CXL
Trois points liiiporlants dans l'exercice des marques ou signes caraclcristiques — et de la réflexion .
Premier point. — La différence entre l'objet et sa représentation; entre l'apparence et la chose même.
On ne peut se figurer de quelle importance est cet axiome, savoir : Que le signe d'une chose n'est pas la chose signifiée. Ce principe bien compris répand une grande lumière sur toutes les connaissances humaines et, en particulier, sur la religion.
Afin d'apprendre aux enfants à connaître celte différence par le moyen des sens, il est des écoles de campagne où se trouve l'image de l'objet : par exemple, celle d'un coq, qu'on montre aux élèves lorsqu'il est question de cet animal, afin d'éveiller leur attention. L'instituteur leur fait considérer le coq comme vivant, et il leur demande si c'est en effet un coq ; il ^ les aide à trouver la différence qu'il y a entre le coq et cette image , et la leur fait répéter. Si un autre animal ou un objet quelconque est plus connu des enCauls, cherchez à vous en procurer l'image,
ibS MANUEL
et procédez comme je viens de l'indiquer relativement au coq. Prenez ensuite les images d'autres objets que les enfants ont déjà vus ou qu'ils ont sous les yeux, et laites-leur remarquer la différence qui existe entre cette représentation et l'objet lui même; expliquez-leur en même temps comment les animaux, et souvent même les hommes, se laissent tromper par l'apparence. Par exemple , un bouc vint dans une chambre où il y avait un miroir; croyant voir un autre bouc , il se précipita pour l'attaquer et brisa le miroir. — Georges prenait son ombre pour un grand homme noir qui le suivait de prés, et il courait précipitamment.
Lorsque vous aurez appris à vos élèves à connaître la différence entre la représentation et la chose même, allez plus loin avec les plus avancés et montrez-leur aussi que souvent le bien et le mal, le profit et le préjudice ont une apparence trompeuse; que tout n'est pas bon ou profitable, bien qu'il le paraisse, et réciproquement ; qu'en conséquence, quiconque ne veut pas souvent se tromper , doit apprendre à distinguer ce qui est réellement bon, mauvais, utile ou nuisible, de ce qui n'en a que l'apparencey et s'en laisser instruire par des gens expérimentés,
§ GKII.
Portez l'attention de vos élèves sur la cause qui nous fait paraître dilTérentes choses autres qu'elles ne sont, et sur la prudence qui est nécessaire pour ne pas être le jouet de l'apparence.
Or, les choses nous paraissent souvent autres qu'elles ne sont réellement :
a) Ou parce que nos organes ne sont pas dans ui état sain, ou parce qu'elles ne nous apparaisseï pas telles qu'elles sont en réalité, à cause de lei petitesse, de leur éloignement ou d'autres circonsi
fances. Par exemple, tout paraît de couleur jaune à un homme qui a la jaunisse; dans l'éloignement, tout nous paraît plus petit qu'il ne l'est en efFet; tandis qu'à travers un brouillard tout nous paraît plus grand. Un bâton droit paraît courbé dans l'eau, etc. Failes bien attention , avant de porter un jugement, si une chose est réellement telle que vos sens vous la représentent; si vos organes ne sont pas dans un état maladif, ou s'il n'y a pas quelque cause propre à vous faire paraître les choses autres quelles ne sont.
h) Parce que nous ne distinguons pas assez ce que nous nous représentons à la vue d'un objet, et que nous concluons de ce que nous voyons ou éprouvons.
— Demandez-vous donc souvent, quand un objet paraît tel ou tel à vos sens : As-tu vu réellement cela ainsi; Tas-lu éprouvé ainsi, et où; à cette vue t'es-tu imaginé telle ou telle chose, ou t^es-tu laissé guider par tel indice?
c) Parce que nous ignorons beaucoup de choses, ou que nous n'en avons qu'une connaissance défectueuse.
— Quiconque n'a, par exemple, aucune idée juste du mensonge, du vol, ne croira pas trouver de vol ou de mensonge dans ce qui est cependant un mensonge ou un vol. Tâchez donc d'acquérir une connaissance juste et claire des choses qu'il vous est nécessaire ou particulièrement utile de connaître,
d) Parce que notre esprit est peut-être fortement igité, exalté, ou imbu d'une opinion erronée, d'un préjugé.
Quiconque, par exemple, a le préjugé que la nouveauté ne vaut rien , regardera comme inutiles ou luisibles certaines choses qu'autrement il aurait îonsidérées comme bonnes. Les agitations de l'esprit , es passions produisent souvent le même effet; par îxemple, l'amour, la haine, la colère, la joie, la rislesse, etc. — Si donc vous ne voulez pas être souvent
induits en erreur ^ efforcez-vous de vous affranchir des préjugés ; ne jugez jamais sans une réflexion particulière sur ce que vous aimez, haïssez, etc.
§ CXIIL
Deuxième point. — Cause et effet, — Moyen et intention.
Ce qui produit ou change une chose, se nomme cause efficiente, La chose produite ou changée , se nomme effet. Par exemple, un poêle chauffé répand la chaleur dans l'école; le poêle chauffé est ici cause efficiente, la chaleur répandue est l'effet.
Ce qui porte quelqu'un à faire ou à omettre quelque chose, se nomme motif. Ce qui engage un être raisonnable à désirer, à agir ou à acquérir, se nomme intention, but. La phose par l'emploi ou l'usage de laquelle on peut atteindre quelque autre chose, se nomme moyen. L'enfant qui désire apprendre quelque chose à l'école a ce but, cette intention; l'application et l'attention sont les moyens qu'il doit employer.
En même temps que vous expliquez à vos élèves cer qu'on doit entendre par ces mots : cause, effet, moyen, intention, il faut porter leur attention particulière sur les vérités suivantes, et chercher à bien les imprimer dans leur esprit.
i** Tout ce qui a jamais été, ou est jamais arrivé; tout ce qui est, ou se fait actuellement; tout ce qui sera, ou se fera un jour, doit avoir une cause efficiente différente de l'effet produit ; car il est évident qu'aucun effet ne saurait se produire lui-même.
2" Tous les êtres se divisent en deux classes : ils sont causes ou effets, c'est-à-dire, qu'ils en produisent d'autres , ou qu'ils sont produits par d'autres. A proprement parler, il n'y a qu'un être, qu'une cause primitive de toutes les autres ; cet être, cette cause primitive, c'est Dieu.
o Pour produire un effet, on exige souvent plusieurs choses qui doivent être réunies pour l'opérer. Par exemple , si vous voulez que votre champ produise de bon grain, il faut non-seulement le cultiver, y jeter de la bonne semence; mais il faut en outre la chaleur, Fhumidilé et l'air pour qu'il puisse produire. — Ne comptez donc point sur un effet avant de savoir que rien ne manque de ce qui est nécessaire pour le produire.
4** Un seul et même effet peut souvent provenir de causes toutes différentes. Ne jugez donc point trop précipitamment qu'un effet provient de telle cause.
5° Une seule et même cause peut souvent produire différents effets. Avant donc de conclure que ce qui a produit un certain effet, dans un cas, produira le môme dans tel autre, il faut bien faire attention si ces deux cas sont absolument identiques.
6" Deux ou plusieurs choses peuvent souvent arriver ensemble ou successivement, sans que l'une soit la cause de l'autre.
7° Il peut souvent résulter de grands malheurs pour les hommes, même la perte de la vie, s'ils ne se donnent pas de peine pour connaître les causes et les effets, ou s^îls sont assez entêtés pour vouloir jouir de l'effet sans vouloir employer la cause. Par exemple : deux enfants furent atteints de la même maladie; l'un refusa de prendre les médicaments, prescrits et mourut; l'autre les prit et recouvra la santé.
Après avoir instruit vos élèves sur cette matière, faites-leur quelques questions sur les divers points dont nous venons de parler , afin de les exercer à observer et à réfléchir; par exemple : Pierre apprend plus à l'école que les autres élèves; quelles peuvent en être les causes?
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