CXXXIII
Troisième Règle. — Accompagnez d'exemples les idées et les propositions générales ; et qu'ils vous sercent souvent aussi pour déduire des idées ou propositions générales.
On appelle idées ou propositions générales, celles qui en contiennent plusieurs simples. Si on allègue une ou plusieurs de ces idées simples, pour confirmer une idée générale, cela s'appelle accompagner d'exemples ce qui est général. Ainsi la proposition : tout péché à des suites nuisibles, est générale, et elle cotï tient deux idées générales : a) tout péché; b) des suites nuisibles. Si maintenant vous alléguez une ou plusieurs des actions repréhensibles qui sont contenues dans cette idée générale, tout péché, comme mentir, tromper, manger et boire avec excès, fautes •qui ont des suites nuisibles, vous accompagnez d'exemples l'idée générale, le péché. Si vous alléguez ensuite, en particulier, quelques-unes des suites funestes, comme l'offense faite à Dieu, la pauvreté, la
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lïiaiadie, le châtiment des supérieurs; vous accompagnez d'exemples l'autre idée générale de la proposition, suites nuisibles. Or , si vous énoncez des propositions contenant des exemples de divers péchés et de leurs suites, vous accompagnez d'exemples toute la proposition générale : tout péché a des suites nuisibles. Si , enfin , on détermine l'individu qui a éprouvé telle suite funeste pour avoir commis tel péché, on allègue «n exemple particulier où tout est spécifié.
§ CXXXÏV.
Alléguer des exemples ou accompagner d'exemples ce qui est général, est d'une grande importance pour expliquer une chose et la rendre plus claire; car il est fort difficile pour les enfants de se représenter des principes généraux; tandis qu'ils leur deviendront clairs si on leur en montre l'application dans des cas particuliers. C'est d'ailleurs un moyen d'exciter leur attention qui n'est jamais plus grande que lorsqu'on leur cite un exemple. Plus les exemples sont particularisés, plus ils sont convenables. C'est le propre d'un excellent instituteur, de savoir accompagner ses leçons d'exemples bien choisis, chaque fois que ces citations présentent quelque utilité.
§ cxxxv.
Mais, avant de rapporter un exemple, il faut faire attention : 1° si c'est réellement un exemple, c'està-dire, s'il est réellement contenu dans ce qui est général, et pour lequel il doit servir d'exemple; car autrement il ne sert qu'à rendre la chose plus obscure et conduit à des idées erronées. Ainsi l'ins- . tiluteur doit éviter d'induire en erreur ses élèves I par des exemples qui ne sont pas bien appropriés. 2" S'il est compréhensible et assez clair pour des
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enfants; car autrement ce ne seiait pas un moyen de 1 rendre facile ce qui est difficile; clair et intelligible ' ce qui est obscur. Il doit donc toujours être tiré de choses connues des enfants.
3** S'il n'est pas contraire aux bonnes mœurs ou scandaleux. Les exemples peuvent et doivent souvent être pris de la vie ordinaire, mais pas de choses ou d'occupations indécentes ou sales, et qui pourraient éveiller dans les enfants de mauvaise pensées ; ni d'actions que l'honnêteté commande de taire.
4° Si l'exemple est assez à la portée des enfants en général, et en particulier de ceux auxquels on doit le proposer. Les exemples, en général , ne conviennent aux enfants que lorsqu'ils contiennent certains cas particuliers dont il leur est surtout nécessaire ou utile d'avoir une intelligence plus claire.
§ GXXXVL
Lorsque vous accompagnez d'exemples une idée générale, vous descendez, pour ainsi dire, du général au particulier. Vous pouvez néanmoins suivre aussi la voie opposée , et des exemples particuliers vous élever à ce qui est général, et en déduire des idées et des principes généraux. Procédez de la manière suivante ;
\° Prenez plusieurs des exemples particuliers contenus dans l'idée générale et rendez-les très-claires. Dans la supposition qu'il s'agisse des Sacrements en général, les exemples particuliers peuvent être le baptême, la confirmation et l'extrême-onction.
2° Comparez entre eux les exemples expliqués, afin de découvrir en quoi ils se ressemblent. Vous verrez que ces trois sacrements ont trois points de ressemblance, a) chacun a un signe visible propre à donner une idée de la sanctification intérieure qu'ils opèrent. — b) Chacun sanctifie réellement quiconque le reçoit
nvpc les dispositions requises. — c) Chacun est institué par J.-C.
5** Réunissez tous les caractères généraux et vous aurez une idée générale d'un sacrement et en même temps la définition, si vous exprimez cette idée générale en ces termes : Un sacrement est le signe visible de la grâce invisible, institué par J.-C. pour la sanctification des hommes.
4** Vérifiez si la définition est exacte, supposez que vous n'en soyez pas certains. A cet effet, faites attention :
a) Si elle convient à tous les caractères compris sous le terme général de sacrement, c'est-à-dire si tous ces caractères peuvent se déduire de la définition. Elle contient trop si l'un ou l'autre sacrement n'a pas tel caractère qu'elle attribue au sacrement en général ; en ce cas on devrait en faire disparaître ce caractère : par exemple, si vous aviez défini le sacrement, l'onction extérieure, etc., parce que cela ne pourrait pas se dire du sacrement de pénitence.
h) Si elle ne convient pas aussi à d'autres choses : s'il en est ainsi, elle contient trop peu de caractères distinctifs du sacrement. Par exemple, si vous dites que c'est un signe extérieur, cette définition convient à mille autres choses. Si vous ajoutiez : d'une sanctification intérieure , la définition conviendrait encore à d'autres choses, p. ex., à l'aspersion avec de l'eau bénite. Enfin, si vous omettiez le mot visible y cette définition conviendrait aussi à la contrition parfaite, et elle serait, par conséquent, trop générale.