CIV
Mauvais peuchanfs que Ton fail souvent germer dans le cœur des enfants.
La fausseté — Il suffirait pour faire tomber les enfants dans ce défaut, du mauvais exemple que leur donnent les parents, et quelquefois les instituteurs. Mais on ne s'en tient pas là, on va jusqu'à les instruire dans l'art funeste de dissimuler, de tromper et de mentir. On les punit quand , dans leurs paroles, ils ont été vrais et sincères. Qui d'entre vous, instituteurs, ne connaît ces phrases banales; « Fais comme si. Disque tu iras là, que lu feras ceci, aûn que personne ne s'en aperçoive. — Kie-le fort et ferme. — Pourquoi lui as-tu dit la vérité? — Il me l'a demandé. — Imbécile , ne pouvaistu pas lui faire un conte? etc. »
La vengeance, — Dès le berceau on l'inspire aux enfants en frappant la table contre laquelle ils se sont heurtés; en adressant des menaces et en faisant semblant de faire du mal à celui qui, dans leur pensée, leur a nui. Sont-ils devenus plus grands? on leur donne ce mauvais conseil : N'oublie pas celle-là; ne la lui pardonne pas, etc.
Ils entendent les adultes avec lesquels ils ont des rapports, émettre de semblables principes, et se féliciter d'avoir rendu le mal pour le mal.
Faut-il s'étonner alors qu'ayant été, dès leur plus tendre enfance, nourris de ces idées de vengeance, ils fassent, lorsqu'ils sont devenus grands, le malheur de ceux qui les entourent, et qu'ils se rendent euxmêmes malheureux par des disputes , des querelles , des procès, etc.
La manie de critiquer. — Ce vice rompt toute amitié et engendre souvent des inimitiés. Voici comment on y habitue les enfants. On en fait des espions pour aller aux nouvelles : on veut toujours en apprendre plus qu'ils n'ont vu ou entendu; on se montre d'autant plus satisfait qu'ils disent plus de mal; on révoque en doute le bien qu'ils racontent , ou bien on suppose une mauvaise intention à une action évidemment bonne. Par ce moyen, les enfants distinguent de bonne heure quelle sorte de récit fait le plus de plaisir et comment ils se feront le mieux accueillir. De là , toute leur attention se porte sur ce qu'ils découvrent de mauvais chez les autres : ils désirent avoir beaucoup de mal à raconter ; et si , par hasard, ils n'ont rien trouvé de pareil, ils en viennent facilement à l'inventer, et deviennent ainsi d'affreux calomniateurs.
La disposition au mécontentement, au découragement , à la mauvaise humeur, — Ce mauvais penchant vient souvent, chez les enfants , de ce qu'on les rend atten-
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lifs à ce qu'il y a de désagréable et de pénible dans leur état, au lieu de leur montrer ce qu'il offre d'agréable et d'avantageux ; qu'on ne leur apprend pas à connaître et à apprécier la valeur des choses; qu'on leur représente comme une charge, comme un mal, ce qui, en réalité, ne tend qu'à leur bien-être; et qu'au contraire, on leur dépeint comme un bonheur ce à quoi ils ne peuvent atteindre. Je serais trop long si je voulais énumérer toutes les circonstances dans lesquelles on a l'habitude de commettre cette faute. Au lieu de cette énumération, je vais indiquer ici quelques règles générales à suivre pour empêcher ce mauvais penchant de germer dans le cœur de vos élèves.