XCIX
Moyens pour apprendre à connaître les dispositions intellectuel les des enfants.
Pour apprendre à connaître les dispositions intellectuelles des enfants, on doit porter son attention principalement sur leurs discours et leurs actions, sur leur plus ou moins de facilité à comprendre et à retenir une chose, sur la justesse et la précision de leurs perceptions , sur la conscience intime ou le jugement avec lequel ils saisissent une idée, et la rendent ensuite par écrit ou verbalement. On a coutume de reconnaître des moyens intellectuels à un enfant, quand il copie sans peine ce qu'on lui a tracé, par exemple, des lettres; quand il est inventif, ou, comme on dit, quand de lui-même il sait éplucher quelque chose; quand il est avide d'apprendre et qu'en questionnant, il réfléchit sur la réponse, avant de faire une autre question, etc.
Averlissemeuts.
1° N'oubliez pas que vos élèves sont encore enfants, par conséquent, qu'ils ne peuvent faire de trèsc^rands progrès sous le rapport du jugement et de Taplilude. Celui qui l'oublie ne se mettra pis au niveau des enfants, il n'avancera point pas à pas avec eux; il ne fera pas assez souvent des répétitions; il s'impatientera trop facilement quand ils ne comprennent pas assez vite, ou qu'ils oublient aussitôt ce qu'ils ont appris.
2" Ne louez pas un enfant à cause de ses moyens intellectuels; ne lui laissez même pas apercevoir que vous lui en reconnaissez, de peur qu'il n'en devienne orgueilleux et paresseux; gardez-vous surtout de pardonner des fautes morales aux enfants qui se distinguent par leur intelligence; exigez-en, au contraire, plus de zèle et une meilleure conduite que des autres; de cette manière , vous les maintiendrez dans la modestie.
3" Quand un enfant a réellement peu de moyens intellectuels, pour l'amour de Dieu, ne commettez pas la folie de l'injurier par les épithètes de lourdaud, d'imbécile, etc. Car, en agissant ainsi, vous outragez la sagesse du Créateur. Ne lui faites pas trop voir que vous le considérez comme imbécile; mais encouragezle autant que possible, de peur qu'au manque de moyens intellectuels, il ne se joigne encore un autre obstacle à son avancement, c'est-à-dire, le découragement.
4'' Quand un enfant parait avoir peu de moyens, ne le jugez pas tout de suite conjme tel, car l'apparence est souvent trompeuse; et cependant une méprise serait ici très-nuisible. Certain enfant aurait fait de grands progrès avec le temps et serait devenu un des
DE PÉDAGOGIE. iAo
premiers de la classe, si on ne l'eût pas jugé trop à la légère dépourvu de moyens, et si on ne l'eût pas traité en conséquence fort injustement, en ne lui donnant aucun soin.
Il y a plusieurs causes qui, au commencement, peuvent empêcher un enfant de montrer de l'aptitude; je vais vous en citer quelques-unes.
a) La crainte, — Pour faire disparaître cette crainte, montrez-vous pleins de bonté à son égard et parlez-lui de manière à lui inspirer de la confiance, non-seulement en classe, mais aussi hors de la classe. Tâchez qu'il vous accompagne en retournant chez vous, pour avoir l'occasion de lui parler familièrement; lorsqu'il éprouvera le contraire de ce qu'il s'était figuré de vous, il ne vous craindra plus.
b) La tristesse. Informez-vous de ce qui peut la produire et portez-y remède, si vous le pouvez; si vous ne le pouvez , inspirez à l'enfant triste de l'espérance pour l'avenir; encouragez-le et consolezle de votre mieux.
c) La paresse. Le moyen de la diminuer et de la vaincre, c'est d'encourager, d'exhorter au travail, d'inspirer de l'émulation et une ambition raisonnable; de représenter fréquemment les suites funestes de la paresse, en leur opposant les doux fruits du zèle et de l'application.
d) Si un enfant montre un esprit lent y tardif, voyez s'il n'est pas de ceux dont on peut dire : Il croît lentement, mais d'autant plus sûrement. Ne le tracassez pas pour le faire avancer, mais encouragez-le de temps en temps. Cette première lenteur sera sans nul doute changée un jour en un progrès plus rapide et d'autant plus sûr.
e) La légèreté. Impossible d'en corriger un enfant tout de suite, mais vous pourrez la faire disparaître peu à peu, en vous donnant la peine de fixer son
attention sur une seule chose. Faites-lui examiner un objet sous plusieurs faces et y réfléchir certain temps; il sera fort utile de l'exercer soigneusement au calcul, et surtout au calcul mental.
f) Le dégoût pour apprendre. Vous dissiperez ce dégoût en tâchant d'occuper vos élèves d'une manière agréable; en les convainquant, tant par des exemples que par leur expérience, des nombreux avantages qui sont la suite d'une application soutenue.