‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 84 sur 156 · CXIV · texte numérisé non relu

CXIV

Troisième point. — Le caractère de vos élèves , leurs propres actions et omissions; les motifs de leurs actions et leurs conséquences.

Il est très-commun de prêter peu d'attention à ces points, tant par rapport aux enfants que par rapport aux adultes; les suites de cette négligence sont trèsnuisibles. De simples leçons et des exhortations ne suffisent pas pour parer à cette négligence : c'est Texercice de l'observation sur les objets dont il est question dans le § précédent, et celui de la réflexion qui doivent y suppléer. Tout ce qui pourrait être employé pour favoriser en vos élèves cet exercice, ne saurait être mentionné ici, je donnerai seulement quelques avis qui pourront être de quelque utilité.

\° Demandez à vos élèves, quand l'occasion s'en présente, quel sentiment intérieur ils éprouvent; s'ils n'ont pas remarqué d'où vient qu'ils sont joyeux, tristes ou inquiets. Dites-leur en même temps qu'il est avantageux d'examiner la cause des sentiments qu'on éprouve, parce que, par là, on apprend comment on peut devenir joyeux ou comment on se préserve de la tristesse. En étudiant ses sentiments on apprend à connaître ceux des autres. Dans ces questions, comme il ne s'agit pas seulement d'obtenir une réponse des enfants, mais de les rendre attentifs sur leur état intérieur, vous ne devez pas insister beaucoup sur la réponse (|60. N° 5.)

L'occasion de faire ces questions se présente lorsque vous remarquez un changement dans le caractère d'un enfant. Si ce changement est tel que vous soupçonniez que l'enfant ne voulût pas dire publiquement ce qu'il éprouve, ne le questionnez qu'en particulier. Si ce changement est général , adressez-vous à tous en général» Vous pouvez, par exemple, aussitôt que

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vous leur avez raconté l'histoire de Joseph, leur demander : « Mes enf'mts, qu'avez-vous éprouvé en apprenant que Josep) fut jeté dans la citerne? qu'il fut vendu et conduit en Egypte? avez-vous éprouvé le même sentiment lorsque vous avez appris qu'il devint intendant de la maison de Putiphar? lorsque vous le suiviez en esprit à la prison? lorsque vous l'en vîtes sortir, etc. »

^° Rendez-les attentifs sur les causes qui leur font tenir une chose pour vraie. Ainsi , quand ils font un récit, faites-leur souvent aflirraer ou nier par une de ces demandes, ou d'autres semblables : Savez-vous cela certainement? En êtes-vous bien certains, ou ne faites-vous que de le penser ainsi ? D'où le savezvous? etc. (Voyez le § 165, De la conciliation de Vesprit.)

7)° Habituez-les, le plus possible, à agir avec réflexion, c'est-à-dire, qu'ils fassent attention à ce qu'ils pensent, veulent, désirent ou font. A cet efFet il sera bon de vous faire souvent rendre compte de leurs pensées, de leurs désirs, de leurs actions et du motif de leurs actions. Les questions que vous ferez dans ce but vous donneront souvent occasion de mieux connaître les inclinations et les intentions de vos élèves. Mais que l'instituteur se garde bien de réprimander si, par hasard, une inclination ou une intention qui ne serait pas aussi bonne qu'il le souhaiterait, vient à se découvrir; car une autre fois ils la cacheraient, et, lorsqu'il s'en informerait, ils se tairaient ou en viendraient même jusqu'à mentir. Que doit donc faire l'instituteur en ce cas? Il doit lâcher de diriger, sans qu'ils s'en aperçoivent, les inclinations et les intentions des enfants vers quelque chose de meilleur. Mais si l'inclination ou l'intention que les questions de l'instituteur font découvrir dans les enfants, est vicieuse, il doit les exhorter charitablement à s'en défaire.

4" Cherchez à porter les enfants à examiner, avant de commencer quelque chose, si ce qu'ils veulent faire est bon, et quelles peuvent en être les suites.

Afin de les y porter, gravez dans leur esprit cette maxime : Agir avant d'avoir réfléchi , a été mainte et mainte fois la source de grands malheurs. L'expérience de chaque jour et l'Histoire sainte vous fournissent assez d'exemples pour leur donner des preuves de la vérité et de l'importance de cette maxime* Pour les exercer également à agir de la sorte, demandezleur souvent, lorsqu'ils veulent faire quelque chose, si et pourquoi ils le croient convenable, et quels fruits ils peuvent en attendre. Par exemple : Vous voulez prêter votre plume à Conrad; faites-vous bien en cela? — Pourquoi? — Bien; il faut faire aux autres ce qu'on aimerait soi-même qu'ils lissent à notre égard? — Quelles sont les suites d'un service rendu à autrui? etc.

§ cxv.

B) MffycKS de rendre les enfants altenlifs pendant la classe.

Premier moyen. — Éloignez les obstacles à l'attention. — A cette fin :

l*» Ne commencez jamais la leçon avant que Tordre et la tranquillité ne régnent parmi les enfants, ni avant d'avoir écarté tout ce qui pourrait les distraire. Ce point est d'une grande importance.

2° Faites-leur remarquer que vous êtes continuellement attentifs, et qu'ils ne sont jamais sûrs de n'être pas interrogés a l'instant même.

3* Faites cesser de suite toute cause de distraction que vous avez remarquée. Un regard sévère, l'œil fixé sur celui qui distrait les autres, deux mois prononcés d'un ton d'autorité : Tranquille là! ôtez cela! suffisent ordinairement (i).

(1) Voyez la note, page 19. {Note daTrad.

DE PÉADGOGyî. iG5

4" Ne faites jamais quitter sa place à un élève sans grande nécessité. Qu'ils disent leurs leçons debouts à leur place.

5° Ne restez jamais trop longtemps sur le même sujet, et n'exigez point une attention absolue, lorsque vos élèves sont fatigués d'esprit ou de corps. Tout ce qui accable le corps ou l'âme fait perdre l'attention; par exemple, une trop grande chaleur, le froid, une sévère remontrance, etc.

§ CXVÏ.

Deuxième moyen. — Cherchez à rendre vos élèves amis de l'étude. — A cet effet vous pourrez :

1° Leur exposer souvent combien l'ignorance est nuisible; combien, au contraire, il est utile d'avoir appris quelque chose pendant sa jeunesse; comment ceux qui ont bien étudié s'en félicitent jusque dans leur vieillesse, et remercient leurs maîtres de les avoir fait travailler; comment, ceux qui ont, au contraire, peu appris pendant leur jeunesse se repentent encore dans leurs vieux jours et à leur dernière heure de n'avoir pas été plus attentifs et plus appliqués à l'école, et déplorent le malheur de n'avoir pas été astreints à l'étude par leurs parents ou par leurs instituteurs.

2° Leur montrer la récompense qu'ils recevront de Dieu, les applaudissements qu'ils obtiendront de leurs parents et de M. le curé, en s'appliquant comme il faut, et insister sur le devoir d'apprendre par obéissance et par reconnaissance envers Dieu. La crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse, est le meilleur moyen de rendre les enfants avides de bien apprendre ce qui peut les rendre sages.

3" Chercher à leur rendre agréable la leçon qu'ils doivent apprendre, et à leur en donner une haute idée. En conséquence, s'il s'y rencontre quelque chose

de nouveau, surtout d'agréable, qui ne soit pas généralement connu , annoncez-leur que c'est important et utile, et engagez-les à y faire attention et à le remarquer d'eux mêmes. Insistez ensuite sur ce qui est utile, afin de leur faire sentir en quoi consiste cette utilité. Mais, si la leçon n'a rien en soi d'attrayant, parlez d'un des désirs de vos élèves, par exemple, celui de savoir lire, à l'accomplissement duquel celte leçon aide ou fournil un moyen; rendez ce désir plus vif, et montrez les moyens propres à le satisfaire.

4" Repasser de temps en temps, en questionnant, ce que vous avez appris aux enfants, ou le leur faire répéter, en leur donnant ainsi l'occasion de voir s'ils ont été appliqués ou non.

5® Être attentifs à vous concilier de plus en plus l'affection de vos élèves. Plus grande est l'opinion que les enfants ont de votre probité, de vos connaissances et de votre habileté, plus grands sont l'estime et l'attachement qu'ils vous portent, et, par conséquent, plus grandes seront leur avidité de s'instruire et leur attention en classe.

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