LXIII
3" Point de dénonciations ou rapports de la part des enfants.
Les enfants sont très-souvent enclins à faire des rapports pour se concilier les bonnes grâces du maître; souvent aussi par jalousie, haine, désir de vengeance ou plaisir de nuire : des rapports faits par de tels motifs perdent tout leur poids et nuisent beaucoup à l'enfant qui les fait. Il faut cependant avouer qu'un enfant sage et vertueux peut dénoncer la faute de son condisciple pour l'aider à se corriger ou pour empêcher tout autre mal, ce qui sans doute est bon et louable. Mais toujours est-il qu'il faut user de prudence lorsqu'un enfant dénonce les fautes d'un autre. Vous ne devez pas écouler avec bienveillance le rapporteur dont les intentions ne sont pas pures , ni repousser avec aigreur celui qui n'agit qu'en vue du bien.
Lorsqu'un rapport vous est fait, vous devez examiner avec soin quel en est le motif. Trouvez-vous que le rapporteur ne l'a fait que par un motif blâmable, réprimandez-le sévèrement, en lui défendant de jamais se présenter devant vous pour pareil sujet; trouvez-vous, au contraire, que le motif a été bon, ne le louez pas; ne le réprimandez pas non plus, s'il venait par ignorance à raconter une chose qu'il pourrait se dispenser de raconter ; mais diteslui qu'ayant agi d'après sa conscience et pour une bonne intention, il a bien fait cette fois. Apprenezlui néanmoins en même temps dans quels cas la charité peut exiger qu'il fasse des rapports.
Enfin, s'il est incertain quel motif a été le mobile d'un rapport, n'y faites pas attention, ou du moins ne montrez pas au rapporteur que vous en tenez compte. Trouvez-vous cependant nécessaire de vous
informer plus exactement si la chose est en effet telle qu'on vous en fait le rapport, prenez vos informations et finissez-en le plus secrètement possible , afin que la mauvaise intention du rapporteur ne lui soit d'aucune utilité, supposé que le désir de vengeance, la joie de nuire ou la jalousie l'aient porté à cette dénonciation.