XVII
Des dualités morales.
L'instituteur doit être, avant tout, un homme possédant la crainte de Dieu , et ayant à cœur de procurer sa gloire et le bien-être de son prochain. Pourquoi^ 1" Parce qu'un instituteur qui ne craint point Dieu, n'aura pas cette application assidue et infatigable cette patience et cette douceur constantes, cette charité pour ses élèves qu'exige son emploi; et que, san; cette application, sans cett^ patience, cette douceu: et celte charité, jamais il ne procurera le bien de se élèves.
2** Parce que, sans la crainte de Dieu, l'instituteu ne comprendra pas suffisamment pour les expliquer plusieurs choses qui appartiennent à la vie spirituelle
DE PÉDAGOGIE. 5i
il ne pourra donc en instruire ses élèves d'une manière convenable.
3" Parce que, sans la crainte de Dieu, l'instituteur ne possédera jamais l'art de la faire germer dans le tendre cœur de ses élèves; car, ce qui doit aller au cœur, doit aussi provenir du cœur : or, comment un instituteur dépourvu de la crainte du Seigneur, contribuera-t-il à ce qu'elle s'infiltre dans le cœur de ses élèves? Toute l'habileté, tout l'art de ses discours et de ses gestes ne suppléeront point à ce vide de son cœur.
4" Parce que, sans la crainte de Dieu, l'instituteur ne se connaît jamais convenablement, et il ne sera jamais en état de bien juger ses élèves et de les connaître h. fond; ce qui est pourtant nécessaire pour les aider à se corriger.
5" Parce que, sans la crainte de Dieu, l'instituteur ne pourra servir de guide à ses élèves par le bon exemple qui produit cependant tant d'heureux effets; car ordinairement les enfants font tout ce qu'ils voient faire. Je pourrais vous en rapporter mille exemples, si vous ne les connaissiez par votre propre expérience. Les enfants pensent, parlent, jugent et agissent comme ils le voient faire à ceux qu'ils fréquentent, surtout lorsqu'ils ont à leur égard du respect et de l'amour. Or, vous pouvez obtenir ces deux choses de la part de vos élèves, si vous vous conduisez d'une manière convenable; car plusieurs d'entre eux vous préfèrent même à leurs propres parents, parce qu'ils sont dans l'opinion que vous êtes plus instruits qu'eux , et qu'ils voient que leurs parents vous respectent. Si donc vous accompagnez vos leçons de bons exemples, vous suivez le chemin le plus sûr pour les porter à une bonne conduite; car la leçon invite, dit le proverbe, mais l'exemple attire. Et, pour ceux qui n'ont pas assez de jugement pour saisir les motifs de ce que vous ensei-
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gnez , ce bon exemple que vous leur donnez , ne contribue-t-il pas efTicacement à leur prouver évidemment la vérité de vos leçons? Aux uns, il sert à leur en montrer l'importance; aux autres, il inspire l'envie de les imiter. Mais au contraire, si vous ne vous conduisez pas conformément à vos leçons, elles leur seront peu profitables; car les enfanls aiment mieux faire ce que leurs supérieurs font, que ce qu'on leur dit de faire sans leur en donner l'exemple. Vous connaissez la fable de l'écrevisse et de sa fille; vos élèves pourraient vous tenir le même langage, lorsque vous les réprimandez ou que vous les châtiez pour une action que vous vous permettez vousmêmes.
Mais ne croyez point, instituteurs, faire assez relativement à votre obligation de donner bon exemple à vos élèves, en réglant d'une manière convenable votre extérieur, sans tâcher d'être réellement ce que vous voulez paraître, un bon chrétien, un homme vertueux et craignant Dieu; car les enfants s'aperçoivent bientôt si ce que vous faites devant leurs yeux correspond ou non à vos autres actions et omissions. S'ils viennent à découvrir votre hypocrisie, ils ne se fieront plus à vous en rien; et voilà vos leçons, vos remontrances sans influence aucune. C'est déjà un grand mal, mais votre hypocrisie en amène bien d'autres. Vos élèves apprennent par là l'artifice détestable de feindre, s'y accoutument et deviennent de ces hypocrites contre lesquels notre Sauveur s'élève si souvent. De tels hypocrites peuvent séduire et tromper les autres avec d'autant plus de facilité, qu'on s'en méfie moins, aussi longtemps que leur hypocrisie n'est pas connue ; aussi se corrigent-ils rarement dans le cours de leur vie.
L'instituteur qui n'est pas encore parvenu à un degré de vertu tel qu'il puisse servir en tout de modèle
ses élèves, doit du moins s'efforcer d'y parvenir, sous peine de ne pas satisfaire à ses devoirs. Et s'agît-il même d'un instituteur qui ne voulût l'ôtre que pour un peu de temps, il doit avoir assez de crainte de Dieu et des hommes et assez de force sur lui-même , pour éviter de tomber dans de grands vices. Un ivrogne, un libertin, un menteur, un joueur, un homme qui aime à fréquenter les cafés et les cabarets, qui aime les querelles et les disputes, et qui est prompt à riposter par des coups et des injures; un homme de ce caractère ne mérite que le mépris : il devrait avoir honte de porter le nom si respectable d'instituteur. Et quel bien pourrait-il faire parmi une troupe d'enfants, sur lesquels le mauvais exemple produit l'effet du poison le plus subtil! Ne démolit-il pas , en effet, d'une main ce qu'il a élevé de l'autre, et ne réfute- t-il pas par ses actions ce qu'il leur a enseigné par ses paroles? C'est là le moyen infaillible de rendre des enfants malheureux, nonseulement dans ce monde, mais aussi dans l'autre. Les instituteurs qui en agissent ainsi sont les ennemis les pins dangereux, les meurtriers les plus cruels : ils arrachent à ces innocentes créatures ce qui est plus précieux que la vie temporelle; ils sont les meurtriers de leur âme. Par le mauvais exemple ils n'étouffent pas seulement tout germe de vertu dans un un grand nombre de leurs élevés, en alimentant le penchant naturel aux vices les plus honteux, mais ils préparent pour les descendants de ces enfants les suites les plus fâcheuses; car les péchés des parents passent de père en fils; et, par la faute d'un seul mauvais instituteur, il peut naître plusieurs généralions successives de mauvais sujets et d'enfants do perdition. Rien de plus terrible que cette conséquence, et rien de plus horrible que le sort d'un homme qui a causé de tels maux à la société. Oh! puissent les