‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 57 sur 156 · LXXII · texte numérisé non relu

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Outre ces moyens propres à maintenir votre autorité, il convient surtout que vous vous efforciez aussi de gagner un véritable amour et une confiance cordiale de la part des enfants. Cet amour et cette confiance sont des soutiens de votre autorité plus sûrs et plus fermes que tout le reste, et ils vous frayent le chemin du cœur de vos élèves, pour les conduire d'autant plus aisément au bien.

Or, il n'est point difficile d'obtenir Tamour et la coufiance de la plupart des enfants, pourvu que vous

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ayez vous-mêmes, pour vos élèves, un amour cordial (§ 25-27) , et que vous leur en donniez des preuves à l'occasion. Il faut chercher à leur persuader, par toute votre conduite, que vous les aimez et que vous avez à cœur tout ce qui peut leur être avantageux. A cet effet, ayez constamment devant les yeux Texemplo d'un père plein de prudence et de bonté, et imitezie, autant que possible, dans votre conduite à l'égard de vos élèves (§ 28). Dites-leur même à roccasion que vous les aimez, et que vous désirez qu'ils puissent, de leur côté, avoir pour vous un amour réciproque et une confiance filiale; mais, pour parler ainsi, il iaut que votre cœur soit d'accord avec votre bouche et que vous le prouviez par vos œuvres.

Pour inspirer l'amour et la confiance aux enfants, entrez toujours à l'école avec un visage serein et joyeux, à moins que la mauvaise conduite de vos élèves n'exige nécessairement le contraire. Par cet air gai et content vous encouragez les enfants les plus timides, et vous avez déjà à moitié gagné leur confiance.

Rien, en effet, de plus naturel; car, s'ils voient venir à eux un visage sombre et chagrin, ils ne peuvent s'attendre qu'à des choses désagréables pour eux, et celle pensée les rend tristes, maussades et les dégoûte de l'instruction; tandis que, s'ils aperçoivent un visage serein, ouvert et gai, ils se sentent pleins de contentement et d'ardeur, et se mettent au travail avec plaisir. 11 va sans dire toutefois que celle sérénité, cette joie ne doit pas être une gaîté folâtre et légère, mais qu'elle doit être jointe à une gravilé paternelle. Par là, vous serez bien vu de chacun de vos élèves, puisque de prime abord chacun lira sur votre visage que c'est pour vous un plaisir de vous trouver au milieu d'eux et de les instruire. Faites donc un effort sur vous lorsque vous avez des causes

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réelles de chagrin, et tachez de n'en rien laîssel paraître à l'extérieur. Vous pouvez y parvenir en vous y exerçant soigneusement. D'ailleurs, en vous conduisant ainsi vous obtenez un double avantage : cai votre sérénité suscite dans vos élèves la bonne humeui nécessaire à l'école , et , en même temps , elle voui distraira de vos peines, diminuera votre chagrin fera renaître la joie et le contentement dans votre cœur

§ LXXIIÏ.

Deuxième règli'. — Soyez en tout un modèle pom vos élèves.

Je vous ai déjà avertis que vous devez être en lou un modèle, c'est-à-dire, que vous devez donnei bon exemple , évitant de scandaliser le moins di monde vos élèves, ce qui vous sera impossible vous n'avez vous-mêmes dans le cœur une véritabh crainte du Seigneur : mais une chose aussi impor tante mérite d'être répétée. Toutefois, pour varier, je me bornerai à transcrire une partie de l'exhortation suivante adressée aux instituteurs par un savant pédagogue.

« Oh! mes chers frères en Jésus-Christ! Avez-vous quelque sentiment d'humanité? le salut de vos élèves, votre propre salut vous touche-t-il? Prenez à cœur et imprimez dans le fond de votre âme, pour en faire la base de votre conduite dans L'accomplissement de vos fonctions, cette règle essentielle:

» Au nom du Seigneur, ne soyez, dans toute votre conduite, ni légers ni indifférents,

» Vous ne pouvez pas user de trop de circonspection en présence de vos élèves. Tous ont les yeux dirigés sur vous, et ils voient certes plus clair que l'on ne pense. Ils remarquent quelquefois une faute à laquelle vous n'avez peut-être pas vous mêmes fait attention; et cette faute les choque et vous rend

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plas méprisables à leurs yeux que vous ne le seriez aux yeux des hommes par une faute beaucoup plus grave. Un seul ins^tant pendant lequel vous vous oubliez et vous leur laissez apercevoir votre côté faible, peut produire chez eux une impression bien plus profonde que n'avaient fait toutes vos bonnes leçons et tous vos efforts,

» Les enfants ont le jugement trop peu formé pour distinguer une petite faute d'une autre plus importante, une faiblesse humaine d'une action mauvaise et préméditée; on ne peut donc trop prévoir ses actions en présence de tels spectateurs et de tels juges. On montrerait bien peu de connaissance de la manière de penser des enfants, si l'on croyait n'avoir nullement besoin de se surveiller et d'avoir une grande réserve en leur présence. Leur société exige qu'on prenne plus d'attention sur soi-même; et, pour ce motif, elle devient un excellent moyen de se perfectionner toujours davantage.

» Soyez instituteurs en tout et partout, dans vos paroles et dans vos actions : car, instruire par vos propres actions n'est pas seulement la méthode la plus efficace pour vos élèves, mais c'est, en outre, la plus facile. Il n'est pas besoin d'avoir beaucoup d'esprit ni de mémoire; il n'est pas nécessaire de s'appliquer ni de réfléchir beaucoup pour comprendre ces leçons; l'enfant même le plus faible, le plus simple en est capable ; et le penchant pour l'imitation, si fort chez les enfants, leur fait suivre bien plus promptement ces leçons pratiques que toutes les exhortations. Par exemple, désirez-vous introduire de l'ordre dans votre classe? ne laissez pas apercevoir le moindre désordre , ni dans vos habillements, ni dans aucun de vos objets classiques ; en un mot , l'ordre doit régner à tel point qu'il frappe l'œil, et dans votre classe, et dans votre maison, et

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sur tonte votre personne. Celui qui laisse régner le d(3sordre en jetant tout sens dessus dessous, de sorte que, quand il lui faut quelque chose, il doit aller chercher dans tous les coins, donne un mauvais exemple à ses élèves sous le rapport de l'ordre. Il en est de même pour toutes les vertus : votre conduite, votre manière d'agir, vos paroles seront autant de leçons pour vos élèves qui, soyez-en sûrs, ne manqueront pas de les mettre en jiratique. Monlrezdonc, en toute circonstance, mais surtout pendant la prière, le chant des cantiques et l'instruction religieuse, un respect vrai et sincère ainsi qu'une sainte crainte pour Dieu. Montrez un sérieux mécontentement quand vos élèves disent ou font quelque chose qui pourrait distraire pendant ces pieux exercices.

» Pour les dictées, choisissez surtout d'importantes vérités; par exemple, la bonté paternelle de Dieu envers tous les hommes; sa miséricorde pour les pécheurs; la passion et la mort de N.-S. J.-C; l'obéissance et l'amour qui le portèrent à vouloir souffrir et mourir; les grâces qu'il nous a méritées par ses souffrances; l'ineffable souvenir qu'il nous a laissé de sa mort; les récompenses infinies et les châtiments terribles de l'éternité, etc. Tâchez vous-mêmes d'être profondément pénétrés et touchés de ces vérités quand vous en parlez : vos sensations intérieures se peignant sur votre extérieur, imposeront du recueillement à vos élèves, et exciteront des émotions salutaires dans leur cœur. Une seule larme versée par l'instituteur, provenant d'un cœur sincèrement touché de l'importance de la vérité qu'il traite, fait beaucoup d'impression sur les élèves, les émeut et leur fait prendre de bonnes résolutions : effets que la plus savante explication ne saurait produire. En vous montrant véritablement compatissants aux misères d'autrui, vous porterez les cœuis de vos élèves à la compassion

leur appren(irez en même temps à prendre part au malheur et au bonheur du prochain. Votre manière d'agir à leur égard , ainsi qu'à l'égard des personnes qui vivent avec vous, peut faire une grande impression sur vos élèves et contribuer beaucoup à les rendre, ou des hommes honnêtes et obligeants , ou des hommes durs et égoïstes. Si vous agissez en bon père avec vos élèves, si vous leur montrez par toute votre conduite que vous les aimez; que c'est par amour pour eux que vous vous donnez tant de peines pour les rendre heureux et pour leur être utiles dans toute circonstance, vous faites naître en plusieurs l'esprit de charité et de dévouement ; et ce sera le résultat de votre conduite envers les personnes que vous fréquentez. En un mot, la vertu leur paraîtra plus aimable et plus digne d'être imitée , quand vous leur en donnerez l'exemple pratique.

» Oh! mes chers frères en J.-C! en intruisant vos élèves par vos paroles et par vos exemples, vous les aiderez puissamment à former leur cœur et leur caractère; car ils vous sont d'ordinaire confiés à un âge où ils sont encore innocents, où leur cœur est encore mol et flexible, et leur esprit semblable à du papier blanc sur lequel on peut tracer ce que l'on veut; à un tige où le penchant à la curiosité et à l'imitation est dans toute sa force; où, chez la plupart d'entre eux, l'innocence baptismale, qui les rend propres à tout vrai bien, est encore intacte; où» les ayant journellement autour de vous, vous pouvez, pour ainsi dire, faire tomber dans chaque cœur, selon ses dispositions, goutte à goutte, les bons sentiments et les saines doctrines : or, si une goutte qui se succède continuellement, perce à la longue la pierre la plus dure, à plus forte raison vos leçons, vos exemples s'infiltreront-ils dans les tendres cœurs des enfants. En effet, les défauts qu'ils ont

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déjà , quand vous les recevez , ne sont pas encore si fortement enracinés qu'avec du zèle et de l'attention vous ne puissiez les en corriger; vous pouvez même plus que leur confesseur, celui-ci ne pouvant exercer de l'influence sur eux que lorsqu'ils sont plus îlgés. Si vous négligez leur éducation , et que vous laissiez leur cœur inculte , combien n'est-il pas à craindre qu'ils ne restent dans le vice pour toujours; car, quand une fois ils sont adonnés au vice, que de peines ne coûte-t il pas pour les rendre des hommes honnêtes et craignant Dieu ! Prévenir le vice, l'étouffer dans sa source et redresser le naturel quand il est encore flexible; voilà le travail de l'instituteur; et ce travail sera, avec la grâce de Dieu, couronné dé succès, s'il instruit par ses paroles et par ses actions. Adonnez-vous-y donc de tout cœur : il est le plus noble, le plus honorable et le plus important que vous puissiez entreprendre; ne vous en laissez pas dégoûter par les difficultés qu'il présente et qui, pour la plupart, ne sont qu'imaginaires.

» Tout chrétien doit le bon exemple à son prochain; pour l'instituteur, pour le guide de la jeunesse, qui doit être formée par ses leçons et par son exemple, ce devoir lui est doublement imposé. Si donc vous avez quelqu'amour pour vous-mêmes, ainsi que pour ces jeunes cœurs qui vous sont confiés, et dont vous êtes responsables; si vous aimez votre aimable Sauveur, imitez ce divin modèle en instruisant par paroles et par actions; faites qu'en toutes choses vous soyez un exemple de bonnes œuvres (Tit. Il); éclairez-les par vos connaissances et montrez-leur, par votre conduite, ce que c'est qu'un vrai serviteur de Dieu en esprit et en vérité, un parfait imitateur de Notre-Seigneur J.-C, afin qu'en voyant vos bonnes œuvres, ils puissent, par une conduite semblable et. de concert avec vous, rendre gloire à votre Père qui

est dans les cieux (S. Matth. f. \G). Puisse Notic- Seigneur J.-C. faire qu'il en soit ainsi ! )>

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