‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 147 sur 156 · XIX. — Moyens parliculiers de porter la volonté au bien · texte numérisé non relu

XIX. — Moyens parliculiers de porter la volonté au bien

Outre les moyens principaux, il en est encore d'autres dont on peut faire usage de temps en temps pour porter la volonté au bien; ils servent comme de préparation aux principaux ei leur viennent en aide pour les rendre eflficaces. Mais ces moyens subsidiaires sont tout à fait infructueux, ou ne produisent qu'un effet peu durable, si l'on n'emploie pas bien les principaux.

Ils consistent ;

1° à représenter aux enfants combien il serait honteux que l'homme, élevé par Dieu si haut au-dessus des autres créatures, voulût être la seule qui ne le servît pas en accomplissant sa volonté, lorsqu'elle lui est manifestée.

2" A leur faire comprendre que , ne pas servir Dieu, c'est manquer non-seulement à la charité et à la reconnaissance, mais aussi à toute justice et équité.

5" A leur faire renouveler souvent les vœux du baptême, et leur représenter que les chrétiens surtout qui ne servent pas Dieu fidèlement devraient en avoir honte et s'attendre aux châtiments les plus terribles, puisque, par là, ils transgressent les engagements contractés au baptême, et que, par conséquent, ils sont infidèles et parjures envers Dieu.

4*' A leur faire considérer attentivement la beauté de la vertu et la laideur du vice, ainsi que les bonnes suites naturelles de la vertu , et les mauvaises suites naturelles du vice. — Ceci ne doit pas seulement se laire par de vaines paroles, mais aussi par tout l'ensemble de la conduite de l'instituteur, et par le récit des exemples dont il est parlé §§ 7A-89.

XX — Pourquoi et comment il faut porter les enfants au prompt accomplissement de leurs devoirs.

Lorsque l'instituteur aura instruit ses élèves de leurs

DE PÉDAGOGIE. hol

devoirs et porté leur volonté à les accomplir, il pourrait aisément se faire qu'il agît comme un homme qui, après avoir rassemblé les matériaux nécessaires à la construction d'une maison, ne commencerait pas à bâtir. Les matériaux rassemblés avec tant de peine se détériorent insensiblement sans être d'aucune utilité; de même, les enfants laissez à enx-mêraes ne tirent aucun profit de la connaissance qu'ils avaient de leurs devoirs et de l'inclination à les observer qu'on avait fait naître dans leur âme. C'est, pour ainsi dire, les matériaux d'une vie chrétienne; mais il faut les employer à la construction spirituelle, c'est-à-dire, à l'accomplissement des devoirs et à la mise en pratique des moyens qui sont nécessaires pour produire cet effet. La pratique des devoirs en rend la connaissance et l'amour nonseulement stables, mais, en outre, de plus en plus parfaits, comme le prouve l'expérience journalière. Combien de choses la pratique n'a-t-elle pas rendues claires qui auparavant étaient très-obscures? Que de choses pour lesquelles on éprouvait une vive répugnance, ne sont-elles pas devenues, par la pratique, très-agréables et remplies de charmes?

Mais comment l'instituteur peut-il porter ses élèves à pratiquer leurs devoirs ? — Cela dépend tellement des circonstances qu'on ne peut que l'indiquer en général ; l'instituteur attentif saura profiter de chaque occasion qui se présentera.

Les enfants ne doivent pas se borner à pratiquer des œuvres extérieures, par exemple, celles de la miséricorde chrétienne, qu'on doit leur recommander, en leur procurant, autant que possible, l'occasion de les pratiquer; ils doivent aussi s'exercer aux actes intérieurs des vertus, par exemple, de la foi, de l'espérance, de la charité, de la contrition, etc. Après avoir expliqué tel ou tel dogme ou précepte de morale, demandez-vous : Quel acte intérieur exige cette

458 WAMKL

inslruclion, ou lequel peut-on y rapporter? Puis, lâchez de porter vos élèves à le faire.

XXI. — duels actes intérieurs exigent les dogmes, & cernaient peut-on

y porter les enfants ?

Tout dogme exige la foi et Taction de grâces pour la révélation que Dieu en a faite. Si l'on considère un dogme en particulier, souvent son contenu donne un motif de faire tel acte spécial , tantôt d'action de grâces, par exemple, l'incarnation de Jésus-Chrrst ; tantôt d'adoration, par exemple, le dogme de la puissance infinie de Dieu, etc.

Les actes qu'exige un dogme, ou qu'on peut y rattacher, ne doivent pas se faire tous à la fois, mais tantôt celui-ci, tantôt celui-là, en indiquant d'abord celui que, pour le moment, on croit le plus utile aux élèves. L'instituteur lâchera d'engager les enfants à faire ces actes, soit par des exhortations, soit par des prières, par exemple : a 0 Dieu infiniment bon! faites » que nous croyions fermement cette vérité, et que » nous ne la perdions pas de vue. Donnez-nous un » vif désir de la félicite que vous nous avez si mi- » séricordieusement promise, etc. «

XXII. — Quels actes la morale exige-t-elle , et comment peut-on y porter

les enfants?

Lorsque dans l'instruction il s'agit d'un précepte de morale, demandez-vous à vous-même : « Sais-je avec certitude ou puis-je soupçonner que les enfants l'ont transgressé volontairement, et ont par conséquent péché? ou bien puis-je soupçonner le contraire? » Dans l'un et l'autre cas, on exige des enfants la résolution ou le ferme propos d'observer ce précepte. Le premier cas demande, en outre , un examen de conscience lorsque la transgression est certaine , et que vous en avez connaissance. Vous devez tout de suite

TE PEDAGOGIE. ^"Ji)

cirgager les enfants à s'examiner, à se repentir et à l'aire un bon propos, tantôt par des exhortations, rantôt par des prières, comme il est dit plus haut.

XXIll. — Ce qu'il faut observer lorsque le précepte de morale concerne une verlu à acquérir.

S*agit-il, dans le précepte de morale, d'une vertu que les enfants doivent chercher à acquérir, l'institîiteur doit exiger qu'ils s'y exercent chaque fois que l'occasion se présente. Mais il faut bien distinguer dans l'observation d'un précepte, ce qui est absolument de devoir, de ce qui, bien que salutaire et louable, ne l'est pas. Ainsi, c'est un devoir de s'exercer convenablement à l'acquisition d'une vertu , et ce n'est aucun devoir, quoique ce soit louable de le faire, de s'y exercer à un temps fixe, autant de fois par jour, etc. Apprenez aux enfiints à fiiire cette distinction, et dites-leur qu'ils pèchent lorsqu'ils négligent ce qui est de devoir, mais qu'ils ne pèchent pas en manquant à ce qui est louable, puisque ce n'est point un devoir.

Après avoir ainsi inslruit les enfants, vous pourrez, sans courir le risque de mettre le trouble dans leur conscience, leur fixer le temps et la manière de s'exercer avec précision à l'acquisition d'une vertu , mais toutefois sans les obliger à y être exacts, et seulement en forme de conseil.

Afin de les engager à s'exercer à l'acquisition de telle ou telle vertu, il faut non-seulement leur en expliquer la nécessité et l'utilité , mais encore observer ce qui suit.

i° Gardez-vous de trop exiger, et tâchez toujours de leur rendre cet exercice aussi facile et aussi agréable que possible.

2° Ne grondez pas, ne vous fâchez pas si vous devez rappeler à un élève que c'est le temps que vous avez conseillé d'employer pour acquérir telle vertu. Dites quelquefois que vous seriez charmé s'ils y em-

4 ÎO JIANUEL

ployaient, en oiilre, un autre temps, ou s'ils le faisaient d'une autre manière, leur répétant que c'esl un péché devant Dieu de ne pas s'exercer à acquérii les vertus nécessaiies.

5° Montrez à ceux qui sont attentifs à s'exercer à l'acquisition des vertus, comment ils peuvent avancer de plus en plus, et encouragez-les à persévérer.

4'» Si la manière de s'exercer n'est pas tout à fait facile à saisir, montrez-la leur , autant que possible, par votre propre exemple, vous exerçant eu leur présence , ou en leur racontant des exemples d'autres personnes.

5" Pour leur inspirer du goût et du courage pour ces exercices, tirez parti de leur propre expérience; par exemple, des progrès qu'ils ont faits dans la prière ; de la facilité qu'ils se sont acquise par ui exercice soutenu pour faire des choses qui d'abord étaient difficiles; de la possibilité de se corriger, etc., etc.

XXIY. — De la distribution des matières qui constituent IVnseignemcnl religieux.

Une bonne distribution des matières de l'enseignement religieux est extrêmement utile, parce qu'elle facilite la récapitulation générale, ce qui contribue beaucoup non-seulement à faire mieux comprendre et retenir plus aisément les instructions , mais aussi à faire impression sur le cœur.

Or, la distribution qui me plaît le plus, c'est celle qui est basée sur les quatre questions, auxquelles chaque homme qui commence à réfléchir sérieusement, désire qu'on lui donne une réponse certaine. Ces questions sont :

i** qui m'a donné la vie, et quelle est la nature de cet être?

2" Pourquoi le bon Dieu m'a-t-il créé?

DE PEl>AGOG«f. 4 il

3" Qu'a fait Dieu et que lail-il encore pour me faire parvenir an bonheur éternel?

4" Que dois-je faire moi-même pour parvenir à la vie éternelle?

Parcelle clistribulion , l'inslruction religieuse embrasse quatre parties principales, dont chacune contient la réponse à ces quatre questions II s'agit, par conséquent :

dans la 1" partie, de l'existence de Dieu et de ses perfections.

Dans la 2™°, des fins dernières de l'homme.

Dans la 5™®, de ce que Dieu a fait pour notre salut.

Dans la 4™°, des devoirs que nous devons remplir.

Cette distribution a un triple avantage.

1° Elle renferme, dans ses quatre parties , tout ce qui concerne la doctrine chrétienne, et de manière qu'on peut aisément se rappeler l'ensemble et les détails de celte doctrine.

Quand je me dis : « Dieu tout-puissant , infinimeut sage et bon m'a créé pour un bonheur éternel ; il m'a donné les moyens de l'obtenir et m'a instruit de la manière d'y parvenir; je dois la mettre en pratique et employer ces moyens, » j'ai récapitulé tout le canevas de l'enseignement religieux.

S*" En expliquant dans cet ordre la doctrine chrétienne , l'explication de chaque partie prépare l'esprit et le cœur des enfants à celle qui suit.

S** Le simple aperçu de chaque partie annonce le sujet dont il y sera question , d'une maniérée qui le rend intéressant aux enfants et excite leur désir et leur avidité d'apprendre.

XXV. —De la distribution des enfants en sections et de rinstruclion selon la différence des seclions.

On doit partager les enfants en sections aussi bien pour le catéchisme que pour toute autre branche ,

4 ri 3IA]NUF>L

(§ 224). On peut former trois sections principales et dans chacune deux ou trois divisions , si on le juge nécessaire.

La première section comprend les commençants, y compris ceux qu'on prépare à s'approcher du sacrement de pénitence.

La seconde comprend ceux qui ont déjà été deux ou trois fois à confesse, mais qui ne peuvent pas encore se préparer à la première communion.

La troisième est composée des élèves qu'on prépare plus spécialement à la première communion, et de ceux qui ont déjà communié une ou plusieurs lois. Si le nombre de ces derniers est considérable on peut en former une section particulière.

Chaque section doit être instruite sur les quatre parties du catéchisme. Dans la i'% l'instruction sur chaque point principal sera courte; dans la 2™" on rétend un peu, et dans la S'^"' on lui donne tous les développements requis. C'est ainsi que la lumière de la vérité se répand insensiblement dans l'âme des enfants , jusqu'à ce qu'elle leur apparaisse dans toute sa clarté.

XX\l. — Ccmment riDstilnteur doit se considérer relativement à rinslructioD religieuse , et se conduire par rapport à Monsieur le Curé.

Pour l'enseignement des autres branches c'est à l'instituteur à disposer les choses comme bon lui semble; il n'en est pas de même de l'instruction religieuse, M"" le curé, en qualité de pasteur, a l'obligation d'introduire dans le chemin du salut et d'y maintenir, autant que possible, par cette instruction , non-seulement les brebis, mais aussi les agneaux de son troupeau. Pour cette branche l'instituteur n'est qu'un aide de M. le curé ; ils doivent, l'un et l'autre , réunir de concert leurs efforts pour enseigner aux enfants la doctrine chrétienne.

DE lEDAGOGÎE. 4 43

11 suit de là :

i° que l'instituteur et le curé doivent être d'accord relativement à cet enseignement; suivre la même marche, le même ordre , donner les mêmes explications principales; en un mot, parler, pour ainsi dire, de la même bouche; autrement ils embrouillent les choses et rendent cette instruction plus difficile nonseulement pour les enfants, mais aussi pour eux-mêmes.

2" Que l'instituteur doit, pour cet enseignement, s'en rapporter à son curé , et , afin de pouvoir être mieux d'accord avec lui, assister au catéchisme qu'il fait aux enfants. Pour obtenir un accord parfait , il sera très-ulile qu'après chaque leçon, le curé fasvse paît à l'instituteur du point qu'il se propose de traiter à la leçon suivante, et qu'il lui donne une idée de la manière dont il pourra y préparer les enfants , après avoir répété les leçons précédentes. (§ 229.)

XXVII. — En quel temps et dans quel ordre il faut donner la leçon de religion.

Il a été dit dans le Manuel § 225 pourquoi une heure par jour consacrée à l'instruction religieuse, ne serait pas trop. Si on ne peut y consacrer ce temps, que ce soit du moins une demi-heure, parce que la leçon journalière de catéchisme offre les très-grands avantages suivants.

i° En ne donnant que de courtes leçons à apprendre , la doctrine chrétienne s'infiltrera goutte à goutte dans l'àme des enfants. Si , au contraire , on ne l'enseigne que rarement, par exemple, une fois par semaine, il faut embrasser plus de matière et verser abondamment la doctrine chrétienne dans l'esprit des enfants. Or n'en est-il pas de l'àme des enfants comme d'un flacon à col étroit qu'on ne peut remplir que difficilement en versaut avec abondance,

4ii MANUEL

tandis qu'on y parvient facilement en ne versant que doucement? — C'est passé en proverbe qu'une goutte qui se renouvelle chaque jour, perce à la longue les pierres les plus dures.

2" L'instruction religieuse quotidienne rend aux yeux des enfants la religion beaucoup plus importante, ayant coutume de juger du prix d'une chose selon que leurs supérieurs s'en occupent eux-mêmes et exigent que ceux qui leur sont soumis s'en occupent aussi : de là provient, du moins en partie, l'importance qu'attachent beaucoup d'enfants à la richesse et à la toilette.

5° Cette instruction habituera les enfants à s'occuper chaque jour, toute leur vie, des vérités salutaires de la religion. 11 n'y aura, en outre, à craindre aucun dégoût pour cette instruction aussi longtemps que l'instituteur mettra en pratique ce qui a été dit des qualités morales de l'instituteur, et de la bonne méthode pour instruire.

Le commencement de la classe du matin est le moment le plus convenable pour cette instruction; mais, quoique l'instituteur doive fixer une heure pour cette instruction, il ne doit pas toutefois négliger d'en parler encore en d'autres temps quand une occasion se présente d'instruire les enfants d'un précepte de la doctrine chrétienne, de les porter à le pratiquer ou de le leur faire mieux connaître, en l'imprimant plus profondément dans leur mémoire. (§ 174. n. 5. a). Ainsi, par exemple, Ton peut profiter de la nouvelle d'une mort subite pour mieux faire entrer dans leur cœur celte doctrine : Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure à laquelle le Seigneur viendra. — Dans de pareilles circonstances les enfants conçoivent souvent en peu d'iustants ce que de longues instructions n'avaient pu .leur inculquer; et une leçon répétée cent fois ne leur fait qu'alors une bonne et durable impression.

L'ordre dans lequel les leçons peuvent, selon moi, se succéder, est basé sur l'enchaînement des instructions. Suivre un bon ordre pour l'explication çst une règle essentielle pour un instituteur et surtout pour un catéchiste, vu l'importance de l'instruction religieuse. Ce n'est pas toutefois contrevenir à l'ordre adopté que de s'en éloigner à l'occasion des fêtes pour en donner l'explication, par exemple, celle de la naissance de Notre-Seigneur; c'est même convenable et très-utile. (§ 174. n. 3 6).

Page 1