » Allez ensuite quelques

iiistants à la fenélre ou sortez de la classe pour vous calmer, et réfléchissez alors sur ce que vous avez à faire ultérieurement. S'il arrivait que l'instituteur punît en colère un enfant innocent, ou qu'il punît trop rudement, s'il l'a fait publiquement, il doit avouer franchement sa faute, parce que c'est là !o seul moyen de reconquérir Testime et la confiance do ses élèves qu'il a perdues en punissant si injustement.

Non-seulement la colère, mais aussi en général toute parole, mine ou geste qui pourraient faire considérer par les enfants la punition comme un effet de la vengeance ou de la colère, doivent être soigneusement évités. Quant à l'expression de In pitié, du mécontentement , etc., il faut vous diriger d'après le § 230. n. 5.

d) Vous ne devez jamais , à moins que la nécessité ne l'exige, donner des coups immédiatement avant l'instruction, ni jamais pendant l'instruction, mais attendez qu'elle soit achevée; car les coups distraient ordinairement à tel point , et le maître, et les élèves, que l'instruction en souffre beaucoup. L'enfant que vous voulez punir reste dans l'attente de la punition jusqu'à la fia de la classe. Dans cette attente il rentrera peut-être en lui-même et concevra le ferme propos de se corriger. Si l'instituteur en obtient l'assurance suffisante, il pourra pour celte fois différer de punir avec la verge, <Mi faisant entendre qu'il ne veut pas lui remettre sa })nnition (car il n'a pas plus le pouvoir, et il ne doit j:imnis paraître l'avoir, de remettre une punition nécessaire , que celui de punir sans nécessité) , mais que celte punition n'est plus nécessaire, puisqu'il y a amendement, ajoutant qu'il l'infligera si cet amendement n'est pas sincère et efficace.

Si, après l'instruction, il trouve encore nécessaire l'emploi de la verge, il pourra s'exprimer à peu près on ces termes : » Maintenant, mes enfants, j'ai encore

à faire quelque chose que je ne fais qu'à regret. J'aime à vous instruire , mais nullement à vous punir;! et cependant, malgré la peine que j'en éprouve, jej n'oserais m'en dispenser, puisque c'est nécessaire eti qu'en ne le faisant pas je nous rendrais, vous et moi,! malheureux. » Il peut iei rappeler à leur mémoirel l'histoire d'Héli , s'il la leur a expliquée. Il fera en -j suite avancer l'enfanl qu'il doit punir, au milieu de! la classe , et lui représentera avec une sévérité pater-\ nelle sa faute, de même que la nécessité de le punir de la verge. « Vous le savez, combien de fois n'ai-je pas essayé de vous corriger par mes avertissements , mes instructions, mes prières et exhortations? combien de fois ne vous ai-je pas averti des mauvaises suites? combien n'en avez - vous pas déjà éprouvées vousmême? Mais malheureusement rien n'a aidé. Vous n'ignoriez pas que ce que vous faisiez était une faute, et qu'elle vous attirerait de mauvaises suites plus pénibles que celles que vous aviez éprouvées jusqu'ici. (Il faut citer sa faute et quelques-unes des suites qu'il a éprouvées.) Mais votre inattention vous a empêché d'y penser, ou vous n'avez pas voulu y résister, pour éviter ces suites désagréables; en conséquence, je dois maintenant vous punir de la verge, afin que vous vous souveniez plus vivement des grands maux que vous avez encore à attendre si vous ne vous corrigez. »

Le nombre de coups de verge doit être déterminé pour chaque punition, d'après le § 2Î50.

Un seul coup peut souvent suffire. Lorsque , pour les causes rapportées plus haut, vous avez puni plus ou moins fort un enfant que vous ne le faites en pareilles occasions, il faut de temps en temps en donner le motifs. Après avoir puni , vous pourrez dire : « Je me bornerai à cela, car je crois que ce sera suffisant pour vous corriger. Qu'il me sera agréable de pouvoir me

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lier plus à vous et de vous en aimer davanlagc ! Procurez-moi au moins ce plaisir. »

Ne donnez pas tout de suite à l'enfant que vous venez de pnnir , des ordres durs qui pourraient lui paraître comme quelque chose d'inutile et d'outré, par exemple, de vous baiser la main ou la verge; cela pourrait avoir de mauvaises suites. Quelque froide sévérité ou de la réserve peut exister envers l'enlant puni, jusqu'à ce qu'il montre de l'amendement; soyez alors de nouveau affables, et témoignez lui-en votre contentement.

e) S'il arrivait qu'un enfant dur et inflexible ne fit aucun cas des coups de verge, je vous conseille de ne pas recourir à des moyens plus rigoureux , avant d'avoir, de concert avec M. le curé, réfléchi sur ce que vous devez faire. Parlez ainsi à cet enfai t : « Vous avez encore besoin de punitions plus rigoureuses pour vous corriger; mais, comme je vois que vous voulez vous endurcir contre toutes, je ne veux pas me donner la peine de vous punir plus sévèrement. Votre endurcissement est une marque que vous manquez ou d'esprit ou de bonne volonté. Malheur à vous, si vous continuez de la sorte à mépriser la dicipline! Les enfants qui en sont venus à ce mépris deviennent irès-malheureux; l'écriture sainte nous l'apprend (Prov. Xlîl. 18. XXIX. i.), de même que l'expérience. Réfléchissez-y bien ! il est encore temps de prévenir la punition extraordinaire dont vous êtes menacé : je vais vous laisser tranquille pour que vous puissiez réfléchir; je ne vous donnerai rien à faire, je ne vous demanderai rien; vos condisciples et moi nous niions prier pendant ce temps. Si vous ne vous corrigez liienlôt, j'examinerai avec M. le curé ce qu'il faut faire de vous. Soyez attentif. » Après avoir ensuite fait la })rière ordinaire, dites sincèrement et de cœur: « Mes^ enlants, prions aussi pour N*^*' cl pour tous les autres

AOi) MANUEL

élèves qui méprisent la discipline, parce qu'ils sont en danger d'être malheureux en celle vie et en l'autre. »

Priez ensuite de cette manière: « Seigneur, Père M céleste, ayez pitié deN. , et de tous les autres élèves » qui méprisent la discipline! Secourez-les, pour » qu'ils se corrigent de ce vice, source de tant » d'autres, afin qu'ils ne deviennent pas temporelle- » ment et éternellement malheureux; nous vous en »> prions. Seigneur Jésus. Ainsi soit-il. Ave, Maria. »

J'espère que, lorsque vous aurez répété quelquefois celte prière, des signes certains d'amendement vous donneront bientôt occasion de pouvoir dire : « Enfants, remerciez Dieu avec moi, du fond de votre cœur, de ce que N. s'est corrigé comme j'en ai la confiance, et priez afin qu'il persévère dans celte bonne voie. Ave, Maria. »

Si un élève grand et fort refusait de présenter ses mains pour les coups de verge, ou d'accepter une punition quelconque, vous pourrez procéder de la même manière à son égard. Aussi longtemps qu'il se montre rebelle, il faut l'exclure de la classe et lui faire comprendre clairement que vous ne le reconnaîtrez en aucune manière pour votre élève, aussi longtemps qu'il sera rebelle.

Je parle d'un élève grand et fort, car on peut user de contrainte à l'égard des petits; ce que, du reste, l'instituteur évitera d'essayer, à cause des mauvaises suites qui pourraient en résulter.

f) Si une faute extraordinaire ou importante qui mérite une punition plus sévère, a été commise, consultez M. le curé avant de la punir et tenez-vous-ei ponctuellement à son opinion, à son conseil ou à soi exemple. Agissez de même lorsqu'un enfant vous i olfensé; car il ne convient pas d'être juge dans ss propre cause. Si vous le pouvez aisément, consullea

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aussi les parents par rapport aux punitions plus sévères que vous jugez nécessaires à leurs enfants ; par celle précaution , vous vous épargnerez bien des remords et des chagrins.

V« Des récompenses en particulier,

§ CCXXXVI.

1* Ce qu'il faut récompenser.

Du but des récompenses et des punitions il résulte : a) que les enfants ne doivent pas être récompensés, r pour une chose qui ne dépend pas de la volonté de l'homme, — C'est donc gravement manquer que de iécompenser un enfant uniquement pour des dons ou des facultés naturelles, par exemple, pour son intelligence, sa mémoire, son extérieur agréable, etc.

2" Pour des actions dont les suites naturelles immé' diates se font sentir aux enfants d'une manière telle que par là tnême ils y sont portés. — Ici, les récompenses seraient superflues, et ce serait par conséquent uu abus des récompenses qu'on doit ménager.

5" Pour des actions qui par elles-mêmes so7it bonnes y mais qu'on sait certainement avoir été faites par les enfants dans de mauvaises intentions.

A° Gardez-vous de récompenser des choses indifférentes ou même des fautes, — Des parents ou des instituteurs bien intentionnés le font (pielquefois par erreur, parce qu'ils regardent ce qui est indifférent comme quelque chose d'important, et ce qui est vicieux comme quelque chose de bon. Ainsi, par exemple, plusieurs mères croient que c'est très-important pour leurs filles de se distinguer dans l'art de se parer, et elles les y excitent par des récompenses. Plusieurs instituteurs regardent tout rapport des condisciples sans exception comme quelque chose de bon et vont même jusqu'à y attacher une récompense; tandis que tout

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