‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 77 sur 156 · CIL · texte numérisé non relu

CIL

Avertissements.

a) Ne faites pas comme certains instituteurs, ne mettez pas un enfant à l'épreuve pour voir s'il est d'un caractère emporté. Ces instituteurs agissent ordinairement de la manière suivante : ils donnent à un élève toutes sortes de commandements durs et pénibles à exécuter; si l'enfant s'en fâche, ce prétendu emportement est puni sévèrement, après quoi ils recommencent l'épreuve. Cette conduite est contraire à l'exhortation expresse de saint Paul ; Pères, n'excitez pas vos enfants à la colère. (Ephes. vi 4.)

b) Ne soyez pas trop prompts à imputer à un enfant comme inclination Tune ou Tautre action que vous avez observée; car il arrive souvent qu'il fait quelque chose une ou deux fois, sans cependant en avoir l'habitude, souvent même il a des inclinations toutes contraires. Par exemple, les enfants parlent quelquefois mal de leurs camarades , non pour les avilir ou pour se faire considérer comme meilleurs, mais simplement parce qu'ils veulent raconter et qu'ils ne savent rien d'autre.

c) Pour une simple faute , ne soupçonnez pas aussitôt vos élèves d'être foncièrement vicieux. Leurs

intentions et leurs desseins ne sont pas quelquefois si mauvais qu'ils le paraissent de prime abord, quand on ne considère que l'action commise. Légèreté, désir de faire quelque chose, manque de connaissance du bien et du mal : voilà quelquefois les causes qui leur font commettre telle ou telle faute. De même, quand ils font une bonne action, ne les considérez pas tout de suite comme vertueux pour cela seul : car les raisons et les vues qui leur font faire le bien ne sont souvent rien moins que bonnes.

d) Surtout, gardez-vous de leur reprocher qu'ils ont de mauvaises intentions dans leurs actions , avant d'en être bien sûrs. Par exemple, ne dites pas tout de suite, quand un enfant fait quelque tort, soit à l'un de ses condisciples, soit à vous-mêmes, que c'est par envie, par jalousie, par orgueil, par méchanceté qu'il en agit ainsi; car, comment pouvezvous le savoir immédiatement? Souvent ces reproches ne sont pas fondés, et c'est alors qu'ils sont le plus amers aux enfants et qu'ils les indisposent contre vous. En outre, ces reproches faits mal à propos peuvent être très-funestes aux enfants en leur apprenant à agir avec de ces mauvaises intentions. Dites à l'élève, quand il est nécessaire de parler de l'intention qui l'a fait agir , que vous ne pensez pas qu'il ait agi avec une mauvaise intention , ou que vous espérez qu'il n'est pas si méchant, qu'il ne pense pas si mal que de mettre de la malice dans ses actions.

Ce jugement plein de bienveillance fera qu'un enfant qui, en effet, était mal intentionné en agissant; sera honteux en lui-même d'avoir eu de plus mauvaises intentions que vous ne lui en supposez , el cette honte intérieure le corrigera beaucoup plm que des reproches amers; si, au contraire, il n'î pas eu de mauvaises intentions , il se réjouira qui sa conscience soit d'accord avec la bonne opinioi

DE PÉDAGOGIE. iAl

que l'instituteur a de lui , et il sera ainsi porté à prendre garde d'agir avec de mauvaises intentions. e) Ne vous trompez pas sur la nature des penchants de vos élèves de manière à prendre les bons pour mauvais et les mauvais pour bons; car, si vous donnez dans cette erreur, vous affaiblirez ou même vous étoufferez complètement en eux maints bons penchants, et y substituerez des inclinations vicieuses. Vous commettriez la même faute qu'une personne qui, occupée à sarcler, arracherait les plantes utiles et ne loucherait pas aux mauvaises herbes. Je cherche à vous prémunir contre cette faute , parce qu'elle a des conséquences extrêmement nuisibles, et que cependant on y tombe fréquemment, comme je vous le montrerai par quelques exemples.

§ cm.

Bons penchants qui sont souvent étouffés chez les enfants.

Penchant à imiter ce qu'on voit. — Quelques enfants ont un goût et une adresse particulière à reproduire en petit ce qui a frappé leurs yeux en grand; par exemple, des maisons, des chariots, des moulins, etc. Souvent on leur arrache des mains ce fruit de leur travail, on le brise et on leur défend sévèrement de s'occuper à l'avenir de pareils enfantillages. Je vous en prie, instituteurs, n'agissez pas ainsi, déconseillez même aux parents de le faire; montrez plutôt que vous prenez plaisir à cette occupation des enfants, s'ils s'y livrent en temps opportun : car elle leur apprend à réfléchir , à observer , à considérer attentivement, à comparer; en un mot, cet exercice contribue plus à développer leurs facultés intellectueHes, que bon nombre de leçons qu'il reçoivent à l'école.

Le désir de rendre service. — On rencontre des enfants qui sont extraordinairement serviables; c'est

une joie pour eux de pouvoir aider quelqu'un dans son travail , ou de lui rendre quelque service. On . devrait penser que, par celte bonne disposition, ils ne peuvent manquer de plaire à tous et que chacun i devrait se montrer enclin à les encourager à y persévérer ; et pourtant une triste expérience prouve que le contraire arrive souvent. Des enfants de ce caractère sont en butte , à cause de cette heureuse inclination, aux moqueries et aux plaisanteries de leurs parents, et quequefois de leur maître. « Te voilà un gentil domestique! fiîtu devrais rougir. » II arrive même qu'on leur défend, sous peine d'une punition,' de rendre un service : « Si tu l'aides encore à ramener son troupeau des champs, tu verras ce qui t'arrivera. »

La raison nous ferait-elle agir autrement si nous voulions gâter le cœur des enfants et les détourner de mettre en pratique les préceptes de Jésus-Christ, qui nous ordonne d'avoir , pour notre prochain , une charité active et désintéressée.

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