MA.M'EL
sion souvent employée, et qui rend bien toute la pensée du vole législatif, ils ont voulu que ratmosphère de l'école soit religieuse, que la religion en éclairant l'esprit de l'enfant agisse aussi sur son cœur, par tous les moyens, par toutes les ressources dont un maître habile sait user à propos; en uni mot , ils ont voulu l'éducation religieuse et morale | du peuple, par les écoles primaires. Pas d'enseignement, surtout pas d'enseignement primaire, sans éducation morale et religieuse, disait M. le ministre de l'inlérieur, au début de la session du mois d'Août dernier; et nous entendons par éducation religieuse, i enseignement d'une religion positive. Nous sommes tous d'accord sur ce principe, c'est notre point de départ.
Nous rompons, il faut le dire et le dire tout haut, nous rompons avec les doctrines politiques du XVIIt siècle, qui avaient prétendu séculariser complètement ïinstruction , et constituer la société sur des bases purement rationalistes.
» Nous ne voulons pas d'une instruction exclusivement civile y nous proclamons l'instruction inséparable de l'éducation; nous voulons un enseignement complet, et nous ne voyons d'e seignement complet que dans l'instruction jointe à l'éducation morale et religieuse (Discours de M. Nothomb, ministre de l'intérieur, dans la séance du 8 Août 1842).
Nous regrettons que les bornes d'une circulaire ne nous permettent point d'ajouter à cette déclaration solennelle les paroles, non moins précises, du rapport fait à la chambre par M. Dechamps au nom de la section centrale, et celles de presque tous les orateurs qui ont pris part à cette mémorable discussion, afin de montrer ainsi l'accord unanime de tous les esprits, sur cette question d'un si haut intérêt social.
De là. Messieurs, il résulte évidemment pour l'instituteur deux grandes obligations : il doit donner acix
DE PÉADGOGIE. 419
enfants l'instruction religieuse et morale; il doit former on même temps leur éducation religieuse et morale : la loi, d'accord avec les principes de la religion, veut que dans les écoles catholiques, il remplisse ces devoirs sous votre direction y et sous la surveillance de nos délégués.
1° Donner aux enfants l'instruction morale et religieuse.
II. Pour remplir convenablement cette première obligation , le maître doit enseigner à ses élèves les prières ordinaires du chrétien, l'abrégé de la Doctrine chrétienne, renfermé dans le Catéchisme du diocèse, l'Histoire sainte , tant de l'ancien que du nouveau Testa» ment.
III. Il est nécessaire qu'il possède lui-même ces connaissances d'une manière nette et précise , et qu'il soit capable d'en donner au besoin quelques explications simples et familières. Nous laissons toutefois à votre prudence. Messieurs, le soin de juger jusqu'à quel point l'instituteur doit faire usage de cette faculté, et s'il ne serait pas mieux, dans certains cas, après avoir pris l'avis de l'inspecteur ecclésiastique cantonal, de l'astreindre, pour un temps, à ne donner que la lettre du Catéchisme. Nous disons pour un temps, parce que notre intention est que l'instituteur ne soit pas facilement dispensé de cette tâche, qu'il peut remplir avec succès à l'égard des enfants dont l'intelligence lui est connue : l'expérience lui ménagera souvent des voies dont il aura seul le secret. S'il ne possède pas l'instruction suffisante, vous l'aiderez, Messieurs, à l'acquérir, en lui indiquant les bons ouvrages où il peut la puiser, et en lui donnant vous-mêmes les développements nécessaires : ce que vous ferez toujours avec cette bonté qui laisse moins sentir l'autorité d'un maître que l'empressement et Tobligeance d'un ami. Engagez-le aussi à assister à
450 ÎHAMILL
VOS instructions, où il pourra profiler de votre méthode et de vos expiicalions.
ÏV. Mais il ne suflit pas que le maître donne à l'enfant l'exposé des dogmes de notre foi et des devoirs qu'elle impose, il doit surtout s'efforcer d'en inspirer Tamour. Montrez, dirons-nous aux maîtres chrétiens, montrez la religion à Tesprit et au cœur des enfants, revêtue de ses divins attraits, de ses louchantes amabilités, si propres à faire impression sur des âmes que l'innocence rend plus accessibles aux douces et pures émotions de la vertu. Qu'elle leur apparaisse, cette fdle du ciel, cette grande bienfaiirice du genre humain, répandant partout le bonheur et la paix, possédant un baume pour toutes les plaies, des consolations appropriées à toutes les misères, des ressources, des bénédictions pour toutes les circonstances et pour toutes les conditions de la vie. Qu'ils la voient comme une tendre mère, qui veille sur leur berceau, et les conduit, comme par la main, à travers les écueils et les dangers de chaque âge, leur prodiguant jusqu'à la fin de leur carrière les soins les plus empressés, et les effusions de la plus tendre charité. Relevez leurs pensées, purifiez leurs affections, i ennoblissez leurs espérances , en les entretenant souvent * des^Jvérités générales sur lesquelles le christianisme repose; pénétrez-les vivement de la pensée de la présence de Dieu. Vous ferez beaucoup pour les rendre meilleurs, si vous les persuadez de cette vérité, qu'il y a un Être à la vue duquel ils ne peuvent se soustraire, au pouvoir duquel ils ne peuvent résister; que cet Être infiniment grand est cependant si bon, qu'il écoute toutes leurs prières , toutes leurs paroles. C'est par de pareilles idées qu'on parvient à inspirer aux enfants des motifs de conduite purs et élevés, en occupant leurs pensées non de la crainte de l'homme, qui ne voit que les apparences, mais
DE PÉDAGOGîE. 45 f
'de la crainte de Dieu, qui lit au fond des cœurs. Enfin, rendez vos leçons à la fois instructives et intéressantes, en les animant par les récits variés et touchants de l'histoire sublime de la religion. Et lorsque l'année ramène dans son cours quelqu'une de ces fêtes qui parent l'Eglise de ses plus beaux ornements, ou la couvrent de deuil, racontez à l'enfance le mystère qui en est l'objet, attendrissez son (œur au souvenir de tout ce que le divin Maître a luit par amour pour les hommes. Mêlez ainsi les faits du dogme et à la morale de notre sainte religion. Cette méthode, recommandée par les hommes les plus expérimentés dans l'instruction de la jeunesse, vous conduira aux résultats les plus utiles et les plus consolants.
Nous revenons à vous, nos chers Coopérateurs , et eus vous prions de suppléer à ce qui manque à ce court exposé de la méthode historique. Dirigez dans ce sens l'enseignement du maître, suivez vous-mêmes cette méthode dans vos catéchismes, vous lui en ferez ainsi mieux sentir les précieux avantages.
V. Attentifs à conserver intact le dépôt sacré de la foi, vous veillerez avec nous, à ce qu'elle ne subisse aucune altération dans l'école, à ce qu'il ne se glisse rien dans l'enseignement du maître, qui soit de nature à faire naître des idées fausses, exagérées, sur les dogmes ou sur les pratiques de notre sainte religion. Vous veillerez aussi, Messieurs, à ce que le maître donne à ces leçons toute l'attention et le respect qu'elles méritent, afin que les enfants sentent bien toute l'importance de la science du salut, sans laquelle ils ne sauraient être heureux, ni dans cette vie, ni dans l'autre.
VI. Quant au temps à donner dans les écoles à l'enseignement de la religion, il faut considérer les enfants avant et après la première communion. Pour les
Abi MANUEL
préparer à cette action sainte, qui exerce une si grande influence sur le reste de la vie, le maître et le pasteur uniront leurs efTorts, et ne négligeront rien pour en donner aux enfants une grande estime, et pour exciter ainsi dans leurs jeunes cœurs une noble émulation, qui les porte à s'en rendre dignes et capables.
VII. Nous avons la ferme confiance qu'à l'exemple des pays les plus renommés par leur zèle pour l'instruction primaire, les règlements détermineront, qu'avant la première communion les enfants consacreront au Catéchisme» tous les jours, une demiheure le matin et une l'après-midi, et qu'à mesure que l'époque de cette première communion approchera, on multipliera les instructions, de manière que pendant les deux ou trois mois qui la précéderont immédiatement, les enfants s'occuperont principalement de ce qui pourra les préparer dignement à cette grande action. Mieux ils la feront, plus ils profiteront ensuite de la fréquentation de Técole.
En recommandant cette pratique, nous ne craignons pas d'être taxés d'exigence par ceux qui ont quelque expérience des enfants. Ils savent combien il importe de donner à l'instruclion religieuse un fondement solide; ils connaissent aussi les dillicullés qui naissent de là légèreté, de l'inapplication et du peu d'intelligence de la plupart des enfants. D'ailleurs celte pratique est basée sur ce qui se fait depuis longtemps dans un grand nombre de paroisses de la Belgique, comme il conste par les renseignements qui nous ont été donnés.
VÏII. Après la première communion, les leçons de religion et de morale pourront être réduites à une chaque jour, également d'une demi-heure. Elle aura spécialement pour objet l'étude de l'Histoire sainte et le Catéchisme un pou plus développé. L'instituteur
doit exiger que les élèves se tiennent attentifs et respectueux; il leur inspirera lui-même ce respeci par un extérieur grave et recueilli, et en ne parlant jamais qu'avec vénération de tout ce qui a rapport à la religion. On ne saurait assez lui recommander de prêter une attention particulière, à ce que les enfants récitent les prières et le catéchisme avec beaucoup d'exactitude , et à ce que la ponctuation soit fidèlement observée.
Ces leçons, vu la difterence d'âge des enfants, ne pouvant être générales, il est nécessaire que le maître fasse en sorte que, pendant cet intervalle, le reste de la classe soit occupé à quelqu'une des autres branches de l'enseignement. Dans les écoles primaires où l'instruction religieuse est donnée par un ecclésiastique, l'instituteur peut se bornera faire apprendre les prières, ainsi que le texte du catéchisme et de l'histoire sainte.
IX. Nous devons aussi. Messieurs, appeler votre attention sur les livres destinés à l'enseignement religieux, et sur ceux qui sont désignés sous le nom d'ouvrages mixtes. Vous n'en tolérerez aucun qui n'ait été approuvé, conformément à l'article 9 de la loi; et comme les livres que Ton donne en prix ont ordinairement rapport à la religion ou à la morale, vous ferez en sorte que le choix ne tombe jamais que sur des ouvrages vraiment utiles et qui soient à Tabri de toute censure.
X. Quoique l'instruction religieuse puisse se borner aux leçons que nous avons indiquées, nous attendons cependant quelque chose de plus du zèle de l'instituteur. Vous l'exhorterez donc. Messieurs, à ne pas négliger les occasions qui se présentent si souvent , dans les autres parties de l'enseignement, de dire une parole d'édification, de faire intervenir quelque vérité de la religion, de rappeler un devoir, et d'ins-
pirer Tamour du bien; en un mot, de faire en sorte que tout dans ses leçons, comme dans sa conduite, respire la religion et la vertu. Vous l'engagerez dans ce même but, à placer, à l'endroit le plus apparent de récole, uu crucifix et une image de la sainte Vierge; à prononcer debout, et même à genoux, une courte prière, au commencement et à la fin de la classe ; à conduire tous les jours, s'il est possible, ses élèves à la sainte Messe. Si la distance des lieux ou d'autres circonstances ne le permettent pas, iî serait convenable de commencer l'école par la prière du matin. Les Dimanches et les fêtes, Tinstiluleur fera bien de réunir les enfants et de les mener à l'église , où ils entendront les offices sous sa surveillance. Toutes ces pratiques donneront à l'école une physionomie religieuse, qui exercera une salutaire influence sur le cœur des enfants, et aidera puissamment le maître à former leur éducation.
XI. En travaillant, comme nous venons de l'indiquer, à fortifier dans ses élèves les sentiments de religion, l'instituteur s'efforcera aussi de leur inculquer l'attachement aux institutions du pays, l'obéissance aux lois, un amour sincère pour notre auguste Souverain et pour sa Dynastie, et ce dévouement au bonheur de la patrie, qui distingua, dans tous les temps, les enfants de notre religieuse Belgique.
2** Former l'éducation religieuse et morale des enfants.
XII. L'éducation , destinée à former le cœur de l'enfant, à développer en lui les germes précieux de vertu que Dieu y a placés, et à le prémunir contre les funestes séductions du vice et des mauvaises passions, est sans contredit la pius noble et la plus importante fonction de l'instituteur. Pour en apprécier toute la grandeur, écoulons les divins enseignements de la foi. Qtie nous découvre-i-ellc, dit saint Jean Chrysostôme,
s'adressant aux parents et atix maC •■'^s chrétiens, dans cet enfant confié à votre sollicitude? sur son front vous lisez le sceau de la divine adoption; c'est à vous de veiller à ce que le péché ne le rompe point. Sa langue est encore assaisonnée du sel de la sagesse que vous devez y conserver. Sa tète, sa poitrine portent empreint le caractère d'enfant de Dieu; c'est vous qui en répondrez, s'il s'y altère. Son cœur est le vrai sanctuaire du St.- Esprit, et vous en êtes, pour ainsi parler, le gardien» Dans son âme vous découvrez le germe et le principe de toutes les vertus; c'est à vous de les y faire éclore. J.-C. vous montre les Anges de Dieu, campés nuit et jour pour sa défense, vous partagez avec eux ce noble emploi. Ajoutez à cette peinture touchante celle qu'un savant auteur (Rollin) , dont toute la vie a été consacrée à l'éducation de la jeunesse, trace ainsi de la principale fonction de l'instituteur : Quest-ce qu'un maître chrétien, chargé de l'éducation de la jeunesse? c'est un homme entre les mains de qui J.-C. a remis un certain nombre d'enfants, qu'il a rachetés de son sang et pour lesquels il a donné sa vie; en qui il habite comme dans sa maison et dans son temple; qu'il regarde comme ses membres , comme ses frères et ses cohéritiers ; dont il veut faire autant de rois et de prêtres, qui régneront et serviront Dieu avec lui et par lui pendant toute l'éternité. Et pour quelle fin les lui a-t-il confiés? est-ce précisément pour en faire des.... savants? qui oserait le dire et même le penser? Il les lui a confiés pour canserver en eux le précieux dépôt de l'innocence ^ qu'il a imprimé dans leur âme par le baptême, pour en faire de véritables chrétiens. Or, quelle grandeur, quelle noblesse, une commission si honorable najoute-t-elle point à toutes les fondions des maîtres!
XIII. Nous ne nous attacherons pas, Messieurs, à mentionner ici tous les moyens propres à réussir, dans l'œuvre si importante et si difticile de l'éducation
4 "6 MANUIX
lies enfants; nous ne ferions que répéter ce qui se trouve dans plusieurs ouvrages que les maîtres ne manqueront pas de consulter (S"»" circul. Ch. III. Art. 20). Vous les engagerez donc par tout l'intérêt que vous portez à la jeunesse, à y recourir souvent , et à faire de ces ouvrages leur étude habituelle. Ils y trouveront des règles et des conseils d'une grande sagesse, qui les aideront puissamment à remplir avec succès la plus belle partie de leur mission.
XIV. Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de parler ici de quelques unes des qualités que tout instituteur doit réunir, s'il veut travailler avec fruit à l'éducation des enfants. Outre l'obligation qui incombe au maître, comme à tous les chrétiens, d'édifier ses frères, nous trouvons dans le penchant à l'imitation qui se remarque chez tous les enfants, un molif spécial qui fait du bon exemple un des premiers devoirs de l'instituteur. Semblable à une cire molle qui prend toutes les impressions de la main qui la façonne, l'enfant se modèle sur son maître, il reproduit ses manières, ses bonnes qualités ou ses défauts; il se règle comme par instinct sur une autorité qu'il a souvent devant les yeux, et qu'il voit environnée de confiance et de respect. Que les actions du maître n'offrent donc rien de répréhensible, et qui ne puisse être proposé à l'imitation de ses élèves; qu'il soit intègre dans ses mœurs et exemplaire dans sa conduite; et, afin que ses actes soient toujours l'expression des sentiments qui l'animent, qu'il soit avant tout sincèrement pieux, de cette piété qui est utile à tout, qui rend la vertu aimable et qui lui gagne les cœurs; de cette piété qui consiste moins dans la multiplicité des pratiques de dévotion, que dans un amour sincère et filial pour tout ce qui intéresse la gloire de notre sainte religion , et dans la pratique constante et exacte des devoirs qu'elle prescrit.
DE PKDAGOGIli;. 457
XV. C'est de cette première qualité que découleront, comme de leur véritable source, les autres vertus qui forment le bon maître; c'est dans le sentiment religieux qu'il puisera ce noble dévoùment dont il doit être animé, en entrant dans la carrière de l'enseignement, carrière semée de tracasseries, de difficultés et de peines. Nous devons le reconnaître en effet, Messieurs, ii'esl-ce pas une vie laborieuse, une vie de sacrifices, que l'on demande au maître d'école? « Il n'y a point de fortune à faire, disonsnous avec un Ministre de l'Instruction publique en France dans une circulaire remarquable qu'il adressait* aux instituteurs en 1835; il n'y a point de fortune à faire, il n'y a guères de renommée à acquérir, dans les obligations pénibles qu'il accomplit. Destiné à voir sa vie s'écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l'injustice et l'ingratitude de l'ignorance, il s'attristerait et succomberait peut-être, s'il ne puisait sa force et son courage ailleurs, que dans la perspective d'un intérêt immédiat et purement personnel. 11 faut qu'un sentiment profond de l'importance morale de ses travaux le soutienne et l'anime, que l'austère plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contribué au bien public, devienne le digne salaire que lui donne sa conscience seule. C'est sa gloire de ne prétendre à rien au-delà de son obscure et laborieuse condition, de s'épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux qui en profitent, de travailler enfin pour les hommes, et de n'attendre sa récompense que de Dieu. »
Un pareil tableau des fonctions de l'instituteur serait sans doute de nature à effrayer le plus grand courage, si nous ne savions que la religion est capable d'élever l'âme à cette sublimité de sentiments, et de rendre doux et faciles des sacrifices plus grands encore. Que
rinstiluteur soit profondément religieux , il comprendra et il possédera ce dévoûment. Il y joindra aussi le zèle qui rend actif et industrieux dans le bien; qui soutient et anime le courage, prévient la négligence; qui inspire cette vigilance, ces soins assidus dont un bon maître entoure ses élèves; qui le rend sensible à leurs fautes, attentif à profiter de tous les moyens, de toutes les circonstances de leur être utile ; zèle enfin qui porte toute son attention, sa sollicitude, sur le trésor de leur cœur, l'inestimable innocence. 11 connaît tout le prix de ce trésor et il sait combien il est difficile de le recouvrer, quand une fois on l'a perdu. Gardien de ce précieux dépôt, quelles précautions ne prend-il point pour le conserver intact? non content d'inspirer aux enfants une grande estime de la pureté et une profonde horreur du vice, il s'attache surtout à les garantir des dangers qui les environnent, à bannir de l'école la grossièreté, l'indécence, les paroles obscènes, et tout ce qui pourrait blesser les bonnes mœurs. Plein d'indulgence pour beaucoup d'autres défauts, il est pour celui-ci d'une inflexible sévérité. On s'aperçoit aisément que porter atteinte à l'innocence de ses enfants, c'est blesser la prunelle de son œil , c'est le frapper au cœur. Loin de s'endormir dans une criminelle indifl'érence, sa vigilance s'inquiète au moindre signe du danger, et si , à son insu, l'homme ennemi venait à pénétrer dans l'héritage du Seigneur, il en serait expulsé, avant d'avoir pu y faire germer l'ivraie de la perversité.
Tel est, Messieurs, le zèle inspiré par la religion, zèle tout à la fois empreint de douceur et de fermeté, zèle actif, patient et infatigable, zèle qui ne tarderait pas à convertir nos écoles en de véritables sanctuaires de piété, d'innocence et de bonheur. Que ne nous estil donné d'en pénétrer les cœurs de tous ceux qui
sont chargés de l'éducation de l'enfance, et de leur faire comprendre la douceur et les consolations que la religion leur procurerait, en échange des peines qu'ils se donnent et des sacrifices qu'ils s'imposent! Vous travaillerez, Messieurs, à leur inculquer ce zèle par vos paroles brûlantes de la charité de J.-G. , et par l'exemple d'une vie toute de dévoûment.
XVI. Nous venons de parler des soins que réclame du maître l'innocence des enfants : à cet objet si important se rattachent des observations qui méritent toute votre attention. Dans la plupart des communes rurales, les deux sexes sont réunis dans la même salle d'école, et sous un même instituteur. Nous vous engageons. Messieurs, à user de toute votre influence pour corriger partout oii il est possible cet état de choses, qui peut exposer la moralité des enfants. D'autres motifs encore nous portent à désirer des écoles distinctes pour chaque sexe. On conçoit en effet qu'un instituteur est peu propre à donner aux filles une instruction convenable, dans laquelle les ouvrages manuels, par exemple, doivent nécessairement avoir une grande part; et qu'il ne peut pus mieux réussir à former leur éducation, qui exige une direction spéciale, et l'emploi de moyens différents de ceux qui conviennent à la couduite des garçons. Vous tacherez donc d'obtenir, du moins dans les paroisses riches et populeuses, deux écoles : l'une des garçons, dirigée par un instituteur, et l'autre des filles, dirigée par une institutrice.
XVII. Lorsque la charité des fidèles, aidée, s'il est possible, des ressources de la commune, en fourniront les moyens, vous ferez en sorte que l'éducation des jeunes personnes soit confiée de préférence aux Vierges du Seigneur, vouées, par état, à l'instruction de la jeunesse, et dont le dévoûment est toujours si pur et si sublime.
XVIII. Dans les communes où l'établissement do deux écoles ne pourra avoir lieu, vous recommanderez que la classe soit partagée en deux, même, s'il est possible, par une cloison, et qu'il y ait une porte dans chaque division. Il faudrait aussi que les heures d'entrée et de sortie ne fussent pas les mêmes, afin que les sexes ne se trouvassent point mêlés.
XIX. En faisant ces réserves dans l'intérêt de la moralité, nous nous conformons à plusieurs prescriptions de nos anciens Synodes, qui appellent tout spécialement l'attention de Messieurs les Curés, sur la séparation des deux sexes dans les écoles.
« On instruira séparément, autant qu'il est possible, les garçons et les fdles. Les filles, surtout lorsqu'elles deviennent plus grandes, seront confiées à des femmes respectables, qui sont d'ailleurs plus propres à leur donner l'instruction convenable; les garçons seront instruits par des hommes d'une capacité suffisante. {Synode provincial de Malines de Van 1570. Ht. 17. chap. 3). »
« Nous désirons qu'aussi bien dans les écoles dominicales que dans les autres, les garçons ne soient instruits que par des hommes, et les tilles par des femmes. Partout où il sera possible, on les placera dans des locaux séparés, ou on les séparera par des espaces convenables. (Synode provincial de Malines de Van 1607, Ht. 20. chap. ô). »
« Que l'on fasse en sorte que partout les garçons soient confiés à des hommes, et les filles à des institutrices. Et si dans quelques communes rurales, il n'est point possible de l'obtenir, que du moins les sexes soient convenablement séparés. (Synode provincial de Cambrai de Van 1631, Ht. 23. chap. 2j. »
XX. Ces prescriptions des Synodes provinciaux ont été publiées et renouvelées dans les Synodes diocésains; entre autres dans ceux d'Anvers, de Gand, d'Ypres et
DE PEDAGOGIK. 461
de Bruges, tenus en 157J ; dans celui de Cambrai de i604, dans celui d'Anvers de d610, dans celui de Gand de 1615, dans celui de Naraur de 1626, dans celui d'Ypres de 1629. Nous nous bornons à citer les textes des deux derniers.
« Gomme il a été reconnu que des abus graves résultèrent de ce que, dans certaines localités, on admettait, dans une seule et même école, simultanément les garçons et les filles. Nous avertissons l'Ecolâtre de notre église cathédrale, les doyens et les curés ruraux, d'empêcher, autant que possible, que cela n'ait lieu, et d'ordonner rigoureusement que des hommes seulement soient chargés de l'instruction des garçons, et que les filles soient confiées à des femmes; à moins que les enfants ne soient d'un âge à exclure toute crainte de danger. (Synode de Namur de 1626J. »
« Dans des localités oii des femmes, soit religieuses on autres, ouvrent des écoles, nous entendons que les jeunes personnes seules y soient admises et que les garçons soient confiés à des instituteurs. Dans les communes où il n'y a pas d'école distincte pour les deux sexes , nous défendons aux instituteurs d'admettre dans leur classe les jeunes personnes à moins qu'elles ne puissent être convenablement séparées des garçons. (Synode d^ Ypres de i61d. chap, i. art. 12J. »
XXI. La législation française sur l'instruction publique n'a pas non plus perdu de vue ces précautions. Une ordonnance du 29 Juillet 1816, art. 32, portait ; Les garçons et les filles ne pourront jamais être réunis pour recevoir l'enseignement. Mais une circulaire de la commission d'instruction publique, du 20 Mai de la même année, explique ainsi cet article : Quoique cette disposition soit dans l'ordre des convenances, il est possible que, faute de local, et dans les campagnes où il n'existe
4oi MA^,UKL
qu'un seul instituteur pour les deux sexes, elle soit d'une exécution difficile: dans ce cas il paraîtrait convenable de fixer deux séances, une le matin, pour les garçons y et l'autre le soir, pour les filles. Une décision du 13 Août 1833 établit que, quand on ne pourra disposer que d'une seule salle, il faudra prendre les précautions nécessaires , et notamment celle d'une cloison , établie à un mètre au moins de hauteur , entre les enfants des deux sexes.
Les paroles prononcées au sein de la chambre des Keprésentants , dans la discussion de la loi sur renseignement primaire, nous donnent la confiance que des dispositions analogues seront également admises dans notre pays.
XXII. Vous sentirez facilement. Messieurs, que si les circonstances dont il est parlé plus haut ne permettent pas toujours que les différents sexes aient chacun son local et ses maîtres particuliers ; on ne peut cependant user d'aucun tempérament pour les pensionnats, où le mélange des deux sexes ne peut être toléré, de quelque manière et sous quelque prétexte que ce soit.
§ 2. — De la visite des écoles.
XXIII. L'article 7 de la loi vous donne le droit y Messieurs, d'inspecter en tout temps l'école de votre paroisse. Dans les grandes paroisses où il y a plusieurs écoles, vous pourrez vous borner à ne les visiter qu'une fois tous les quinze jours, surtout lorsqu'elles sont disséminées dans plusieurs hameaux. Dans les petites communes rurales , où il n'y a qu'une école, vous la visiterez le plus souvent que vous pourrez, et régulièrement une ou deux fois la semaine. NouB aimerions, lorsque vos autres fonctions le permettent, à vous y voir le samedi, pour préparer les enfants au catéchisme du dimanche; et le lundi, pour
faire répéter par l'un des enfants, soit ce catéchisme, soit le sermon de la veille. Nous n'avons pas besoin de dire que vous pouvez vous faire aider dans ces fonctions par MM. vos Vicaires.
XXIV. La visite de l'école durera une demi-heure. Vous vous informerez de la conduite des enfants , de leur assiduité, de leur application et de leurs progrès. Soyez parmi eux, Messieurs, comme un père au milieu de sa famille, mais toujours avec un air de dignité, tempéré par la bonté, qui vous fasse tout à la fois aimer et respecter. Ne parlez au maître , surtout devant les élèves, que selon les bienséances de votre état et du sien, afin de maintenir son autorité et d'obtf»nir que de son côté il fasse respecter la vôtre. Cette réciprocité d'égards est d'une haute importance pour l'avenir.
Interrogez les élèves sur le catéchisme, avec simplicité et douceur, ayant soin de vous mettre à leur portée , et d'éviter tout ce qui pourrait les troubler. Priez, s'il le faut, pour les mettre d'autant plus à l'aise, priez l'instituteur d'interroger luimême en votre présence.
Profitez de cette visite pour exciter l'émulation , en accordant à la bonne conduite et à l'application, des éloges ou quelque petite récompense, et en flétrissant la paresse et les autres défauts graves, par quelques mots de réprimande ou de blâme* Vous terminerez par une courte allocution.
Si vous avez des observations à faire au maître , vous attendrez la sortie des écoliers ou vous le prendrez en particulier.
XXV. Quoique vous ne soyez appelés qu'à diriger et à surveiller l'enseignement religieux et moral , vous profilerez de l'ascendant que vous exercez sur l'esprit des enfants, pour exciter aussi leur émulalion , et favoriser leurs progrès dans les autres
id MAiNljËL
branches de rinstruclion; pourvu toutefois que celte intervention, tout officieuse, soit agréable au maître et aux autorités compétentes.
XXVL Tout ce que nous venons de dire s'entend également de l'instruction des filles, qui doivent être , au môme titre , l'objet de la sollicitude des pasteurs. Seulement, Messieurs, vous ne perdrez point de vue qu'il y a des devoirs à remplir , et des bienséances particulières à observer dans vos rapports avec elles , et avec les personnes de leur sexe qui sont chargées de les instruire; afin que nul prétexte ne soit fourni à la malveillance , et que les moindres apparences du mal soient évitées avec soin.
XXYII. Les remarques que vous ferez dans ces différentes visites sur la conduite des élèves, sur l'enseignement religieux, sur l'état moral de la classe , ainsi que tous les renseignements relatifs à l'école , devront être consignés dans un registre , uniquement destiné à cet usage, qui restera toujours accessible aux inspecteurs ecclésiatiques.
XXVIII. Mais ne vous bornez pas à la visite de l'école; soyez, Messieurs, partout le soutien de l'école et du maître. Faites souvent sentir aux parents, et par tous les moyens que votre ministère met à votre disposition, combien ils sont obligés de procurer à leurs enfants une éducation solidemenè chrétienne , et par conséquent de les envoyer à l'école. Prévenez, réfutez leurs objections, allez audevant de leurs difficultés ; usez de tout votre ascendant et de toutes vos ressources , pour déterminer les parents pauvres à faire profiter leurs enfants du bienfait de l'instruction gratuite, que leur offre la loi; exhortez, encouragez ces enfants, attirez-les à l'école. Annoncez à l'église , si vous le trouvez bon, les solennités de l'école, telles que les examens.
la distribution des prix, les expositions d'ouvrages , etc., et relevez, autant que possible, ces cérémonies par votre présence.
XXÏX. Enfin vous aurez un soin particulier des institutions qui doivent compléter et rendre stable l'œuvre de l'école primaire. Telles sont les écoles dominicales, les écoles d'adultes, les écoles de chant, les pieuses associations. Lorsqu'elles sont bien dirigées, l'enfant qui au sortir de l'école est reçu dans leur sein , y trouve tout à la Ibis le moyen de conserver et de perfectionner ses connaissances, et, c<' qui est [>lus précieux encore, celui de s'affermir el de persévérer dans le bien.
J 3. — Des rapports de MM. les Curés avec l'instilutcur et les Inspecteuis
civils.
XXX. Montrez à l'instituteur. Messieurs, beaucoup de bienveillance et d'inlérêt. Assiirez-le de votre concours , tant que son école répondra à votre attente, et convainquez-le par vos actes, que vous ne vous bornez pas à des paroles stériles. Accueillez-le avec bonté, mais en évitant de prendre à son égard un ton familier qui diminue le respect et affaiblit l'autorité. Aidez-le de vos lumières et de vos conseils , pour tout ce qui concerne l'enseignement religieux, Je bon ordre et la moralité de la classe. Secondez ses efforts dans les améliorations à introduire. Entretenez son zèle et relevez son courage, au milieu des difficultés inséparables de son état. Environnez ces modestes fonctions, que le monde apprécie souvent si mal , de toute la considération qu'elles méritent. Inspirez-en à lui-même une grande estime , qui le porte à les honorer par une conduite conforme aux devoirs qu'elles imposent. Que l'homme guidé par un sordide intérêt n'y voie qu'un métier qui fournit à sa subsistance; pour lui, élevant ses vues plus
4GG MAINIIEL
haut, il comprendra toute la grandeur de sa mission ^ qui intéresse à la fois les familles, la religion et la patrie. Il se verra investi d'une fonction sociale des plus importantes, d'une espèce de sacerdoce.
XXXÏ. Estimez-vous heureux, Messieurs, si vous possédez, dans vos paroisses, des instituteurs qui comprennent ainsi leur état. Ce sont des auxiliaires puissants, dans l'accomplissement des devoirs de votre saint ministère; les services qu'ils vous rendent, méritent toute votre attention et votre reconnaissance. Estimez-vous surtout heureux, s'il vous est donné de voir à la tête de vos écoles , ces bons Frères des écoles chrétiennes , au zèle desquels nous nous plaisons à rendre ici un hommage bien mérité. Assurezles souvent. Messieurs, de toute notre affection, et du vif intérêt que nous portons à leurs modestes et si utiles travaux. Nous sommes heureux de pouvoir joindre cette faible marque de notre estime et de notre gratitude, envers l'institut des écoles chrétiennes, aux témoignages des Représentants qui, dans la discussion de la loi sur l'enseignement primaire , se sont plus aussi à donner à ces amis, à ces bienfaiteurs de l'enfance, le tribut d'éloges, que l'opinion publique leur décerne depuis longtemps. — « J'ai eu plus d'une occasion, a dit M' Lebeau, de reconnaître que les Frères des écoles chrétiennes peuvent rendre de très-grands services à l'enseignement primaire , notamment à l'enseignement des classes pauvres. J'ai vu les heureux effets de leur patience, de leur douceur, de leur instruction. J'ai reconnu leur heureuse influence sur le caractère des enfants pauvres, confiés à leurs soins. {Séance du 12 Août 1842.) Comme l'honorable M' Lebeau , j'ai eu l'occasion d'apprécier l'admirable dévouement, le désintéressement des Frères de la doctrine chrétienne. » a dit dans la môme séance, M» Nothomb, Ministre de l'Intérieur.
XXXII. Si malgré les soins que vous donnerez à renseignement primaire, un instituteur élait assez malheureux pour s'écarter de son devoir, \^us le reprendrez d'abord avec douceur, entre vous et lui. Avant de porter plus loin votre plainte, vous userez d'une grande patience, vous épuiserez tous les moyens de persuasion; et dans les circonstances difficiles qui pourront survenir, vous n'adopterez, par vous-mêmes, aucune mesure de quelque gravité : vous en référerez à l'Inspecteur ecclésiastique du canton , et même, s'il est nécessaire, à celui du diocèse , qui agira d'après nos conseils. Entrelemps vous continuerez à donner vos soins à l'école, à la visiter, comme il est prescrit plus haut.
XXXIII. Lorsque MM. les Inspecteurs civils vous feront visite, recevez-les toujours avec les égards qui sont dus à l'autorité dont ils sont revêtus. S'ils vous Invitent à les accompagner dans les écoles , faites-le de bonne grâce, et donnez-leur avec franchise, tous les renseignements qui pourront être utiles.
% L — Des rapports de MM, les Curés avec les Inspecteurs ecclésiastiques,
XXXIV. Conformément aux dispositions insérées dans la loi, et pour répondre aux besoins de l'enseignement dans nos diocèses , nous organiserons l'inspection ecclésiastique , de la même manière que l'est l'inspection civile; c'est-à-dire, qu'elle se composera : i° des Inspecteurs diocésains, qui seront chargés, sous notre direction, de toutes les affaires qui concernent l'instruction primaire. Ils auront leur résidence dans les villes épiscopales, c'est là que vous leur adressez vos lettres, franc de port, ou sous notre couvert , en ayant soin d'inscrire au bas de l'adresse : Instruction primaire, â*» Des Inspecteurs cantonaux, qui surveilleront et inspecteront toutes les écoles de leur ressort. Vous correspondrez,
potir les affaires ordinaires, avec ces Messieurs, qui en référeront à l'Inspecteur diocésain , dans les cas difficiles.
XXXV. Vous accueillerez, nous n'en doutons pas, Messieurs , les Inspecteurs ecclésiastiques , comme nos délégués , comme des amis et des auxiliaires que nous vous donnons, pour partager avec vous le soin des écoles, pour seconder les efforts de votre zèle, et assurer aux enfants le bienfait d'une éducation religieuse.
XXXVÏ. Nous vous conjurons en finissant, Messieurs, de ne jamais perdre de vue, que* le succès de votre saint ministère dépend en grande partie de la première éducation de l'enfance. Le jeune homme, dit l'Esprit- Saint , suit sa première voie; dans sa ineillesse même il ne la quittera pas. Donnez donc à cet âge si intéressant, tous les soins qu'il réclame de votre zèle et de voire tendresse; efforcez-vous d'inspirer aux instituteurs les sentiments dont vous êtes vous-mêmes pénétrés. Appelez souvent leur attention sur le trésor de l'innocence, confié à leur sollicitude; qu'ils l'entourent de vigilance et de toutes les précautions que la religion sait si bien inspirer; qu'ils ne négligent rien pour en assurer la conservation; et leur récompense sera grande, devant Dieu et devant les hommes.
Recevez, Messieurs, l'assurance de notre estime et de notre sincère attachement.
f ENGELBERT, Gard. Arch. de Matines.
f GORNEÏLLE, Évêque de Liège.
t FRANÇOIS,. Évêque de Bruges.
f G.-J., Evêque de Tournai.
t NICOLAS-JOSEPH, Évêque de Namur.
+ LOUIS-JOSEPH , Évêque de Gand.
Articles de la loi organique de l'instruction primaire , qui concernent le Clergé.
Art. 6. L'instruction primaire comprend nécessairement l'enseignement de la religion et de la morale, la lecture, l'écriture, le système légal des poids et mesures, les éléments du calcul, et suivant les besoins des localités, les éléments de la langue française, flamande ou allemande.
L'enseignement de la religion et de la morale est donné sous la direction des ministres du culte professé par la majorité des élèves de l'école.
Les enfants qui n'appartiennent pas à la communion religieuse en majorité dans l'école, seront dispensés d'assister à cet enseignement.
Art. 7. La surveillance des écoles, quant à l'instruction et à l'administration , sera exercée par l'autorité communale, d'après les dispositions de la loi du 30 Mars 1856, et par les inspecteurs, d'après les prescriptions du titre suivant.
Quand à l'enseignement de la religion et de la morale, la surveillance sera exercée par les délégués des chefs des cultes.
Les ministres des cultes et les délégués du chef du culte auront, en tout temps , le droit d'inspecter l'école.
L'un de ces délégués pourra assister aux réunions cantonales, dont il est parlé à l'article 14, et diriger ces réunions sous le rapport de l'instruction morale et religieuse.
L'Évêque diocésain et les consistoires des cultes rétribués par l'état pourront se faire représenter auprès de la commission centrale d'instruction, par un délégué qui n'aura que voix consultative.
Les Évéqnes et les consistoires feront connaître, tous les ans, au Ministre de l'intérieur, qui en
donnera avis aux administrations communales et provinciales, ainsi qu'aux autorités scolaires de chaque ressort, le personnel et l'organisation de cette inspection ecclésiastique.
Art. 8. Tous les ans, au mois d'Octobre, chacun des Évêques diocésains et les consistoires pour les écoles appartenant aux autres confessions, communiqueront au Ministre de l'Intérieur un rapport détaillé sur la manière dont l'enseignement de la morale et de la religion est donné dans les écoles soumises au régime de la présente loi.
Art. 9. Les livres destinés à l'enseignement primaire dans les écoles soumises au régime d'inspection établi par la présente loi , sont examinés par la Commission centrale et approuvés par le Gouvernement, à Texception des livres employés exclusivement pour l'enseignement de la morale et de la religion, lesquels sont approuvés par les chefs des cultes seuls.
Les livres de lecture employés en même temps à l'enseignement de la religion et de la morale , sont soumis à l'approbation commune du Gouvernement et des chefs des cultes.
Art. 11. Le Conseil communal pourra suspendre l'instituteur pour un terme qui n'excédera pas trois mois, avec ou sans privation de traitement, le Gouvernement sera appelé à statuer définitivement sur le maintien ou la révocation de Tinslituteur , en prenant l'avis des inspecteurs, le conseil communal et l'instituteur entendus.
Le Gouvernement pourra , d'ofiice , suspendre ou révoquer un instituteur communal, en prenant l'avis des inspecteurs, le conseil communal et l'instituteur entendus.
Art. 14. L'inspecteur cantonal réunira, en conférence, sous sa direction, au moins une fois par trimestre, les instituteurs de son ressort ou de chaque canton.
Les instituteurs libres peuvent aussi être admis à ces conférences, si l'inspecteur le juge convenable.
Des jetons de présence seront accordés aux instituteurs qui y assisteront.
Ces conférences auront pour objet tout ce qui peut concerner les progrès de l'enseignement primaire, et spécialement Fexamen des méthodes et des livres employés dans les écoles.
Art. 15. Un règlement arrêté par le Conseil communal, sur la proposition de l'inspecteur provincial, rinspecteur cantonal entendu , et approuvé par la tiéputation du conseil provincial, sauf recours au Roi, déterminera, dans chaque commune, la rétribution
des élèves, le mode de recouvrement, les jours et les heures du travail, les vacances, le mode de punition et de récompense.
Art. 17. Les inspecteurs provinciaux se réunissent tous les ans en commission centrale, sous la présidence du Ministre de l'Intérieur.
Le Ministre pourra les convoquer en session extraordinaire, quand l'intérêt de l'instruction l'exigera.
Art. 26. Aucune école ne pourra obtenir ou conserver un subside ou une allocation quelconque de la commune, de la province ou de l'État, si l'autorité qui la dirige ne consent à la soumettre au régime d'inspection établi par la présente loi.
Les infractions aux dispositions légales sont constatées, soit par les inspecteurs civils, soit par les inspecteurs ecclésiastiques. Elles sont portées à la connaissance du Gouvernement par les rapports dont il est parlé aux art. 8 et 18.
Si ces rapports signalent des abus dans une école, le Ministre de l'Intérieur en informe l'administration dirigeant l'école, et use des moyens propres à amener l'exécution de la loi.
41^2 ItfANUHL
Lorsque les abus sont constatés par le Gouvernement et reconnus par lui constituer la non-exécution de l'une des conditions essentielles de la loi, et que l'autorilé dirigeant l'école se refuse à les faire cesser , les subsides communaux, provinciaux et de l'Etat, seront retirés par un arrêté royal motivé , et inséré au Moniteur.
Art. 29. Des concours pourront être institués, soit par ressort d'inspection, soit par canton, en réunissant les écoles indistinctement, ou en séparant celles des villes d'avec celles des campagnes.
La participation à ces concours est obligatoire pour les établissements soumis au régime de la présente loi et facultative pour les écoles privées.
Une bourse pourra être accordée par le conseil provincial, à celui des élèves qui, peu favorisé de la fortune, aura subi les épreuves du concours avec le plus de distinction.
Art. 50. Le jury d'examen est composé de l'inspecteur cantonal , de deux membres désignés par la députation permanente du conseil provincial, d'un membre désigné par l'inspecteur provincial , et d'un délégué du chef du culte professé par la majorité des habitants.
Art. 56. Indépendamment de la direction et de la surveillance particulière que le Gouvernement exerce sur les écoles primaires supérieures et sur les écoles normales, ces institutions sont soumises au mode de direction et d'inspection ecclésiastique, résultant des articles 6 , § 2; 7, § 2 à 4; 8 et 9 de la présente loi.
Les instituteurs et professeurs des écoles normales et des écoles primaires supérieures sont nommés et révoqués par le Gouvernement.
Il y aura, dans chaque école normale, un ministre du culte, chargé de l'enseignement de la morale et de la religion.
D-E PEDADOGIK. 475
Juin 484G.
Messieurs ,
Quoique dans notre circulaire du 26 janvier 1845, nous nous soyons étendus quelque peu sur les devoirs de l'instituteur, afin de vous aider par nos conseils, à diriger, dans les écoles, renseignement de la religion et de la morale, conformément à Fart. 6 de la loi organique sur renseignement primaire, nous venons de nouveau appeler votre attention sur cet objet important de votre ministère , et préciser davantage le mode d'exécution que nous tenons à voir mettre en pratique dans les écoles , pour ne laisser ainsi aucun doute à l'instituteur, sur la manière de s'acquitter des deux grandes obligations que la loi lui a créées , savoir : de donner aux enfants l'instruction religieuse et morale, et de former en même temps leur éducation religieuse et morale.
L'article 6 de la loi porte : l'enseignement de la religion et de la morale est donné sous la direction du ministre du culte professé par la majorité des élèves de l'école.
Pour satisfaire à cette disposition de la loi, et en même temps pour établir, autant que possible, l'uniformité d'enseignement religieux dans les divers diocèses de la Belgique, nous avons d'un commun accord adopté la méthode de direction qui fait suite à cette circulaire, et qui pourra. Messieurs, vous servir de base dans l'exercice des fonctions importantes que notre circulaire du 26 janvier 1843 a confiées à votre zèle.
Les détails parfois minutieux dans lesquels nous avons cru devoir entrer, seront, nous osons l'espérer, une nouvelle preuve pour Messieurs les instituteurs,
474 WAMJLL
du vif intérêt que nous portons à leur utile profession , et de l'appui que nous nous estimerons toujours heureux d'offrir à leurs louables efforts.
Vous tacherez. Messieurs, de les seconder d'une manière efficace : vous les aiderez à comprendre, et la lettre , et l'esprit de la méthode de direction dont nous venons vous faire part ; vous contribuerez autant qu'il est en vous à obtenir et à faciliter l'entière exécution des dilFérentes dispositions qui y sont contenues, et qui sont l'expression fidèle du mode d'enseignement religieux et moral que nous tenons à voir adopter dans les écoles.
Ces dispositions sont moins une nouveauté, que bien un résumé de ce qui se pratique déjà dans les bonnes écoles; c'est le résultat de l'expérience acquise: aussi n'hésitons-nous pas à croire qu'elles seront accueillies par Messieurs les instituteurs avec cette déférence, cet empressement qu'ils ont montré jusqu'ici pour tout ce qui concerne l'enseignement religieux et moral. II nous est doux de pouvoir, sur le rapport de Messieurs les inspecteurs diocésains, leur donner ce bienveillant témoignage.
Nous ne répéterons pas, Messieurs, les puissants motifs que nous avons fait valoir dans notre circulaire du 26 janvier 1845, pour stimuler votre zèle à faire régulièrement la visite des écoles.
Vous avez compris. Messieurs, ce que cette mission avait d'éminemment utile; vous vous êtes empressés de venir en aide à la bonne volonté des instituteurs; vous avez contribué à peupler les écoles , à faire comprendre aux parents pauvres ce qu'il y aurait de coupable dans leur conduite, si, au moment où la loi accorde à leur enfant le droit d'être admis gratuitement à l'école, ils allaient, par insouciance, lui ravir l'occasion si belle de s'instruire , et d'adoucir son sort pour l'avenir.
DSi PÉDAGOGIE. 475
Votre zèle, Messieurs, s'est aussi adressé aux enfants : vous vous êtes souvenus des belles paroles de notre divin Sauveur : Ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi-même que vous le faites; vous les avez stimulés par votre présence , vous leur avez porté des paroles de sanctification, vous avez consolidé l'œuvre du maître, vous êtes venus donner du poids à ses paroles.
C'est celte œuvre , Messieurs, que vous continuerez avec ardeur , et que nous recommandons encore une fois à toute votre sollicitude; laissez venir à vous les petits enfants, dirons-nous, imitez en ceci votre divin Maître; voyez en eux des enfants de Dieu, confiés à vos soins; leur âme conlieni le germe de tcutes les vertus , vous avez la mission de les y faire éclore.
Recevez, Messieurs, etc.
DIRECTION A DONNER A L'ENSEIGNEMENT DE LA RELIGION ET DE LA MOîULE.
Enseignement de la religion et de la morale.
l \, — Matières à enseigner.
Art. 1. L'enseignement de la religion et de la morale comprend trois parties : les prières ordinaires du chrétien; l'Abrégé de la Doctrine chrétienne, renfermé dans le Catéchisme du diocèse; et l'Histoire S':iinte, tant de l'ancien que du nouveau Testament.
Ces trois parties forment le programme obligatoire du cours de religion et de morale dans les écoles primaires.
47(5 mà.mel
Ce programme sera rempli de la manière suivante r
Art. 2. L'instiluleiir mettra entre les mains de ses élèves les prières éditées par ordre de l'autorité diocésaine, les catéchismes autorisés dans le diocèse, et un abrégé de l'Histoire sainte, tant de l'ancien que du nouveau Testament, revêtu de l'approbation de l'ordinaire, conformément à l'article 9 de la loi.
L'instituteur ne fera usage d'aucun autre livre pour l'enseignement de la religion et de la morale.
Art. 3. Le soin principal de l'instituteur doit consister à faire apprendre par cœur à ses élèves le texte des prières et du catéchisme, à le leur faire comprendre d'une manière précise, et à leur imprimer un profond respect pour ces prières et ces grandes vérités de la religion.
L'instituteur ne doit entrer dans aucun développement du dogme ; il se bornera à donner aux enfants des explications simples et familières sur le sens des mots; il y joindra utilement quelques comparaisons choisies parmi les objets qui tombent sous les sens des enfants , ou le récit de faits historiques avérés , propres à foire sur eux une impression salutaire.
L'enseignement religieux, compris de cette manière , n'exige ni recherches, ni efforts d'esprit; c'est une œuvre de patience , qui demande de l'assiduité et du dévouement ; il faut tourner et retourner sans cesse les demandes et les réponses, converser avec les enfants, en s'abaissant jusqu'à eux , et mettre ainsi les connaissances sublimes de la religion à la portée de leur intelligence.
Art. 4. Quant à l'Histoire sainte, si l'instituteur ne fait pas apprendre par cœur le chapitre dont il doit être question dans la leçon, il exige du moins que les enfants puissent en rendre compte, et à cet etfet il les interroge en détail sur les faits et les
1>E PEDAGOGIE. Al i
principales chconsiances relatées dans ce chapitre; il les exerce ensuite à en faire le récit exact, qnoiqu'en d'autres mots; il exige de la précision dans les faits et de la netteté dans la forme; il a soin de faire suivre le récit de réflexions morales.
Si l'instituteur ne peut exposer l'Histoire sainte en entier , il fera bien de se borner aux traits les plus saillants de l'ancien Testament, afin de pouvoir donner plus en détail le nouveau Testament.
J 2. — Temps à employer à renseignerncBl de la Religion et de la Morale.
Art. 5. H y aura pour chaque division un heure de leçon de religion et de morale par jour, une demiheure le matin et une demi-heure l'après-midi.
Cette leçon doit être donnée de manière à inspirer le respect; tous les élèves doivent consacrer la demiheure tout entière à leur instruction religieuse.
Il importe beaucoup que l'instituteur profile en outre des leçons ordinaires de lecture, pour préparer les enfants à rinlelligence du texte du catéchisme et de l'Histoire sainte, dont on les occupera plus spécialement pendant le temps destiné à l'enseignement de la religion et de la morale.
Art. 6. Dans les écoles tenues par un seul maître , sans assistant , les enfants seront partagés pour l'enseignement religieux , en deux divisions seulement.
La division supérieure comprendra ceux qui aspirent prochainement à faire leur première communion et ceux qui l'ont faite; la division inférieure se composera des plus jeunes.
L'instituteur se partagera entre les élèves de ces deux divisions, de manière à donner l'instruction aux uns, tandis que les autres repassent la leçon qu'ils ont à réciter. Le plus souvent la leçon sera générale : le maître s'adressera à toute la classe, et lâchera d'obtenir de tous les enfants une attention
soutenue. Mais les difficultés qui sont ici inévitables, porteront l'instituteur à former le plus tôt possible un moniteur intelligent, ou à s'adjoindre quelque autre personne dévouée, qui puisse s'occuper des plus jeunes en fan (s.
L'instituteur pourtant aura à cœur cette précieuse portion de ses élèves; il s'en occupera aussi par luimême, et ne les abandonnera pas entièrement à un assistant novice.
Dans les écoles où l'instituteur est secondé par un ou par plusieurs assistants, l'enseignement sera gradué suivant la diversité des classes ; chaque sous-maître s'occupera spécialement de sa division.
§ 3. — Méthode à suivre pour reBseignemeul de la Religion et de la Morale.
Art. 7. Des deux demi-heures consacrées tous les jours à l'enseignement de la religion et de la morale, l'une peut être employée à réciter la leçon de la semaine, l'autre, à répéter des leçons déjà apprises.
Chaque jour les enfants apprennent par cœur quelques demandes et réponses du catéchisme.
Art. 8. Quand l'inslituleur est aidé d'un nombre suffisant d'assistants, le mode de donner la leçon de religion est facile; les difficultés ne se présentent que quand l'instituteur est obligé de donner seul l'enseignement à toute la classe. Dans ce cas, on conseille la méthode suivante qui est suivie avec succès dans plusieurs écoles :
1° Faire réciter quelques leçons simultanément, avec pauses mesurées. Le maître ou un des élèves récite distinctement la demande et la réponse, avant que les enfants les répèlent.
2° Faire réciter individuellement les mêmes leçons par quelques élèves, en s'adressant de préférence à
ceux sur lesquels l'instituteui* aurait des cloutes, ou qui auraient besoin d'être stimulés.
5" Expliquer, d'une manière simple, le sens des mots que les enfants ne comprennent pas aisément.
•4'' Ajouter quelques mots de morale en rapport avec les leçons expliquées.
L'instituteur emploie tous les moyens d'émulation qui sont en son pouvoir, pour que les leçons soient récitées avec la plus grande exactitude, et avec les pauses convenables.
Art. 9. Le samedi il y a répétition des demandes apprises dans la semaine.
Le dernier samedi du mois, il y a répétition des leçons du mois entier. Quelque récompense spéciale est accordée à celui qui a le mieux satisfait.
En général les répétitions ne sauraient être trop fréquentes : il faut surtout qu'elles portent sur les définitions et sur les questions essentielles de chaque leçon.
Le maître insistera, dans ces répétitions, sur les principales explications qu'il aura données du véritable sens des mois, afin de s'assurer que les enfants comprennent ce qu'ils disent.
Art. 10. Dans la division où l'on se prépare à la première communion, l'instituteur redouble de soins, soit pour que la lettre du catéchisme soit parfaitement sue, soit pour que les enfants se pénètrent davantage des vérités qu'ils ont à mettre en pratique.
C'est ici que dans les entretiens il doit insister sur les pratiques usuelles de la vie chrétienne; sur la fréquentation des offices de l'église; sur les sacrements et le saint sacrifice de la messe; sur les prières du matin et du soir, avant et après le repas, avant et après les classes ; sur les devoirs des enfants envers leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs maîtres, les autorités ecclésiastiques et civiles, et leurs condisciples.
4F,0 majmivl
Quelques semaines avant la première communion, Tinstituteur s'attachera de tout cœur à y préparer les enfants appelés à faire cette grande action; il aura soin d'y intéresser tous les autres élèves; cette époque sera pour toute l'école une époque de renouvellement : les études n'y feront que gagner.
Art. il. Dans les écoles primaires les plus complètes, l'enseignement religieux devra être, pour la division supérieure, plus solide.
Les élèves de cette classe répéteront régulièrement, comme dans les divisions inférieures, les leçans déjà apprises. Le maître s'attachera à leur faire comprendre plus à fond le catéchisme, et à leur en faire rendre compte avec précision. Un catéchisme avec explications sera mis entre les mains des élèves.
C'est alors que les entretiens devront être ménagés avec art, pour inspirer plus efficacement l'amour du devoir, le zèle pour les pratiques de la religion, une ferme résolution d'observer partout les règles de la modestie et de la bienséance chrétienne.
C'est alors encore que l'instituteur se fera un devoir d'inculquer à ses élèves un attachement inviolable aux institutions du pays, un dévoûment entier au bien pwblic, et un amour sincère pour l'auguste Dynastie qui nous gouverne.
Art. 12. Enfin, pour compléter cet enseignement religieux, les instituteurs qui se trouvent souvent en rapport avec leurs élèves, en dehors des heures de classe, pourront accorder, par forme de délassement ou de récompense, la permission de faire de temps en temps une lecture édifiante. L'instituteur luimême ferait peut-être avec fruit devant ses élèves, une ou deux fois par semaine, une lecture de ce genre.
La veille des fêtes l'inslituleur fait apprendre ou répéter la leçon qui s'y rapporte; il explique la fête
i;i lendemain; il fait lire dans l'histoire du nouveau lestamenl le chapitre qui en traite.
Récitation des prières.
AuT. 13. Les classes commenceront et finiront par une prière faite en commun.
Comme il importe que l'enfant apprenne à l'école à réciter exactement les prières ordinaires du chrétien, la classe du matin s'ouvrira par la récitation des prières du matin, et la classe de l'après-midi se terminera par les prières du soir.
Le texte de ces prières se trouve indiqué dans le catéchisme du diocèse.
11 est facultatif de faire chanter une strophe d'un cantique religieux , après les prières du matin et du soir.
Art. \A. Avant que la prière commence, il doit régner un silence parfait. Les enfants ont les mains jointes, les yeux baissés; leur maintien est pieux, modeste; le maître en donne l'exemple; il rappelle aux enfants la présence de Dieu, avant de faire le signe de la croix.
Quelle que soit la manière de réciter les prières, soit que le maître et les élèves prient à tour de rôle, soit que les enfants prient tous ensemble, on veillera à ce qu'ils répondent ou prient lentement et distinctement.
Les prières se font à genoux, sauf le cas où le maintien de l'ordre exige qu'on les fasse debout, ou même assis, les mains jointes sur le pupitre.
L'instituteur veillera, d'une manière toute spéciale, à ce que les enfants, dès le bas âge, connaissent parfaitement les prières qu'on récite cnclasse.
48ïJ MAISUEL
Art. 15. Dans les paroisses où l'usage en est établi, et dans celles où il peut être commodément introduit, rinstituteur conduira ses élèves à la sainte Messe et les y surveillera.
Si la distance des lieux, l'heure de la sainte Messe, ou d'autres circonstances rendaient celte disposition d'une exécution trop difficile , l'instituteur du moins engagera fréquemment les enfants à assister le plus souvent au saint sacrifice.
Il surveillera également ses élèves, si rien ne s'y oppose, pendant les autres offices ou instructions qui les réunissent en corps à l'église.
11 aura soin de leur inspirer le respect du lieu saint, et de les habituer, tant par son exemple que par ses exhortations, à s'y tenir constamment recueillis.
Éducation morale et religieuse.
Art. i6. L'éducation, destinée à former le cœur de l'enfant, à développer les germes, de vertu qui se trouvent en lui, et à le prémunir contre les funestes séductions du vice, est sans contredit la plus noble el la plus importante fonction de l'instituteur.
Les indices d'une bonne éducation morale et religieuse sont : «ne piété sincère, une soumission respectueuse envers les parents et les supérieurs, un maintien modeste, de la complaisance et de la politesse à l'égard des compagnons que l'enfant fréquente, et une déférence marquée pour les personnes d'un âge mûr.
L'instituteur saisira les occasions qui se présentent fréquemment pour inspirer à ses élèves l'amour de ces vertus; il aura soin d'écarter en même temps tout ce qui pourrait porter atteinte à l'innocence.
Pour réussir dans cette double tâche, il observera fidèlement les règles qui suivent :
Art. i7. Comme l'enfant se modèle sur son maître, e( reproduit ses manières, ses bonnes qualités ou ses défauts, l'instituteur aura le plus grand soin d'être exemplaire dans sa conduite.
Il sera sincèrement pieux; il se fera une heureuse habitude des pratiques et des devoirs que la religion prescrit.
11 sera mesuré dans ses discours; sa tenue sera décente, son maintien réservé.
Il ne fréquentera pas les personnes d'une réputation suspecte ; il évitera soigneusement les sociétés bruyantes.
Sévère pour lui-même, il sera indulgent pour les autres; il saura rendre la vertu aimable; heureux au milieu de ses élèves, il les aimera sincèrement; il aura pour eux tous les égards d'un père; il se montrera plein d'attentions pour les enfants pauvres.
Art. 18. Persuadé que la Doctrine chrétienne est la plus utile et la plus nécessaire de toutes le» sciences, il aura un grand zèle pour l'enseigner aux enfants.
Il s'appliquera à connaître d'une manière précise les vérités renfermées dans le catéchisme diocésain, et les faits de l'histoire sainte ; il tâchera de se rendre capable d'en donner des explications simples et familières; il donnera à cet enseignement toute l'attention et le respect qu'il mérite : c'est en montrant aux enfants la religion revêtue de ses divins attraits , qu'il leur fera aimer les devoirs qu'elle impose.
Il veillera à ce que les élèves, pendant toute la leçon de religion, se tiennent dans une attitude respectueuse; il leur inspirera lui-même ce respect par un extérieur grave et recueilli, et en ne parlant
jamais qu'avec vénération do tout ce qui touche à la religion.
Il saisira les occasions qui se présentent si souvent dans les autres parties de l'enseignement, de dire une parole d'édification, de faire intervenir quelque vérité de la religion, de rappeler un devoir, et d'inspirer l'amour du bien.
Art. 19. Il tâchera d'être toujours d'humeur égale devant les élèves; il s'exercera à la patience, il saura souvent tolérer et attendre.
Il ne châtiera pas les enfants par colère; il ne fera jamais usage de paroles dures et injurieuses.
Il s'abstiendra de crier, de menacer: les enfants s'y accoutumeraient et n'en deviendraient pas meilleurs.
Art. 120. Il consultera souvent les bons ouvrages qui traitent des devoirs des instituteurs, surtout : les douze vertus d'un bon maître , par M. Dt: la Salle; la conduite des écoles chrétiennes, par le même; de l éducation des filles, par Fénélon; Cours de pédagogie, par Rendu Fils; Manuel de pédagogie y par B. Overberg (i); et les ouvrages de ce genre adoptés dans les divers diocèses.
Art. 21. Il aura soin de donner à son école une physionomie religieuse , qui exercera une salutaire influence sur le cœur des enfants, et aidera puissamment le maître à faire leur éducation. A cet effet, il placera à l'endroit le plus apparent de l'école et en face des enfants, un crucifix et une image de la sainte Vierge.
Art. 22. Il habituera ses élèves à mettre en pratique les règles de la civilité chrétienne, et réformera ce qu'il y aura de répréhensible dans leurs manières, pour en faire ainsi des hommes qui sachent vivre avec
(1) Dans une circulaire, adressée le 10 Août 1846 à MM. les Inspecteurs ecclésiastiq cant. , Ms' l'Évêque de Namur recommande, d'une manière spéciale le Slanuel d' Overberg , et les Doaz': Vertus d'an bon Mailre.
BE PÉDAGOClEr 485
donneur, et qui se fassent estimer dans la société. Il les accoutumera surtout à être polis à son égard.
Art. 25. Il écartera avec soin de son école tout livre dangereux, et il emploiera de préférence les ïivres où l'on fait intervenir les vérités de la religion et les préceptes de la morale, et qui en inspirent l'amour.
Parmi les exemples d'écriture et de grammaire qu'il présentera à ses élèves, il aura soin d'introduire des maximes morales, qui se graveront ainsi dans l'esprit des enfants. En un mot, il fera en sorte que les préceptes et les conseils arrivent à l'enfance, non-seulement sous la forme catéchistique, mais à la faveur des enseignements les plus divers.
Art. 24. Il aura l'œil ouvert sur les mauvais penchants des enfants; et les corrigera dès qu'ils se manifesteront.
Il inspirera à ses élèves une grande aversion pour tous les vices, et surtout pour le vice honteux, dont il éloignera le moindre danger, en bannissant de l'école la grossièreté , l'indécence , les paroles obscènes, et tout ce qui pourrait blesser les bonnes mœurs. Plein d'indulgence pour beaucoup d'autres défauts, il sera pour celui-ci d'une sévérité inflexible.
Art. 25. Le mélange des sexes, dans une même école, est un point qui exige de la part de l'instituteur une sollicitude spéciale : cette sollicitude doit s'accroître naturellement en raison de l'âge des élèves.
S'il n'est pas possible d'avoir une séparation complète, la distribution de l'école sera telle que les enfants de sexe différent soient suffisamment séparés, et ne se voient pas en face.
Avant et après les classes, les sexes ne peuvent être mêlés.
486 MANUliL
II y aura, autant que possible, pour les deux sexes, des portes d'entrée différentes et des lieux distincts.
A la fin de la classe, les filles sortiront quelque temps avant les garçons.
Art. 26. Pendant les classes, l'instituteur ne laissera sortir qu'un seul enfant à la fois, pour satisfaire les besoins naturels; à moins que, sous une bonne surveillance, le maître ne trouve bon de laisser sortir les élèves par divisions, vers le milieu de la classe : ce qui a l'avantage de prévenir les sorties continuelles pendant la classe, mais aussi ce qui n'est praticable que là où les abords de l'école permettent que tout se fasse avec décence.
Art. 27. L'instituteur ne se bornera pas à surveiller les enfants en classe et en récréation, il étendra ses soins au-dehors; il sera partout le père de ses élèves, il leur recommandera souvent de venir en classe et de retourner comme des enfants bien élevés; il inculquera à tous le désir louable de se distinguer par leur bonne tenue.
t ENGELBERT, Card.-Arch. de Malines.
t CORNEILLE, Evêque de Liège.
. f FRANÇOIS, Évêque de Bruges.
f G.-J., Évêque de Tournai, t NICOLAS-JOSEPH, Évêque de Namur.
+ LOUIS-JOSEPH, Évêque de Gand.
LÉOPOLD, Roi des Belges, A tous présents et à venir, Salut.
Vu les articles 6, 7 et 15 de la loi du 25 Septembre 1842, organique de l'instruction primaire; Sur la proposition de notre Ministre de l'intérieur,
Nous avons arrêté et arrêtons :
Les dispositions comprises dans les deux chapitres
ci-après , auxquelles seront jointes , dans chaque localité , les trois chapitres arrêtés par le conseil communal, en vertu de l'art. 15 de la loi précitée, formeront le règlement général des écoles primaires communales.
RÈGLEMENT GÉNÉRAL DES ÉCOLES PRIMAIRES DE RELGIftUE.