‹ Manuel des candidats a l'école polytechniqueChapitre 101 sur 167 · DE L’INERTIE ET DES FORCES · texte numérisé non relu

DE L’INERTIE ET DES FORCES

83. Principe fondamental. — Un corps ne peut modifier de lui-même son état de repos ou de mouvement.

Une expérience de tous les instants met hors de doute la première partie de cette proposition. Par exemple, si j’ai posé un livre sur ma table , il y restera jusqu’à ce qu'une cause étrangère quelconque lui fasse occuper un autre lieu.

La seconde partie du principe n’est pas aussi évidente. On pourrait même être tenté de croire que les corps ont une propension naturelle à modifier leur état de mouvement. Ainsi , quand on fait rouler les billes sur un billard, leurs vitesses respectives diminuent de plus en plus, et bientôt, elles s’arrêtent. Ainsi encore, quand on lance une pierre , on reconnaît qu’au lieu de se mouvoir indéfiniment dans la direction qu’on lui avait imprimée, elle décrit dans l’air une trajectoire à peu près parabolique, et finit par rencontrer la surface de la terre.

Avec un peu d’attention , on se convainc que ces altérations de mouvement sont constamment dues à des causes étrangères au mobile. Dans le cas de la bille , ces causes sont le frottement sur le drap qui recouvre le billard, et aussi la résistance de l’air ; dans le cas de la pierre lancée , la direction et la grandeur de la vitesse sont, à chaque instant, modifiées parla résistance de l'air et l'attraction de la terre.

En effet, si le drap du billard est de plus en plus fin, si même

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on le remplace, d’abord par une plaque de marbre, ensuite par une glace, on reconnaît que le temps au bout duquel la bille s’arrête croit de plus en plus, la vitesse d’impulsion restant la même. S’il était possible de jouer dans le vide, ce temps serait encore plus long.

D’un autre côté , une balle de plomb , lancée horizontalement par la main d’un homme, tombe plus loin que si elle était lancée par la main d’un enfant ; et , si elle est mise en mouvement à l’aide d'un pistolet ou d’un fusil, elle va tomber bien plus loin encore. Ainsi, plus la vitesse initiale est considérable , plus le mouvement tend à se conserver rectiligne et uniforme. Ce résultat se comprend sans peine, si l’on admet que les causes d’altération sont celles que nous avons dites; il serait tout à fait inexplicable, si l’on prétendait qu’elles sont inhérentes à la balle.

8i. D’après ces considérations , nous admettrons les deux propositions suivantes , qui ne sont que le développement du principe fondamental , et qui servent de base à la Mécanique :

i°. Un corps en repos demeure éternellement en repos, à moins qu’il ne soit mis en mouvement par quelque cause étrangère ;

a 0 . Un corps en mouvement conserve éternellement ce mouvement, avec la meme direction et la même vitesse, à moins qu’il ne soit troublé par quelque cause étrangère.

85. Cette propriété en vertu de laquelle tout corps persiste dans son état, que ce soit l’état de repos ou de mouvement , est ce qu on appelle X inertie de la matière, ou simplement X inertie (*).

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