CXLII
Le blanc est d'autant plus saillant qu'on le met en contraste avec le noir; ce proverbe est d'une application journalière dans l'enseignement ; c'est pourquoi la 4"'° règle vous dit de vous servir souvent de contraste, d'avoir recours à l'opposé, c'est-à-dire, au contraire de ce que vous voulez faire concevoir. C'est ainsi qu'en agissait fréquemment notre divin Sauveur, comme je vous ai déjà dit § 84. Par là, vous n'apprendrez pas seulement, à vos élèves à mieux connaître, par exemple, la douce sérénité de l'âme du juste, la qualité de certaines vertus; mais vous en rendrez encore l'amabilité plus sensible si vous la mettez en parallèle avec l'agitation cruelle de la conscience des impies el la qualité du vice opposé, et si vous tâchez de les montrer à leurs yeux le plus clairement possible.
§ CXLllI.
Cinquième Règle. — Mettez beaucoup de soin à bien définir. — A cet effet :
\° Réfléchissez attentivement sur ce que vous devez définir à vos élèves : car, a) plusieurs choses n'ont pas besoin de définition, vos élèves les connaissant déjà suffisamment pour les distinguer d'objets semblables : inutile donc d'en donner la définition; par exemple, à quoi bon définir la viande, l'eau, etc.; — bj beaucoup d'autres ne peuvent être définies aux enfants, parce qu'ils ont encore trop peu l'habitude
DE PÉDAGOGIE. i9l
de la réflexion, et trop peu d'idées acquises, pour bien comprendre la définition. En général , toutes les définiliofis abstraites, c'est-à-dire, celles où l'on n'exprime que les signes généraux , sont trop difficiles pour des enfants qui réfléchissent si peu. Mais, si elles doivent être le moins possible abstraites, elles ne doivent pas non plus être trop déiaillées ; car, au lieu de les éclairer, vous les embrouilleriez. Un bon moyen de les rendre moins abstraites, c'est de se servir d'un verbe au lieu d'un substantif; par exemple, au lieu de dire : le mensonge est une parole, etc., dites plutôt: c'est un mensonge lorsqu'on parle, etc.; ou mieux encore : on ment lorsqu'on, etc. Et ne leur demandez pas ensuite : qu'est-ce que le mensonge 2 mais : quand est-on menteur? — c) ïl n'est pas nécessaire que toutes les idées soient de prime abord claires et intelligibles pour les enfants; car ils ont besoin d'avoir plus lot des notions claires et intelligibles de certains objets que d'autres. Par exemple, ils doivent savoir quand on ment, quand on est désobéissant ou opiniâtre, avant de savoir ce que c'est que faire un faux serment, tenter Dieu, se désespérer.
Avant donc de définir l'objet de la leçon, faites-vous à vous-mêmes ces questions :
1° Ceci demande- t-il une définition?
2*^ Puis-je déjà définir cela à mes élèves?
ô" N'y a-t-il peut-être pas quelque chose dont la définition leur serait en ce moment plus utile, et ne dois-je pas, en conséquence, omettre celle-ci ou ne la donner que brièvement?