LXXXV
Troisièmement, lorsque Thistoire est comprise et jugée, vous tirerez une conclusion pratique, c'està-dire :
a) Vous lâcherez que vos élèves fassent attention surtout à ce qu'elle contient de plus instructif pour eux. Le meilleur moyen est de les amener à ce qu'ils le remarquent d'eux-mêmes; vous pouvez à cet effet les questionner. Par exemple :
« N. Quelle leçon morale pouvez-vous tirer de celte histoire? Y avez-vous remarqué quelque chose qui mérite d'être imité? — Quoi donc? — Y trouvez-vous aussi quelque chose que vous devez tâcBer d'éviter ? »
bj Vous leur ferez remarquer quand et comment ils peuvent imiter les bons exemples dont on vient de leur Faire le récit, et en quelles circonstances il est surtout utile de se les rappeler; quand et comment ils doivent prendre garde de ne pas suivre les mauvais exemples..
c) 11 faut, par la représentation des bonnes ou des mauvaises suites qui se rencontrent dans l'histoire , ou par d'autres moyens , tâcher de les amener à ce qu'ils soient portés à imiter le bon exemple, et à ce qu'ils évitent avec soin de suivre le mauvais.
Exemple : « la présence de Jésus au temple à l'âge de douze ans, vous apprend, N..., que vous devez être zélé pour écouter avec attention les instructions religieuses. Or, avez vous quelquefois l'occasion d'assister à de telles instructions? —où? — encore ailleurs qu'à l'école? — Comment devez-vous vous conduire lorsque vous entendez une instruction, soit du maître à l'école, soit de M*" le curé, à l'église, ou de vos parents à la maison? — Quand peut-on dire que vous êtes attentif pendant une instruc-
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tion , et qui peut-on dire que vous imitez alors? — Noire-Seigneur Jésus-Christ n'est-il pas eu droit d'attendre de vous que vous J'imitiez? — Et pourquoi?— Vous est-il avantageux d'imiter Jésus attentif pendant l'instruction? Quels avantages en retirezvous? — Quand pensez-vous être le plus agréable à Jésus? Est-ce en l'imitant dans son attention ou en ne l'imitant pas? — Or, maintenant que vous comprenez les avantages de l'attention pendant l'instruction , quel parti allez-vous prendre? — Qui voulezvous imiter dans son attention, et pourquoi voulezvous l'imiter?
Ainsi, pensez souvent à Jésus quand vous allez à l'église ou à l'école , et priez-le de vous accocder la grâce de pouvoir l'imiter dans sa modestie et son attention, et dites-lui : « Mon doux Sauveur Jésus! faites que je sois bien attentif, afin de vous être agréable, et d'apprendre le bien qu'il m'est nécessaire de connaître. » (i)
L'exemple de Judas est aussi très-instructif lorsqu'on le développe d'une manière convenable ; voici comment ou peut le présenter aux enfants.
« Sans contredit on ne pourrait rien imaginer de plus honteux, ni de plus horrible que la trahison de Judas; elle fut cependant la suite de son peu de soin à veiller de bonne heure sur sa conduite : que la source de la perte de Judas et de son malheur éternel nous apprenne donc à être prudents et vigilants sur nous-mêmes.
« Comment pensez-vous, N. , que Judas en vint à trahir son maître? — Le haissait-il ? — Quelle est donc la cause qui lui fit trahir son Dieu? — D'où tirez-vous la conséquence que le désir excessif d'avoir de l'argent, le porta à celte trahison? — Ne dit-il pas :
(i) Le § 187 contient un enlreUen (rès développé sur ce fait de la vie de N.-S apiès que les élèves l'ont la dans leur livre de lecture.
[Note da Trai .]
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Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai ?Savezvous comment on nomme ce désir désordonné de posséder de l'argent et des biens terrestres? — Cupidité. )) Ce fut donc ce qui entraîna Judas dans une si horrible trahison; cette cupidité l'avait a'abord porté au vol; car S^ Jean (12. 6.) l'appelle voleur; or, pensez-vous que, quand Judas se laissa aller à cette passion naissante, il pouvait croire qu'elle le rendrait voleur et, bientôt après, traître? L'eût-il cru si quelqu'un le lui eût prédit avant qu'il s'y livrât? Ne se serait-il pas dit : C'est impossible, jamais je ne parviendrai à un tel degré de perversité; jamais je ne commettrai un tel crime; et cependant il l'a commis. Et qu'est-ce qui le porta à ce crime? - Réfléchissez, mes enfants, et dites-moi si la cupidité, ce désir désordonné de l'argent, n'est pas une passion, un mal bien dangereux, puisqu'elle peut conduire l'homme aux crimes les plus horribles, à ceux qu'il ne se croit pas même en état de pouvoir commettre un jour.
» Judas en est un terrible exemple, et malheureusement on pourrait encore en citer bien d'autres. Soyez donc sur vos gardes contre cette honteuse cupidité; fuyez-la comme la peste, car elle est bien plus dangereuse. »
Il est bon de montrer aux enfants qu'on peut trèsfacilement s'adonner à cette passion en contractant des habitudes inutiles; par exemple, fumer, fréquenter les cabarets ou les cafés; aimer la toilette; en ne s'appliquant pas à se mettre en état de pouvoir gagner sa vie; en se livrante la paresse et en ne soignant pas ses affaires.
Après avoir développé à peu près de cette manière la source de la trahison de Judas, vous pourrez écrire sur le tableau ou dicter et expliquer deux ou trois sentences contre la cupidité ; par exemp. : Que sert à
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l'homme de gagner tout l'univers s'il vient à perdre son âme. (J.-G.) Nous n'avons rien apporté en ce monde; et il est certain que nous ne pouvous non plus rien en emporter. Ainsi, dès que nous avons de quoi vivre et de quoi nous couvrir, cela nous suffit. — La cupidité est la racine de toutes sortes de maux. (1. ïim. 6. 7. 8. 10.)
§ LXXXVl.
Après avoir expliqué, jugé et appliqué l'histoire, il est bon que, par la répétition de ses principaux points, vous en présentiez le résumé à vos élèves, afin qu'ils la retiennent d'autant mieux. Vous pouvez le faire par des questions sur les passages les plus importants. Vous pourriez même dicter quelques-unes de ces questions aux divisions les plus avancées, et exiger des réponses par écrit; vous sentez que cet exercice peut être avantageux sous plusieurs rapports.